Dix-sept albums à son actif, dix-huit parfois, selon les coupures de presse. Plus de soixante dix ans, des rides cachées par les cheveux longs et fins, un succès sur le tard, une révérence nationale pour le dernier (Coup de foudre), difficile de comprendre clairement ce qui me pousse à harceler le service de presse depuis trois mois pour rencontrer Jacques Higelin. 

« On va commencer l’interview avec un peu de retard » prévient le manager, « tu comprendras vite, c’est Jacques qui fixe la durée de l’interview, ça dépend de son humeur« . Pour l’instant, Jacques nettoie un bout de pâte coincé entre ses dents, finit son repas, se demande sûrement quoi dire encore après trois mois de promo marathon à se faire bassiner la coquillette sur le succès de sa fille. « On va commencer dans cinq minutes, t’as le temps de griller une dernière clope« . Juste le temps qu’il me faut pour réviser les questions que je ne poserai pas. Ou plus tard peut-être, quand la bête sera apprivoisée, penser à parler du triptyque seventies composé de BBH 75 / Champagne pour tout le monde / Alertez les bébés. Un mélange de rock braillard et de punk éraillé d’avant l’heure, de chansons dada adaptées aux PMU quand on rêvait de saloons. Jacques remonte des toilettes, j’éteins ma clope de condamné et attrape une phrase au vol qui fixe le début d’interview: « Putain même aux toilettes on me parle du passé, j’marche pas en regardant derrière moi, sinon à la première plaque d’égout... » Le ton est donné, on va rayer des questions.

Sur la table, un dictaphone. Devant le mur, un septuagénaire fou de Charles Trenet, Jean Genet et Arthur Rimbaud, devenu trafiquant d’armes sur le tard comme Higelin rockeur sur la trentaine. Tout s’enchaîne assez vite, avec du propos décousu et une interview qui débute comme une mauvaise chirurgie. Un « classique du genre », pour ceux qui ont déjà rencontré Jacquot le cinglé:  « Tu la connais cette blague de De Gaulle? Il avait beaucoup d’humour tu sais… très  cinglant, j’ai pas une admiration sans bornes pour le bonhomme hein, une tête pas possible en plus, mais je l’ai pas connu, enfin bon, je suis pas Gaulliste hein, et puis c’était un militaire… Bref, quand il revient à la libération, il se tape plein de défilés, des généraux en veux-tu en voila, des maréchaux par ci, des capitaines par là, et puis soudain on lui présente un adjudant, tu sais ce qu’il lui dit De Gaulle: « Bah alors mon vieux, vous savez pas coudre? ». A la libération, tous les mecs s’étaient distribués des grades, alors forcément, l’adjudant..« 

L’interview n’a pas encore commencé que je sens déjà qu’il faudra enfiler les questions par le chas d’une aiguille. Son dernier album est largement à la hauteur du personnage, meilleur peut-être, que certains albums classés « culte », plus moderne aussi, plus rock, par éclaircies, avec de la fanfare dispensable au milieu, étonnant paradoxe d’un homme qui n’est plus à cela près. Le ciel, Higelin est tombé dedans à la naissance, il en a fait un tube, permis à l’ami Jacno (producteur du disque, NDR) de devenir rentier et à d’autres de faire la lumière sur cet étrange objet du désir que reste Higelin, quarante ans après ses débuts. A l’âge où d’autres sucrent des fraises, Jacques commande un café. C’est parti pour une heure de questions sans réponses. Ou l’inverse.

(C) Libé/Patrick Swirc

En prenant des notes sur votre disque, j’ai écrit par erreur « Coup de foutre ». Du coup, je me suis demandé comment on envisageait le rock, le sexe, à soixante dix balais, après une grande carrière comme la votre.

Coup de foutre, c’est bien, c’est pas mal.. Mais si tu veux mon avis, tout ça n’a rien à voir avec une grande carrière. Ou alors, une carrière de foutreur, de foutriquet ou de Jean-Foutre… Naaan, c’est… En fait je ne me suis jamais posé ça en terme de « coup de foutre ».

Mais Coup de foudre sent le coup de jeunes, musicalement, alors qu’il y a plein de vieux briscards derrière, comme Rodolphe Burger, à la production, entre autre.

