Clin d'œil à son gentil lectorat, Libé titre « Le Pen enfin en retraite » ce mardi 13 avril. Ben voyons. Difficile de ne pas imaginer Laurent Joffrin refermer son peignoir et s

Clin d’œil à son gentil lectorat, Libé titre « Le Pen enfin en retraite » ce mardi 13 avril. Ben voyons. Difficile de ne pas imaginer Laurent Joffrin refermer son peignoir et se resservir en Vermouth, sourire en coin et jambes croisées pour désengorger un début d’afflux sanguin au niveau du Sticky Finger. Comme souvent, la portée des bonnes nouvelles est minimisée par un traitement exécrable. Il doit trouver cela simple et efficace, l’éditorialiste du quotidien pourtant sérial-titreur. Comment être plus à côté de la plaque ?

Serge-Jean Poivre repose le journal sur la table du salon, évite le disque d’Arnaud Fleurent-Didier qui traine sur le tapis et retourne à ses pensées. La première fois qu’il a eu à faire à Jean-Marie, il n’avait pas plus de 8 ans. En vacances à la Turbale, la radio avait pris sa voix la plus grave pour troubler le calme d’un mois d’avril en Vendée. Entre deux commentaires dépités des « spécialistes des affaires politiques et analyseurs en chefs des résultats électoraux », quelques vedettes jinglisées pour l’occasion (Arthur, Elie Semoun, Patrick Juvet) enjoignaient la plèbe à se rendre aux urnes la prochaine fois. Printemps 2002, le petit Serge-Jean voit la forteresse paternelle s’écrouler lorsque son père baisse la tête et coupe l’autoradio de la Xantia. Ok, ses parents avaient préféré les tubes de Michel Fugain  et la traditionnelle pause au Bœuf Jardinier au dépôt d’un bulletin dans la fente. Mais était-ce une raison pour se laisser culpabiliser par un benêt qui brandit des casseroles pour attirer l’attention ? On rigole mais on ne se moque pas, qu’il répète sans cesse. Enculé.

Quelques années plus tard, la voix de la gentillesse était cette fois incarnée par Mlle H., la prof d’Histoire-géo. Une fois par mois, la classe était coupée en deux pour mieux être enduite de vaseline démocratique : le cours d’ECJS (Education Civique, Juridique et Sociale). Une heure durant laquelle l’ennui le plus morne combattait sans relâche la niaiserie la plus perfide. Avec vos prochains, vous serez aimables : c’était le civisme. A intervalles réguliers, vous irez voter : c’était le DEVOIR. Celui auquel on n’échappe pas. Et pour le coup, il ne s’agissait pas d’heure de colle ou de réprimande, l’obligation était morale. L’Inquisition n’est pas un concept si ringard que cela. Niqab ni crucifix, restez laïcs à tous prix. Mais putain, si vous n’allez pas voter on vous promet un bûcher sacré. Au purgatoire républicain, en attendant pire. Mais s’il y avait bien une chose à ne jamais oser faire, c’était d’accorder son vote au Front National. Les voix de la démocratie sont impénétrables pour certains.
Au fond de la classe, le discret mais « trop consommateur » Serge-Jean se souvient s’être bien bidonné ce jour-là. Charles V., son voisin venait de faire une allusion sexuello-précieuse sur un rapport fictif insatisfait entre Mlle H. et le gros borgne. C’est moche, mais ça marche. Et c’est quand cette connasse d’Aurélie F. s’est retournée furieuse, « la ferme, c’est un sujet grave », que Serge-Jean comprit le ridicule de la situation. Le Pen, ça serait son horrible pote. Celui qu’on traine partout parce qu’il choque facilement les simplets et qu’on se sent gros bras à ses côtés.

Pourtant, les bouffonneries frontistes ne l’ont jamais vraiment rassuré, Serge-Jean. Un 1er mai dans le métro, il avait croisé une bande de connards avinés au taux d’alcoolémie inversement proportionnel au nombre de cheveux sur le crane. Ces blaireaux regardaient tout le monde de travers pour installer la tension. Et quand tout le monde avait fini par baisser les yeux, ils étaient sortis triomphants, hurlant « La France aux Français, BLEU BLANC ROUGE ». Et puis, tous ces discours sur l’amour de la patrie, c’était aussi chiant qu’un disque de Scarlett Johansonn, les obus en moins. Bordel, ce drapeau est affreux, il aurait pu être dessiné par un enfant myopathe. Et puis le déferlement des couleurs et symboles de la Nation, ça n’évoquait pas grand-chose d’autre qu’un match de l’Equipe de France. Clément d’Antibes, un coq en carton et des types ridicules en déguisement d’Obélix. Tiens, ta tronche maquillée sur le grand écran ducon, t’auras l’air de quoi devant ton patron demain ?

Et puis mince, qu’est-ce qu’il a contre les arabes à la fin ? S’il les fout tous dehors, à qui acheter du shit pour les soirées chez Charles ?

Définitivement, Le Pen c’était pas un mec comme les autres. Il fallait le honnir en souriant devant Maman ou faire partie des milliers d’abrutis qui l’admiraient. Tout sauf une question de débat, un simple souci de dialectique : oui/non, avec/contre, séropositif/…

Where Is My Mind ? Serge-Jean venait de couper Surfer Rosa et de terminer sa phase « c’était mieux avant ». Demain, il écouterait Two Door Cinema Club et porterait un t-shirt jaune pâle de chez H&M. Mais pour l’instant, il venait de taper « le pen » sur youtube. Et tombait sur cet échange surréaliste daté de 1974. Première campagne présidentielle et Jean-Marie qui débarque à la télé, arelativement inconnu du grand public, avec un cache-œil. Déjà coincé par son apparence de papy-la-guerre, celui qui fait franchement flipper les plus jeunes, le mec balance des vannes en breton et parle de combat, de drame, de mort. Sombrement clownesque. Serge-Jean respire au rythme du monologue du gros. Mais ne peut s’empêcher d’éclater de rire quand de son allure de pirate-coq au vin il tente d’installer l’émotion.

Le Pen tout seul, Le Pen et ses détracteurs, Le Pen au JT. Le leader frontiste réussit l’exploit de rendre parfois hilarante la politique à la télé. Vidéos similaires, dérouler. 1994, Paul Amar doit animer un débat entre Le Pen et un autre poète démago, Bernard Tapie. Voix chevrotante et aspect quelconque, Amar a trop peur de ne pas exister. Lui vient une idée de génie : introduire la joute verbale par un bide télévisuel encore inégalé. Le gentil con de service (public) offre alors une paire de gants de boxe Decathlon à chaque participant.

Silence gêné sur le plateau, hilarité dans la piaule de Serge-Jean Poivre.

Reste qu’aujourd’hui les journaux de ses parents annoncent à Serge-Jean la retraite de Le Pen. Il aura un successeur, Gollnisch ou Marine, dans tous les cas quelqu’un de plus policé, qui s’efforcera de se fondre dans la masse politique. Il n’y aura plus que le bagout de Mélenchon pour lui arracher un sourire. « Nan mais je m’en tape qu’ils aillent aux putes chez eux ou ailleurs». C’était presque drôle tout compte fait. Sans Le Pen, ce sera évidemment moins sportif. Serge-Jean l’aurait bien détesté, si ce n’avait été une règle du jeu. Et ça, c’est peut-être un détail pour vous.

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19 commentaires

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