Au rayon « le saviez-vous », il y a le boulot de luthier ; un métier qui ne consiste pas qu’à fabriquer des violons, mais aussi des guitares. Pour comprendre qui se cache derrière les six-cordes de vos artistes préférés (ou détestés), deux d’entre eux, Benoit de Bretagne et Grégoire Damico ont accepté d’accorder leurs propos, le temps d’une interview loin des grosses usines.

« C’est le répertoire qui change les choses, et l’instrument évolue avec ». C’est fou comme Benoit de Bretagne résume parfaitement sa propre situation : la guitare n’évolue plus. Connus par une micro-sphère, ces luthiers restent à l’ombre de leur atelier. Même si leurs oeuvres brillent sous les projecteurs de multiples scènes, il faut dire que l’époque est plus au rap ou à la techno. Qui est assez fou pour croire aux guitares en 2019 ? Il y a 16 ans, Benoit fait un choix : il deviendra luthier. Et pas n’importe lequel. Après quatre années d’études à Londres, il s’installe loin, très loin. A Bernieulles, petit village du Pas de Calais, il décide de se spécialiser dans les guitares.

Résultat de recherche d'images pour ""Benoit de Bretagne""
Benoit de Bretagne

Loin de la Capitale, il reçoit des artistes français comme Thomas Fersen (ou Dutronc), Miossec ou Moriarty et contrairement aux apparences, la star ce n’est pas eux (pas pour nous, du moins), c’est le travail de Benoit. Certaines de ses guitares se sont même faites la malle sûrement plus loin que Fersen : à Oxford, au Japon, en Chine et au Canada. A ses débuts, il y avait 250 artisans de la guitare en France. Aujourd’hui, le chiffre est monté à 600. Beaucoup travaillent pour les amateurs, mais très peu ont une reconnaissance internationale.

“Au début, les guitaristes connus me demandent juste une réparation et après c’est une guitare entière.

A Villaroy, Grégoire et Gaëlle Damico sont déjà plus près de Paris. Eux aussi accueillent des gros portefeuilles, fort heureusement oubliés par le public français : CharlElie Couture, Francis Cabrel, Matthieu Chédid. L’un d’eux sort tout de même du lot : Mick Jagger. Ces luthiers aux gros carnets se connaissent mais aucune concurrence ne se ressent. Tout est une question d’art selon Grégoire : “ c’est comme un peintre qui a un coup de pinceau, chaque artisan a un truc différent. Un musicien a sa guitare et un luthier qui lui convient.” Guitare lyre pour Voulzy, portable pour Jagger ou hybride pour Hubert-Félix Thiéfaine… Chacun ses oeuvres originales, loin des merdes de certains clients. Le plus important pour se faire connaître : les expos et le bouche à oreille. Le réseau de Benoit vient principalement des festivals : “ C’est là bas que tout se passe. Au début, les guitaristes connus me demandent juste une réparation et après c’est une guitare entière.

Résultat de recherche d'images pour ""Benoit de Bretagne""
Benoit de Bretagne

Sons à la Led Zep

Les instruments produits deviennent des cartes de visite. Heureusement, il y a encore des personnes sensées comme Grégoire Damico qui mise tout sur la qualité : “ la lutherie en France c’est de la haute couture. On doit faire le top du top pour s’éloigner des produits qui viennent d’Asie. ” Après la folie des années 80, les musiciens recherchent encore les valeurs sûres des années 50 à 70. Les luthiers font surtout un travail de personnalisation. Rien ne doit compromettre les sons mythiques qui ont déjà fait leurs preuves, “à la Led Zeppelin ou à la Pink Floyd ”, insiste Grégoire. Tous deux ont gardé leur expérience en lutherie classique. “ Quand je fabrique une guitare électrique, je pense exactement pareil que quand je faisais des violons.

Grégoire Damico en mode selfie

Comme Grégoire, c’est en alliant ce travail traditionnel et des connaissances rock, que ces artisans deviennent les barons de la guitare. Leurs petits ateliers reculés se transforment en grands commerces. Benoit a commencé dans un truc ridicule, aujourd’hui, il travaille en duo dans un grand magasin : “ le lieu est en plein agrandissement, c’est une volonté de mettre les sous sur la table pour évoluer. ” Une question de détermination (et de fric comme d’hab)  mais aussi de nécessité pour Grégoire : “ j’ai commencé dans un sous sol de pavillon, c’était tout petit. En 1995, j’étais encore seul et deux ans plus tard, Gaëlle m’a rejoint. Après on a créé l’espace vente.” Pour info ils sont se sont mariés, d’un commun accord.

Le magasin de Greg

Arrêt de mort 

Mais bordel, développer un magasin pour guitare de série en étant luthier, ça paraît bizarre. Prendre du temps pour la vente, c’est un peu comme un investissement à long terme. Les magasins permettent de “ partager l’importance du métier ”, pour Benoit et de “ conseiller les gens sur les produit du marché industriel ”, ajoute Grégoire. Bon, c’est cool, ça rassure, ça fait de l’argent mais c’est un peu signer son propre arrêt de mort. Ces ventes, c’est la fin de leurs créations. “Je fais beaucoup moins de fabrication qu’avant mais je fais 300 réparations tous les ans… déplore Benoit. Du côté de Damico c’est le même refrain : “ aujourd’hui, je suis à 4-5 instruments dans l’année, c’est minime. A un moment j’en faisais deux par mois… C’est un peu comme créer un tableau ; dès que j’ai du temps, je me fais plaisir. ” Faut dire que la réalisation d’un instrument n’est pas donnée : “ Le prix du bois ne cesse d’augmenter depuis les années 90… ” Et ce n’est pas de tout repos. Avec plus d’une centaine d’heures par instrument, ces guitares peuvent coûter entre 5000 et 10 000 euros. Accessible à tous par le magasin, soyons clair, pour obtenir une guitare de ces luthiers rock, il va falloir passer par les Zénith.

5 commentaires

  1. C pratique le prénom Thomas de nos jours, tu l’écris une fois et hop tu as plein de nom d’artiste de la chansonnette à rajouter derrière
    Et avec le prénom Trouduc y’en a combien déjà?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*
*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.