Il s’appelle Didier et a stoppé la musique voilà 36 ans, mais la réédition de son dernier album « Eclipse » par Cameleon Records permet tout de même de se demander si la France n’a pas droit à sa part du gâteau Krautrock.

Des synthétiseurs, une boite à rythme, des mélodies rudimentaires et répétées en boucle pour masquer un manque de technique, avec des câbles partout. C’est à peu près le décor de l’Ovni réédité en novembre dernier chez Cameleon Records, un label français tentant avec noblesse de rendre justice au travail de Didier Bocquet, un Gaulois inconnu au bataillon dont le physique lui aurait certainement valu une place de choix dans l’Eglise de Satan d’Anton Lavey.

Les connaisseurs pourtant, ceux qui possèdent d’un compte premium chez Discogs, reconnaitront d’autres références, disons plus pacifistes. Plus planantes. Plus weed que coke, en gros. Cet « Eclipse » publié voilà 41 ans sur le label Kiosque d’Orphée a certainement pris Allemand en LV1, et c’est d’autant plus surprenant que le disque original, publié en 1977, est à rebours de toutes les modes hexagonales (punk, disco, Cloclo, etc). Dans la lignée des Heldon et autres Space Art, Bocquet – à ne pas confondre avec son homonyme Roland, lui aussi auteur de quelques pépites planantes comme « Paradia » ou « Robot bleu » – s’est mis au synthé très tardivement après une première carrière de « rockeur » qui l’a vu cogner des caisses claires derrière des groupes que la postérité n’a pas retenu au casting.

En 1976, et comme l’indique la bio, « il vend sa batterie pour acheter un synthétiseur, un magnétophone 4 pistes, une table de mixage et compose en enregistrant des sons et des boucles immédiatement car il ne sait pas lire la musique ». Le premier album, « Eclipse » donc, est recalé chez toutes les maisons de disque, pressé à 250 copies et majoritairement écoulé aux USA – un syndrome commercial très contemporain en somme. De cet accident artisanal où toutes les pochettes sont faites à la main ressort quelque chose d’assez atypique, très proche du « Pole » de Besombes & Rizet (réédité chez Gonzaï Records en 2016) dans un style funk à l’IRCAM.

Trois autres albums seront publiés entre 1979 et 1983, dont le second « Voyage cérébral », sans jamais que ses nappes ne transpercent la France. Jean-Michel Jarre ayant bouffé tout l’espace disponible pour ce qui deviendra au début des années 80 un genre majeur, ledit Bocquet s’en retournera tout doucement à d’autres occupations, non sans que l’un de ses amis, salarié au PTT, ne documente cette odyssée périurbaine grâve à des photographies live. En dépit d’un artwork plus que douteux, cette dernière mérite sa place dans votre discographie de psychopathe timbré obsédé par les modèles de synthés vintage construits voilà 40 ans par des geeks en blouse blanche aux physiques de violeurs de prises jack.

Didier Bocquet // Réédition Eclipse // Cameleon Records
https://cameleonrecords.bandcamp.com/album/eclipse

6 commentaires

  1. çà coince, çà pleure! on se fait un peu de fric avé les poinks pas tous signent ! le s babouzes qui bouffent de la chèvre!

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