Tout le pays semble englué dans les tops moribonds de fin d’année. Tout le pays ? Non. Un village d’irréductibles débiles a perdu une demie journée pour établir un top 2018 tellement pointilleux que le temps de finir cet article, vous serez déjà en 2019.

Lors de l’une de ses premières interviews pour Rock & Folk, l’auteur et prothésiste dentaire Michel Houellebecq avait déclaré, alors que le journaliste parlait de Ziggy Stardust, que lui, ado, n’avait jamais pu s’empêcher de voir les épaulettes sous la cape de Bowie la superstar. Quelques années plus tard, Gonzaï naissait et faisait sienne cette philosophie de l’aiguille dans la botte de foin. Et voici comment, pour terminer l’année joyeusement en se foutant encore une fois de la gueule de nos confrères affairés à hiérarchiser leurs années culturelles rythmées par deux albums et demi, nous avons décidé de vous offrir un top ultra précis, à la limite de la stupidité neuronale. Parce que seul le détail compte.

Le top du détail d’Astrid Karoual

Meilleure texture de pochette de vinyle en relief : « Double Negative » de Low.

Meilleure absence de scène de sexe dans un film : Phantom Thread de Paul Thomas Anderson

Meilleure démonstration de voiture autonome en noir et blanc : Le clip Black Car de Beach House

Meilleur suicide collectif : Rock en Seine

Meilleure fracture ouverte du tibia au cinéma : Mia Goth dans Suspiria de Luca Guadagnino

Meilleures reproductions de la pochette de « Unknown Pleasures » de Joy Division en toiles
d’araignées :
Tomás Saraceno en carte blanche au Palais de Tokyo.

Meilleur repassage de chemise de bûcheron dans un clip : Justin Timberlake dans la vidéo Say Something.

Meilleures basses cauchemardesques sur une bande originale de film : Jóhann Jóhannsson pour Mandy de Panos Cosmatos.

Meilleur sosie de Robert De Niro du Grand Paris : Sosie De Robert De Niro Dans Heat.

Le top du détail de Benoit Sabatier

Les suicidés : Bisou de Saddam, Beechwood, Boy Azooga, BC Camplight, TOY. Bisou de Saddam tente de réanimer l’internationale des pédales d’effets, Beechwood le rock à guitare new yorkais, Boy Azooga le disco-rock façon Emotional Rescue, BC Camplight veut faire jouer The Wall par Grandaddy, TOY imbriquer Field Mice dans The Legendary Pink Dots. Missions suicide. Prime aux kamikazes.

Les abandonnés : Calvin Johnson. Cet outlaw lo-fi enregistre depuis 1980. Kurt Cobain l’admirait. A Wonderful Beast est un de ses meilleurs albums, et il n’y a plus un chat pour l’admirer.

Les méprisés : Julian Casablancas & Albert Hammond Jr. Depuis 17 ans, mouchards et retardés martèlent cette vindicte : ce sont des putains de gosses de riches – comme Gram Parsons, Joe Strummer, Miles Davis, Dutronc, les Sparks, Marianne Faithfull, Ric Ocasek, Jim Morrison, David Gilmour, Lars Ulrich, Neil Young, Jacno, Arcade Fire, Paul Williams, Nick Cave, Kevin Ayers, etc, etc. Reste-t-il en 2018 des fils de pauvres qui font de la musique ? Sont-ils meilleurs ? Continuez le débat, je me remets The Voidz et Francis Trouble.

Le top du détail de Bester

Le meilleur faux départ de l’année : The Blaze.

Le meilleur vrai départ de l’année :
Christophe Conte, licencié de son plein gré des Inrocks.

La meilleure fausse bonne idée de Gonzaï :
un numéro spécial Seinfeld.

La meilleure couv de l’année :
Society pour son numéro (passionnant) sur les années Tout le monde en parle d’Ardisson.

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La plus belle surprise de 2018 : Terry Riley jouant G Song en clôture de son set à La Maroquinerie alors que je l’avais placé sur ma wishlist envoyée au tourneur une semaine avant; et apprendre backstage que Riley n’avait même pas reçu ladite liste.

La découverte de l’année qui va intéresser 43 personnes actuellement internées en prison pour vols à mains armées sur possesseurs de disques de Phil Collins : Société Etrange.

L’album disruptif qui n’a mis personne d’accord au bureau : Chaton.

Le meilleur poster de festival qui n’a jamais eu lieu : le Pyramid Festival.

Le plus bel Ovni musical de l’année : Laurent Pernice, 57 ans, marseillais et fils de Christophe et d’Alan Vega.

La meilleure réédition de prog-rock célébrant la culture juive des années 70 :
Israel Suite.