Mais Rodolphe, c’est pas un vieux briscard. Quel âge as-tu?

Euh, 30.

Bah tu vois, par rapport à un mec de huit ans, toi t’es un vieux. Et c’est quoi cette histoire de « vieux briscard », c’est un truc qu’on dit à l’armée. T’as fait l’armée, toi?

Euh, non. Je voulais simplement dire que l’album était étonnamment frais, ne le prenez pas mal, c’était un compliment.

Toute l’équipe était passionnée, ce sont des gens sincères, pas des vieux routiers, c’est le cas de Rodolphe comme des autres.

Ce qui revient souvent dans les interviews, c’est le fait que vous n’aimez pas parler du disque mais que vous êtes sensible au lieu de l’enregistrement, « la ferme », comme vous l’appelez.

Ah oui, ça c’est vrai. J’étais loin de l’agitation, loin des interférences, j’aime bien les endroits où il y a du silence, de la concentration, où tu peux t’abandonner à la rêverie, dans ton imaginaire;  les studios ça me rend… comment on dit quand on angoisse dans les pièces closes… claustrophobes oui, c’est ça, jusqu’à me rendre très mal, me donner envie de foutre le camp. A Sainte-Marie-aux-Mines, dans cette ancienne ferme, il y avait quelque chose de… mystérieux… des pièces qui.. quelque chose que… (Il s’arrête)… C’est toujours dur de parler, plus ça va et plus c’est difficile de communiquer ce que tu ressens parfois, quand tu es en dehors du temps. C’est une notion très relative pour moi, en dehors du temps qu’il fait, bien sûr. Parfois je sais les heures rien qu’à regarder la lumière du ciel. [Ca fait précisément 9 minutes que nous sommes en interview et déjà l’impression coriace que les questions tombent dans l’oreille de l’artiste comme un ourlet de jean mal fait sur les pompes cirées. Va falloir s’accrocher, peut-être apprendre à coudre aussi. Et broder.]

Etre en dehors du temps, des choses concrètes, cela me fait penser que je vous ai toujours imaginé comme un évadé.

Etre en dehors du temps, ce n’est pas euh, « inconcret », c’est une autre forme de perception des réalités. C’est comme un peintre, tu vas pas venir l’emmerder lorsqu’il a besoin de se plonger dans sa toile ou ses visions. Le temps d’un autre, ça se respecte. [Il tourne sa tête vers la rue, regarde les voitures qui passent, profère discrètement un « ptain c’est pas croyable » puis revient à moi] Ce matin, j’allais chercher Izïa à l’aéroport et j’avais l’impression d’être entouré d’une bande de tueurs en bagnoles, des « car-killers », plutôt des mecs quoi, on sent que s’ils pouvaient t’écraser ils n’hésiteraient pas, il y aurait des morts partout… C’est dingue.

Ca vous emmerde de parler de vos peintures?

Hein ?!

Je suppose que ca devient compliqué pour vous de parler de votre travail, du disque, du succès de votre fille…

Ah oui. Mais tu sais, tout est question de vision. Un jour, j’ai joué pour des autistes et très vite je me suis rendu compte que… qu’on n’était pas loin quoi. Y’avait une fille qui me parlait à toute vitesse, j’ai compris qu’il ne fallait pas chercher une logique, un rapport, dans ce qu’elle disait, tout marchait par vision chez elle, elle fonctionnait comme ça, avec des collages entre ses pensées. Du coq à l’âne quoi, il y avait des télescopages fabuleux dans ses mots, des choses étonnantes, et moi, je trouvais cela parfaitement cohérent.

On retient souvent de vous l’image d’un poète fantasque, un peu barré. Moi la seule chose que je savais de votre folie en arrivant ici c’est grâce à mon ex belle-mère. Un jour, elle a pris l’avion avec vous et m’a raconté que vous portiez le trench de votre femme sur la ligne Paris-Fort de France.

Un trench… c’est quoi? Ah oui, un trenchcoat !

Je me suis demandé si à un moment vous aviez ressenti le besoin de canaliser votre propre folie ou si, au contraire, vous l’aviez laisser sortir comme l’air qu’on respire.

