Alison Tavel n’a jamais connu son père mais elle a toujours su qu’il avait quelque chose à lui faire découvrir. Don Tavel a créé l’un des premiers synthés. Dès 1979, le Resynator permettait de numériser des pistes pour les transformer. Avant sa mort il a pu vendre à quelques artistes mais son invention reste encore inconnue. Sa fille a reconstitué son histoire et compte bien la faire découvrir dans un documentaire, en 2020.

J’ai entendu dire que mon père avait inventé le synthétiseur “. Depuis toute petite Alison Tavel cherche à découvrir la véritable invention de son père. ” Il a inventé un synthétiseur, mais il n’est pas l’inventeur du synthé “, explique la jeune femme au Citybeat. Et elle a plutôt raison. Chacun à leurs manières, plusieurs personnes ont participé à faire du synthé ce qu’il est aujourd’hui. Du télégraphe musical créé en 1874 par Elisha Gray au premier Yamaha DX7 commercialisé en 1983, en passant par le Mellotron des Moody Blues ou le Moog des Beatles. En un siècle, l’objet s’est véritablement démocratisé. Mais c’est dans les années 70 qu’il prend son envol. L’un deux reste très peu connu et il a pourtant participé à la création du synthé que vous connaissez aujourd’hui.

Mort en 1988, dans un accident de voiture, Don Tavel n’aura connu sa fille qu’une dizaine de semaines. Mais en grandissant, Alison Tavel a conscience qu’elle a beaucoup de choses à découvrir sur son père. ” Peut-être que Don joue aux marionnettes et me guide sur un chemin qu’il voulait suivre. ” Sa fille prend son rôle très à coeur et décide alors de découvrir l’invention de son père pour la partager au plus grand nombre. Cette histoire digne d’un film n’aurait pu se dérouler sans embûches. 

Dans un grenier depuis 88.

Loin du monde du cinéma, elle décide tout de même de réaliser un documentaire. Elle filme durant quatre années ses découvertes et investit 120 000 dollars . “Toutes mes économies et ma vie ont été consacrées à ce projet“. Un poids qui a disparu quand l’équipe a pu constater les personnes qui soutiennent le projet. Le film pourrait voir le jour en 2020 grâce à l’aide des inconnus sur la cagnotte en ligne Kickstarter. Sur les 26 369 € demandés, le crowdfunding en est à presque 50 000 euros. Une concrétisation très loin du début de projet.

Résultat de recherche d'images pour "resynator"La résurrection

Il y avait de nombreuses raisons pour lesquelles il n’a pas terminé Resynator, c’est ce que j’aborde dans le documentaire. ” Et oui, bien avant sa mort, Don Tavel aurait décidé de mettre de côté sa création. Un frein de plus pour sa fille qui recherchait le travail de son père. Tout commence à 23 ans. Alors qu’elle est l’assistante de tournée de Grace Potter, l’équipe a quelques jours de congés. C’est à ce moment là qu’Alison Tavel décide de partir chez sa grand mère dans l’Indiana. Un seul espoir : retrouver le travail de papa : toutes ses recherches se trouvaient dans le grenier depuis 1988. Mais ce n’est pas exactement ce à quoi elle pouvait s’attendre. Tout détaché, en multiples pièces et sans aucun plan. C’est à ce moment précis que la jeune femme décide de filmer la “résurrection du Resynator”. Avant même l’idée du documentaire, elle a su que ce moment serait important : “je ne savais pas qu’au cours de cette année ma vie entière changerait à cause de cela.” Bon il y avait quand même un petit pressentiment.

” Le Resynator c’est comme Wolverine “

Assise par terre, elle se retrouve avec des notes, des lettres et des schémas datant de 1974 qui devaient résumer la machine. Vraiment digne d’un film. Mais il faut toujours un second rôle qui vient en aide au héros, sinon ce n’est pas drôle. Parce que oui la fille de l’inventeur du synthé n’a jamais touché à un synthé : “ je ne comprenais même pas vraiment ce que c’était. ” dixit Musitech. Attention, appel à un ami. Et hop, c’est Mike Beigel, l’ingénieur qui a construit le Resynator avec son père qui vient à la rescousse. Et voilà, l’instrument original, considéré comme le premier synthétiseur au monde contrôlé par un instrument numérique, est de nouveau sur pieds. Mais la jeune femme voit beaucoup plus loin. “ Ce que j’ai trouvé, c’était bien plus que le Resynator. Cela me mettait en contact avec mon père après 25 ans de résistance. ” 

Résultat de recherche d'images pour "resynator"Un héritage

Pour mieux comprendre le Resynator, Alison est revenue sur les traces de son père dans le monde entier. Elle rencontre alors des musiciens et producteurs importants comme Peter Gabriel, Butch Vig, Gotye ou Gavin Russom, le pro du synthé du groupe LCD Soundsystem. D’autres lui ont également permis de comprendre l’utilisation d’un synthé. Des gens comme Eric Valentine, producteur de Queens of the Stone Age, Grace Potter, Brian Kehew ou Adrien Utley lui ont accordée du temps. “ Je ne savais pas comment jouer. Chaque fois que j’emmenais le Resynator chez une nouvelle personne, j’en apprenais un peu plus à ce sujet. ” Bon quoi qu’il en soit pour le documentaire, Alison Tavel a pu vivre des trucs de dingue et aussi développer son réseau pro, c’est déjà pas mal. Peter Gabriel l’a par exemple invité en Angleterre pour lui parler des trois unités Resynator que son entreprise a rachetée en 1980 à son père.

Résultat de recherche d'images pour "resynator"

Et oui, même si l’appareil n’a jamais été vendu sur le grand marché, Don Tavel avait pu vendre son oeuvre en privé à Jon Anderson de Yes, entre autre. Il faut dire que le synthétiseur avait un temps d’avance : le Resynator était futuriste. Je l’ai utilisé pour créer un son de chorale gigantesque, j’ai toujours été ravi de l’utiliser ”, explique Jon Anderson. Monophonique, il avait des fonctions de suivi de la tonalité ou de numérisation des pistes pour les transformer en sons synthétisés. Certains le décrivent à leur façon : “les synthétiseurs que j’avais rencontrés jusqu’à présent ressemblaient à des “animaux domestiques”, le Resynator est plutôt comme un Wolverine ”, ajoute Christian Castagno, producteur. Cette petite machine fonctionnait tout aussi bien avec une guitare, une basse, une trompette ou même une voix. Et aujourd’hui, c’est la voix d’Alison Tavel qui porte celle de son père.

Pour en savoir plus et contribuer à ce projet fou, c’est par là. 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*
*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.