Le top des 20 meilleures secondes entendu sur un album en 2018 : Phantom de Michel Polnareff, de 3’40 à 4’00, pour l’envolée des cordes qui rappellent que Michel Colombier est vraiment parti trop tôt.

Le top du détail de Denis Roulleau

Top de l’album de come-back attendu trop longtemps, à la pochette et au contenu encore plus pourri que « Chinese Democracy » des Guns : « Enfin ! » de Michel Polnareff.

Top de la référence à un film dans un biopic par un acteur qui joue à la fois dans le biopic et dans le film qu’il cite en référence dans le biopic : Mike Myers dans Bohemian Rhapsody.

Top des fils de producteurs qui se prennent pour le cinquième Beatles et qui devraient s’abstenir : Giles Martin.

Le top du détail d’Eléonore Quesnel

Top 3 des meilleurs groupes avec un « à » dedans : Cachette à branlette, Drone à clochettes, JC Satàn

Top 3 des meilleures salles/bars qui nous ont quittés : L’Espace B, La Mécanique ondulatoire, La Féline

Meilleur merchandising de groupe : Le terrifiant gode de Marilyn Manson, à son effigie.

Meilleur selfie : Usé, avec la pochette de Selflic (Born Bad).

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Top 3 des groupes pour refroidir immédiatement une pièce trop chaude sans ouvrir la fenêtre : Avale, Delacave, Heimat.

Meilleur monstre en carton-pâte au cinéma : Celui d’Ultra Pulpe, de Bertrand Mandico.

Meilleur duo de l’enfer à côté duquel Lou Reed et Metallica, c’était du pipi de chat : Zaz et Till Lindemann de Rammstein.

Meilleur projet que jamais t’aurais mis un kopeck dans leur Ulule tellement c’est WTF : Le magazine trimestriel Flush, consacré aux toilettes.

Meilleur scénario d’amour impossible tellement qu’il était bien, ils ont fait deux films avec, quasiment : La Forme de l’eau de Guillermo del Toro et Call Me By Your Name de Luca Guadagnino

Meilleure reprise de Black Sabbath dans un générique de série : Changes de Charles Bradley, dans Big Mouth

Le top du détail de Gerard Love

Le top des 10 meilleures secondes entendu sur un album : D’après mes statistiques officiels de ma plateforme de streaming il s’agit de l’intro du morceau Little Dark Age de MGMT. Nous voilà bien avancés.

La meilleure pochette de disque tellement nulle qu’on n’a retenu que la pochette de disque : Il y a beau avoir David Holmes pas loin à la production, ce disque prog-rock d’Etienne Daho est chiant à mourir. La pochette, elle, est assez énigmatique du point de vue d’une lecture pop: tentative de coming out ou vampirisation de la contre-culture ? Scorpio Rising de Kenneth Anger en couverture de Madame Figaro, variété satanique ou fantasme queer d’un Tom Of Finland, on ne sait pas trop à quoi joue Etienne… Une bouteille à la mer ? Un message codé connus seulement des initiés ? Un peu comme quand George Michael affichait un bandana rouge dans sa poche arrière dans le clip de Faith. La prochain fois, il nous fera le coup de Querelle de Fassbinder, l’air de rien… (et oui c’est sortie en décembre 2017, je sais).

La meilleure phrase autotunée de l’année : « J’adore ce mec. Laissez-moi lui faire un câlin » : Kanye West reçu à la maison blanche le 12 octobre 2018.

La meilleure réédition d’artiste dont on n’avait jamais entendu parler avant : Un groupe post punk anglais mâtiné de reggae et de dub et remplis de bleep-bleep et d’ambiance bordélique mais propre. Une sorte de proto-house mutante qui nous vient de Bristol en 1981. Juste deux 45 tours obscures qui fait le lien entre la culture new wave (un membre de The Pop Group) et la culture des sound system (le fameux Nellee Hooper que l’on vas recroiser des années plus tard au début de Massive Attack).

Le top du détail de Guillaume Bernet

La meilleure bizarrerie réjouissante et pet-au-casque, qui renvoie la morosité dans ses 22 : Le morceau Repetto de TH da Freak,1’30 de roue libre au-delà des notions de bon et de mauvais goût, comme les Sparks, Nicolas Cage ou manger les restes de pizza froide de la veille au petit-déjeuner.

Le morceau le plus Spinal Tap : Small Change de Derek Smalls, évidemment. Merci au Fonds Britannique pour les Vieux Rockeurs, aux basses à double manche et aux cantatrices venues d’une autre dimension – celle du hors-champ.

Le morceau le plus inécoutable et autotuné de 2018 : La reprise de Hey Baby par Sébastien Chabal, déguisé en sumo ou en banane. J’espère que le cachet valait le ridicule – six zéros, au moins.