Nous sommes trois, moi, l’enfant et… (il s’interrompt). On les voit les évadés, j’ai toujours eu de l’admiration pour eux, dans les films, ces gens qui se barrent. C’était dans ma nature, et déjà petit je n’aimais pas les groupes, les types qui ne pensaient pas par eux-mêmes. J’y pensais encore ce matin d’ailleurs, ne pas avoir besoin d’encensement, de flatteries, de critiques, parce que je sais que ce j’aime. Et je sais ce que je n’aime pas. Et tant que tu n’es pas mort, tu n’es pas fini. Et encore que… on déterre bien des gens pour faire des tests de paternité.. [Est-ce une allusion à Yves Montand?]… Une fois enterrées, les chaires continuent leur travail de macération, c’est complexe tout ça, c’est l’anima, l’âme….

Passé un certain âge, voit-on le corps comme une marionnette qu’il faut animer?

Non, non, non. Un jour, une amie m’avait fait cette réflexion à propos de Jean Babilée, un magnifique danseur: « le corps est intelligent, aussi« . On le voit chez les animaux. [Rapide discussion sur le Tsunami et le départ soudain des animaux sur les montagnes pour éviter la catastrophe, petite ellipse sur le thème passionnant de l’insecte en tant qu’objet de science-fiction, je vous épargne la digression]

L’instinct, c’est encore quelque chose qui vous guide aujourd’hui, dans vos choix? Avec le temps, vous la gérez comme vous voulez votre carrière, non?

Pas toujours, non. Je n’arrive pas toujours là où je voulais aller. Il y a ce dont on rêve, et la façon dont on y arrive. J’ai toujours été attiré par les choses très modernes, mais dès fois j’y arrive pas du tout, je n’arrive pas là où j’ai envie d’aller.

Vous avez des albums en tête, des disques où vous ne seriez pas arrivé au bon endroit ?

Non, mais dès fois je me dis « bon, partie remise ». Mais je ne lâche pas hein, fondamentalement,  car la création, comme l’inspiration, c’est sans arrêt, t’es vacant, que même lorsque tu te promènes, le cerveau fonctionne. Moi ce que j’aime, c’est marcher, marcher, marcher… dans des espaces où y’a personnes. Parce que pendant ce temps là, ça met en route plein de visions, des choses, des discours mêmes, à haute-voix, même si y’a personne. Y’a personne, mais je parle quand même, j’sais pas pourquoi. Si on veut considérer que c’est de la folie, moi je dis que non, mais si je n’étais pas artiste, on pourrait penser que le type qui parle tout seul et qui arpente la campagne, il faudrait… [Il s’arrête]… faire quelque chose quoi.

Vous est-il déjà arrivé, comme à d’autres, d’être assailli par des mélodies, des visions, au point que la création donne l’impression d’être un cadeau du tout puissant, du moins qu’elle vient de l’extérieur?

Oui, très souvent. Des moments où tu n’es que le passeur entre l’imaginaire divin et l’humain. Ce n’est peut-être même pas forcément divin d’ailleurs, c’est peut être juste une force orgasmique, organique…

Ou la foudre, qui sait.

Ouais. C’est tellement impressionnant la foudre. Voila environ deux ans, je me suis retrouvé dans une cabane au milieu d’une forêt, ‘fin, d’une assemblée d’arbres, plein d’arbres, donc une forêt. Un ami y avait construit une cabane, j’avais décidé d’y dormir, c’était une nuit noire, car le ciel était très chargé. Tout d’un coup, l’orage s’est déclenché, et la cabane était munie d’un toit en verre. Là, j’ai vu le spectacle le plus WAAAAAAAAAAHHHH, étonnant de ma vie, la foudre était partout, j’étais au centre de l’orage, avec un bruit énorme. A chaque coup, je me disais que c’était le dernier, que la foudre allait tomber sur moi.

« Les Victoires de la Musique, même en chaise roulante, j’irai pas. »

En parlant d’association d’idées, je pense à Tombé du ciel, votre hit de 1988. Et du coup, je pense à Jacno, qui avait produit cet album. Sans revenir trop lourdement sur sa mort, n’avez-vous pas l’impression d’être un miraculé avec plein de gens touchés par la foudre, à vos cotés?