Le meilleur morceau avec du saxophone à l’intérieur : Ex aequo : Santorini de Donny Benet et le Thème de Yoyo revu et corrigé par Étienne Jaumet. Mention spéciale également à l’Arco Iris dudit Jaumet et Flavien Berger, avec son « arrivée des Teletubbies » (dixit un commentaire YouTube) à partir de 2’23.

Le meilleur morceau pour coller ses vignettes Panini de Kylian Mbappé et Jules Koundé : Total Football de Parquet Courts, le morceau d’ouverture de « Wide Awaaaaake ! » qui est aussi, soit dit en passant, le meilleur CD de 2018 à écouter en bagnole.

Le meilleur album à écouter dans le noir, que vous soyez seul ou non : Sleepwalking, de Jonathan Bree. Mais bon, vous le saviez déjà, non ?

Le moment pas mal gênant vécu de visu : À Barbey, quand un beauzardeux en veste léopard a demandé de manière très insistante à Flavien Berger de lui dessiner un caca sur le verso de son vinyle. Une dédicace coprophile qu’il effacera par inadvertance quelques secondes plus tard avec sa manche, l’inscription au feutre n’ayant pas eu le temps de sécher. Bien joué, mec.

Le meilleur clip kaléidoscope de quidams californiens, le meilleur freak full charisme, la meilleure chanson disco qui parle de crime passionnel, le meilleur dresseur de chiens, bref, le meilleur beaucoup de choses : Penny Girl, de Cola Boyy.

Le titre qui a tout pour devenir l’hymne et la devise de la Ixième République à venir, le jour où tout s’écroulera : Drink Dope and Debauchery, de JC Satan.

Le top du détail de Mitt Homann

Le top 3 des festivals où l’on est pas allé : Levitation, un festival avec que des groupes psychédéliques, putain quel enfer ça doit être. Les Francofolies parce que depuis la mort de Johnny c’est le grand vide dans les rangs de la chanson française. Les Transmusicales parce que bon le mariage pour tous, la PMA, les transmusicales… Et puis quoi encore ?

Le top du détail de Pierre de Baudouin

Le meilleur morceau qui donne envie de faire semblant de comprendre les films de David Lynch : Face the Fire de Boy Harsher, parce que ça donne envie de commencer, devant n’importe quel film au ciné, à sortir des explications tirées par les cheveux pour chaque retournement scénaristique pété, trouver un sous-texte mystico-philosophique derrière chaque faux raccord, ou – dernière phase – se lancer dans une thèse de 400 pages pour expliquer pourquoi on ne devrait au contraire jamais tenter d’expliquer les longs-métrages de Lynch.

Le top du détail de Robin Coeur

Les 20 premières secondes d’un morceau : Jrefaiscequejevois de Columbine.

La meilleure anecdote : La fille qui voulait lancer une chenille à la fin du concert de Holiday Inn au LUFF à Lausanne (mais que personne n’a suivie)

La meilleure punchline : Cette phrase de Sons of Raphael en interview : “Quand j’étais petit, je m’étais mis pleins de Smarties dans le nez et on a du m’emmener à l’hôpital“.

Le meilleur retour bof de l’année : The Wombats avec “Beautiful People Will Ruin Your Life” dont personne n’a parlé (à juste titre) à part OUI FM.

Le top du détail de Sam Nolin

Le top des meilleures bandes sons de films pornographiques rééditées en 2018 :

Dieter Ruth – « Abarten Der Körperlichen Liebe » (Degenerated Love)”, Private Records.
Alex – Puddu – « The Golden Age Of Danish Pornography », Al Dente.
Ted Dicks – « Virgin Witch », Trunk Records.

Le top des meilleures chansons utilisées lors des épreuves de patinage artistique des jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang 2018 :

Disturbed – Sound Of Silence (Simon & Garfunkel Cover)
The Rolling Stones/Eagles/Santana – Sympathy For The Devil/Hotel California/Oye Come Va (Medley Remix Salsa)
Frédéric Chopin – Ballade No.1.

9 commentaires

  1. la boutique rue st sabin patis onzieme devient d’1 mainstream hallucinant, tatatatat ouvert le dimanche pour les ‘fêtes’! bon coupon cadox si tu sait pas quoi offrir! & leur système de reserve m’en 1 par le biais du facebouc, seraitils devenus tous là bas frustration! & d’ailleurs leur disque qui est a chaque fois pile/poil le même! crécve ou va au charbon, eux qu’ils disent on lâche rien ! Prolos avec pass desactivé!

  2. les pigistes de Gonzai et consorts sont des parasites et ne connaissent rien à la musique , c’est le mal endémique de cette nouvelle génération de scribouillard ,ils ont zéro culture musicales.TOUS N’EST PLUS QUE CONFORMISME

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