Ah ouais, protégé… mais par quoi, j’sais pas. C’est difficile à expliquer tout ça, là on vient de perdre beaucoup de gens que j’aime profondément: Fred Chichin, Alain (Bashung), puis Denis (Jacno). Il y en a eut d’autres, mais ceux là…

Vous n’avez jamais pensé à retravailler ensemble, après Tombé du Ciel?

Non, j’étais allé voir ailleurs. Mais on se voyait souvent. On avait toujours envie de lui dire « arrête de boire », mais quel homme classieux, jamais une plainte, un classieux. A l’époque de Tombé du ciel, il venait de perdre sa compagne Pauline Lafont, pas une plainte en studio, on faisait l’album. Un homme rare, j’aime toujours Denis, même s’il n’est plus là. Y’en a pas de trop des êtres qui ne pensent pas comme tout le monde, Denis aimait provoquer, brouiller les cartes, souvent de façon drôle, pour démasquer les gens, sous ses airs provoquants. Avec Denis, on pouvait rire de tout.

Votre fille le crie sur tous les toits, vous êtes l’un de ceux qui a popularisé le rock en France, courant des seventies, avec B B H 75, entre autre. Pourriez-vous m’expliquer, sans trop regarder dans le rétro, la grande différence entre vos débuts folk avec Areski (Higelin et Areski, 1969, puis Jacques Crabouif Higelin, 1971) et votre percée dans le rock?

Dis donc, elles sont bien tes chaussures, j’avais pas vu.

Ah, bah merci. Les vôtres sont mieux cirées, en revanche. Bon alors, vous l’expliquez comment cette rupture dans votre carrière, l’arrivée de l’électrique dans votre musique?

C’est arrivé après la trentaine. Mais depuis longtemps dans ma tête, j’y pensais. Au début, je n’étais pas vraiment musicien, et quand tu n’as pas d’idée arrêté, tu ne te vois pas comme un rockeur ou un bluesman. On peut te coller les affiches qu’on veut, ça ne fait pas de toi ce qu’on imagine. A l’époque, j’avais besoin de dire des choses qui demandaient ce véhicule là, l’électricité. Le texte, les mots que j’écrivais, avaient besoin de nerfs, j’avais besoin de rentrer dedans, exprimer une certaine colère, une rébellion. Envie d’un WOAAAA pour écarter les murs, faire sauter les portes, parce que l’époque était étouffante, comme une révolte joyeuse. Et puis j’avais lu beaucoup de choses, Jean Genet, quelqu’un de très délicat. A l’adolescence, j’avais beaucoup écouté Gene Vincent, je trouvais qu’il avait une grâce proche de l’adolescence, une finesse, ç’aurait pu être Rimbaud, c’était incroyablement gracieux. Comme Johnny Cash, comme Robert Johnson. Denis (Jacno) n’avait pas tort, c’était surtout une question d’élégance. D’un coté les Mods, de l’autre les rockeurs… Regarde les Stones, ils étaient habillés comme des princes, euh, décadents, ou entendons-nous, des princes dans un monde qui ne l’était pas. [« Fumer dans les avions, c’est impossible maintenant ! ». On sort s’en griller une sur la terrasse, Jacques en fume deux coup sur coup, l’histoire continue]

Je vous embête avec l’histoire du rock’n’roll, parce qu’en écoutant Coup de foudre, j’ai justement trouvé cela très « rock ». Je me suis demandé comment quelqu’un de 70 ans envisageait ce qui reste du mouvement, soixante ans après ses débuts.

J’ai pu rater des albums, niveau réalisation, parce que j’ai fait confiance à des gens qui sont passés à côté. Ce qui n’était pas le cas avec Jacno, ou des gens comme Laurent Thibault, mais j’ai jamais fait parti de la famille des Johnny/Dutronc/Eddy Mitchell, parce que j’ai suivi un autre parcours, j’étais dans d’autres choses. Je pensais devenir comédien, j’étais au cour Simon, et c’est là que j’ai fait connaissance avec beaucoup d’auteurs, c’est là que j’ai appris à penser, puis découvert le coté audacieux et marrant d’un Jean Cocteau. C’est bien après que j’ai compris que des gens comme Bowie, Lou Reed, n’étaient pas passés à coté. [Un passant interrompt la discussion: « C’est vous Daniel Higelin? Vous avez quel âge? Continuez hein, n’arrêtez pas! »] Ca m’arrive tous les jours, t’inquiète. On me confond souvent avec Daniel Gelin, Jacky Gelin… Les gens me reconnaissent sans me connaître.

Quand on arrive à votre âge, sans vous brosser dans le sens du poil, comment envisage-t-on la création d’un album? Compose-t-on comme si c’était le dernier, ou se dit-on qu’on jouera jusqu’à la mort?

C’est un peu la même chose, non?

Certes. Mais on peut voir la chose avec optimisme ou pessimisme, c’est selon. Y’a-t-il une urgence à dire des choses qu’on n’aurait jamais dite?

A chaque fois, je me demande si je ne serais pas mort avant d’avoir fini l’album. On a envie de continuer, jusqu’à la mort, forcément. Pour répondre à ta question de façon plus simple, j’ai récemment lu un bouquin de Jean Carmet, qui résume bien l’affaire. Un jour qu’il discutait avec son professeur de comédie, en lui parlant d’un acteur qui était « arrivé » – parce qu’à cette époque c’était l’expression pour dire qu’on avait réussi – son professeur lui a répondu: « s’il est arrivé, c’est qu’il allait pas bien loin« . Je trouve ça vachement juste, parce quelqu’un qui se considère arrivé en haut, il peut se faire dézinguer facile. Ca me fait penser à Brigitte Fontaine, à qui on disait récemment qu’elle était une grande dame de la chanson française, qui a répondu au type un « va te faire enculer, connard« . Quand elle m’a raconté l’histoire, j’ai trouvé ça « rock », elle a toujours été comme ça, Brigitte. Pas le genre à vaciller sous les compliments. C’est comme Bernadette Lafont qui disait « gentil n’a qu’un oeil, moi j’en ai deux« , ça c’est très rock aussi. Pour finir avec ça, on est toujours en devenir, il faut être fidèle à ses envies. Tant que tu avances, tu ne recules pas. Je me souviens du staff des Victoires de la Musique, qui voulait me remettre un prix, mais même en chaise roulante, j’irai pas, même pas avec des tuyaux dans les bras. No way.

http://www.jacqueshigelin.fr/

48 commentaires

  1. ET j’oubliais : même Renaud est plus dou qu’Higelin. Pour les textes, il n’y a pas photo. Mon HLM ca vaut tout champagne, non ? Hein ?

  2. le meilleur du pire reste tout de même Jean Schulteis et ses confidences, qui ont fait danser tous les campings de France avec une métaphore du plaisir oral freudien… Exceptionnel non?

  3. SYD C – Mais je rêve ! « Un titre qui vaut Gaby »… Non là, faut tout revoir, désolé ! L’intégrale de Higelin ET de Bashung ! Pourquoi pas « Vertige de l’amour », tant qu’on y est ?!

    Papy va t’expliquer.

    Rappelons en prémisse le texte chanté par Bashung dans J’croise aux hébrides : « J’dédie cette angoisse à un chanteur disparu, mort de soif dans le désert de Gaby, respectez une minute de silence, faites comme si j’n’étais pas arrivé… ».

    Les titres qui valent vraiment chez Bashung se trouvent sur « Play Blessure » (C’est comment qu’on freine, Lavabo, Volontaire – à mon sens le meilleur album de rock français jamais enregistré) et « Figure imposée » (What’s In A Bird ?, Horoscope, Hi). Enfin c’est mon avis et je le partage, j’ai jamais été fan de sa dernière partie de carrière Lautréamont nébuleux et claviers vaporeux.

    Pour Higelin, on trouve ça sur – évidemment – « BBH75 » (Paris-NY, Est-ce que ma guitare est un fusil, même Boxon), « Alertez les bébés » (Le minimum, Aujourd’hui la crise), et « Champagne » (Dans mon aéroplane blindé, Ahalala quelle vie).

    Alors évidemment, si musicalement il y a chez Higelin une constance de bon(acieu) aloi, avec des hauts et des moins hauts, d’un point de vue textes, Higelin a aussi fait dans le peu polissé. On trouvera là moins de ping-pong de mots à la Bergman. C’est plus je déballe mes tripes et mon vague-à-l’âme sur le comptoir, voici mes mots premier degré façon gros blues (son côté Thiéfaine. Enfin rappelons tout de même que l’un a précédé l’autre).

    Là y’a à boire et à manger, des fois ça passe (avec son drive de scène), des fois ça casse (des trucs ont mal vieilli et moi sans doute aussi).

    Mais comme dit plus haut par Vernon, il n’a jamais fait appel à des paroliers comme Bashung à Bergman, Fauque, Gainbourg, etceteri. Comment donc dans une telle production ne pas trouver à redire là ou là.

    Il y a autre chose qui les rassemble et qu’on ne trouve que peu chez Thiéfaine ou Lavilliers, c’est leur côté occasionnel « feelgood » (qu’Higelin met sur le compte de Trenet), façon motard heureux avec les mouches collées aux dents.

    Dans ce rayon, on placera pour Bashung (entre autres): Y’a un yéti, Pas question que j’perde le feeling, SOS Amor, Les européennes. Pour Higelin (entrautritou) : Je veux cette fille, Denise, Tom Bombadilom, Tombé du ciel, voire L’attentat à la pudeur.

    Mon cher Syd, papy te conseille donc de te procurer par un moyen quelconque (et idéalement légal) l’intégrale d’Higelin, d’écouter ses albums, de jeter la moitié des titres de chaque disque parce que c’est vrai que bon, mais ce qui t’en restera, ça s’appelera tout de même une oeuvre.

    Merci à Higelin de m’avoir accompagné à certains moments de ma vie, j’ai aussi toujours aimé ses côtés « larger-than-life » sur scène, des fois ça fait du bien, on va pas écouter Erik Satie tous les jours (et le voir encore moins, notez).

    Love from Brussels.

    Frank

    PPS : Y’a une question de maths en dessous pour poster, j’espère que je vais y arriver.

  4. Merci M; Zippo pour l’explication. je suis d’ailleurs toujours sensible à l’avis d’un fan. J’ai moi-même mes fixations.
    Mais, pour Higelin, désolé : son personnage d’artiste allumé et, plus que tout, ses textes en font pour moi l’un des pires numéros de la chanson française. Car, c’est un tout cohérent, je dois le reconnaître : avec les textes et la posture, on est bien en présence d’un poète qui tient à nous le faire savoir. Un artiste , un bohème, c’est marqué dessus… Il devait faire un malheur dans les salles de profs. Pire, je ne vois que Brigitte Fontaine et j’ai toujours pensé qu’il s’agissait de la même personne, variant les perruques.
    une dernière chose m’est venue en lisant notre discussion à tous : finalement, Jean-Louis Aubert, période Téléphone, a écrit les grands textes populaires-prolo en français, ceux qu’Higelin n’ a pas su pondre : « Elle s’appelait Fait divers/tu sais ici on n’aime que la bière. » C’est meilleur et ça ne se prend pas rimbaud, non ?

  5. Syd, décidément… je pense qu’un dossier chanson française à papa va finir par s’imposer.

    Sinon J’ai beaucoup ri avec le coup des perruques échangeables entre Higelin et Brigitte Fontaine.

    Enfin oui, Renaud a écrit des superbes textes, de son vivant. (Une date de décès à proposer ? ). Parait qu’il a tout piqué à Béranger, quand même.

    Bon, allez, ça suffit, ou on va venir nous chercher en déambulateur (équipé d’un bon I Pod, je dis pas…)

  6. Aahh Béranger. c’est Higelin sans la pose de professeur d’art plastique. Sinon, moi je dis, ils peuvent tous se rhabiller face à Colette Magny.
    Je vous assure Vernon, Higelin et Fontaine sont la même personne. Le deuxième personnage a été créé un soir chez Michou. Ca ne peut pas s’expliquer autrement.

  7. Encore un détour par Mama Bea Tekielski et vous finirez chez Léo Ferré, Statler et Waldorf.

    De toute façon, moi j’ai toujours préféré Starshooter…

    😉

  8. Il a des gros bras, celui qui veut soutenir l’intégrale Higelin. Il me rappelle, dans l’effort, le critique qui avait défendu Earthling de Bowie à sa sortie, ou encore ce polonais qui tire des locomotives avec des chaînes qu’il tient dans ses mâchoires.
    Par contre, autant ça m’a plu d’écouter les disques des années 70 – jusqu’à AÏ – quand j’étais gamin, parce que c’était pas comme les trucs de la radio, ça partait un peu dans tous les sens, autant j’ai n’ai pas eu l’ombre d’une hésitation quand il a été question de refourguer ma collection entière à une anglaise qui avait marqué un semblant d’intérêt pour l’individu. Tous. Sauf un. BBH75.
    J’ai refait le test il y a pas longtemps : j’arrive à écouter ce disque sans faire attention aux paroles. Pareil que quand j’écoute les Doors. C’est comme un interrupteur, qui s’éteint tout seul. Et BBH, c’est pour beaucoup l’œuvre de Boissezon.
    Bref, Bester, chouette entrevue, et quand vous aurez le temps, transcrivez le passage sur les insectes et la SF. D’avance merci.
    Georges

  9. Je ne suis pas fan d’Higelin, simplement parce qu’il ne me touche pas. Mais j’en reconnais la qualité. Y compris celle des textes.
    J’ai réécouté l’intégrale il n’y a pas longtemps (à partir de BBH75, car l’avant BBH, je trouve ça pénible au possible)soit de 1974 à 2010 (!), les musiques sont variées (rock, java, chansons légères, ballades, free jazz) et sans démonstration, et les textes sont très très riches : écoutez le double CD Chamapagne et Caviar, par exemple.

    Comparer » Champagne » au « HLM » de Renaud… ! Il ne faut quand-même pas exagérer : Le « HLM » est une chanson sympathique, mais bon…

    Quant à « Gaby », ce n’est vraiment pas une référence : Bashung a fait tout de même et heureusement bien mieux avant et après.

  10. Heureux de voir que je ne suis pas le seul fan du Hige.
    BBH75 est son chef d’oeuvre et celui du rock français 70s. Les anciens combattants du punk à la framçaise peuvent toujours la ramener, Higelin avait tout dit, et mieux, avant eux.
    Mais ce n’est pas une raison pour dénigrer l’avant et l’après. Crabouif, Irradié, Caviar, trois classiques.
    La carrière d’Higelin a accompagné et parfois précédé l’évolution de la musique française dans son ensemble.
    Avant le déluge : rive gauche et reprises de Vian pour Jacques Cannetti.
    Ensuite : Saravah, albums psych expérimentaux avec Areski.
    1975 : BBH75, le premier album punk français.
    Jusqu’en 80 : enchaînement d’albums un peu fourre-tout qui font le lien entre tout ce qui a précédé, c’est-à-dire où se mêlent gros rocks, grosses ballades et trucs expérimentaux-barrés, et même une tentative kraftwerkienne, « Les Robots » (ratée en l’occurrence, mais bien tentée quand même).
    Années 80 : Après son ultime chef d’oeuvre, « Caviar », Higelin emprunte les musiciens de Vassiliu et de Nino Ferrer pour graver un triple album live à Mogador d’anthologie. Au tout début des années 80, il introduit les rythmes africains dans la chanson avec « Nascimo ». En Afrique, il « découvre » et ramène à Paris Youssou N’Dour et Mory Kante. Les deux deviendront des stars internationales dans les cinq ans, avec l’avènement de la « sono mondiale ».
    Pas mal pour un seul mec.

  11. En effet, Ce n’est pas un parcours banal et je le connaissais assez mal, soyons honnête.
    Mais me permettrez vous ce raccourci : profesionnalisme + mélange des genres = immanquablement Variété qualité France. Et si c’était le Fugain du rock. Un Fugain pour les gens qui ne veulent pas aimer Fugain mais qui au fond n’aime qu’une chose : la variété française. Rock et Java comme vous dîtes… Lui devons-nous les Têtes raides ? je le crains.
    Je déteste m’entêter (ce n’est pas vrai, j’adore ça) mais Boris Bergman a écrit de bien plus grands textes que l’objet de ce (bon) papiers et de nos ‘excellents) commentaires.

  12. Non, franchement j’aime beaucoup Bashung pour sa musique et pour le « climat » de ses albums, mais Bergman n’est pas un grand parolier : il sait surtout faire, adroitement je le concède, une suite de petits jeux de mots qui sonnent, mais c’est quand même un peu facile. Il a par ailleurs écrit pour autres que Bashung : Maxime Le Forestier, par exemple, des textes franchement sans intérêt aucun.

    Et non, Higelin n’est pas le Fugain du rock. Comparer Higelin à Renaud, Fugain… c’est quand même pas terrible, non? Il est quand même à des dizaines de crans au-dessus. A mon avis, vous connaissez fort mal ses albums (qui ne se cantonnent pas à BBH75, qui a certes ouvert toutes les portes du rock français, mais est loin d’être le meilleur).

    Et encore une fois, je ne suis pas un inconditionnel d’Higelin.

  13. …et j’ajouterai deux choses:
    – je suis d’autant plus surpris de votre animosité envers Higelin, quand vous savez citer des gens aussi talentueux que Colette Magny.

    – quand vous dites « professionnalisme + mélange des genres = variété qualité France », à part Higelin, justement, je n’en vois pas d’autres (en matière de mélange des genres):
    Fugain(!) a toujours eu le même style, Cabrel aussi, Béranger idem, Renaud, Brassens, Brel… et même Ferré. Ce n’est pas blamable, ils le font bien ; bon après, ça dépend des goûts (Moi Fugain, je ne trouve pas ça terrible).

    Mais un chanteur qui a su mélanger et surtout ASSIMILER tous les genres, à part Higelin, je ne vois pas… Même chez les anglo-saxons.

  14. Higelin est un griot, un conteur! un genre de mix entre jean-louis barrault-gérard phillippe – à la mouchekine!!  » Pars » … « et ne te retourne pas », quel beau conte, il déroule le rock!

  15. Merci LH ! C’est en quelques mots, tout ce que je voulais dire avec peine depuis le début de cette conversation : Higelin c’est du théâtre. Et le théâtre, pour moi, c’est le contraire absolu, l’exact opposé de ce que doit être le rock ou la pop quand ils sont réussis. Merci de votre aide.

    Simon : au contraire, je trouve que le mélange des genres est un trait caractéristique d’une certaine variété « se voulant au dessus de son genre » française : n’ont-ils pas tous tenté une incursion world music ? N’ont-ils pas servi le discours des « grands musiciens californiens pour ce nouvel album » ?

    Je vous trouve dur avec Bergman, très dur : Résidences par exemple, grand texte non ? Le smeilleurs romans de Modiano en une chanson. Sobre.

  16. Vouais, Higelin…
    J’avais beaucoup aimé ‘je suis mort, qui qui dit mieux? », dans Saravah, je crois.
    Beau texte noir.
    Le reste….Remets-moi Johnny Cash (ouais, j’ai dit Cash, pas Kid.)

  17. L’avions interviewvé au théatre antique d’orange (orange in rock) se prenait quand même pour un sire avec quelques exigeances et n’avait guére le temps pour les locaux.

  18. …aterrante péroraison d’analystes maniaques de catégorisation et d’onanistes angoissés :…qui est vraiment le plus rock ???…peur des faussaires (?)…
    -Hé les gars, qu’est-ce qu’on en a à foutre de vos classifications de pseudo-spécialistes ???
    –Saluons bien bas ce merveilleux magicien qui est si souvent tombé sur la perle et dans le pire des cas a au moins découvert de délicieux coquillages…(rien du niveau de « Gaby » ???…et « Tête en l’air », « Tombé du ciel », »Aujourd’hui la crise » pour ne citer que ceux-là…pas assez rock ??? « Dans mon aéroplane blindé », « L’attentat à la pudeur », « 30 tonnes de TNT » …il y en a tant !!!
    Merci funambule d’avoir partagé ton authentique folie et ta vision poétique et à bas les petits classificateurs, distributeurs de certificats d’authenticité et mesureurs de b****…Vos pitoyables gratouillis ne pourront au mieux que décrasser le dessous de ses semelles ailées…!!!
    A la niche !!!

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