Prêts à être rangés au fond du garage après 4 disques en 15 ans de carrière, les Canadiens profitent du changement de décennie pour se remettre à l’heure avec un nouvel essai que personne n’avait vraiment envie d’écouter : « Deleter ».

La nouvelle n’est peut-être pas arrivée jusqu’à vous, mais en décembre dernier le trio de Yeasayer s’est finalement séparé, dans l’indifférence générale. Voilà 10 ans, ces New-Yorkais étaient l’une des plus belles promesses de l’école indie américaine ; mais voilà, après 3 albums chez Mute aux succès relatifs, Yeasayer a fauté par excès d’orgueil et crée son propre label en espérant que cela suffirait à changer d’étage. Et effectivement, ce fut le cas : le groupe annonçait sa désintégration le 19 décembre dernier dans un sobre Facebook aux allures d’épitaphe.

Announcement.

Gepostet von Yeasayer am Donnerstag, 19. Dezember 2019

A l’heure où les années 2010 ont été transformées en un champ de ruines pour beaucoup (on pense également aux membres de PVT), il est étonnant de constater que c’est un groupe issu de la décennie précédente qui refait surface. Holy Fuck, groupe de tripatouilleurs électroniques qu’on a toujours été écouté d’une oreille lointaine et qui, depuis leur premier album en 2005, font à peu près le même bruit. On saluera la cohérence, un peu moins l’originalité. Après 15 ans de bons et loyaux services à la musique qui ne dérange personne, on pensait l’affaire entendue. Et c’est à ce moment que sort finalement « Deleter ».

Délétère (adjectif)

1. Qui met la santé, la vie en danger. Gaz délétère.
2. Au sens figuré et littéraire : Nuisible, pernicieux.

Exemple : « cette reprise de Comme un boomerang par Julien Doré et Eddy de Pretto pour Taratata était vraiment délétère ».

Peut-être parce qu’ils étaient fatigues de taper sur des bambous en plastique recycles, ces garçons désormais plus très jeunes ont décidé de tout remettre à plat, à la manière de Radiohead sur “Kid A” avec, à la clef, une solution pour disparaitre complètement. Pour cela, ils ont commence par embaucher deux autres gus qu’on pensait cérébralement disparu (Alex Taylor de Hot Chip, Angus Andrew de Liars) et les deux ouvrent respectivement l’album, le premier avec un Luxe enregistré le soir du nouvel an dans le studio de Jack White, à Nashville; le second avec un Deleters qui marche clairement sur le sentier pourtant semé de paillettes piquantes de LCD Soundsystem.

Est-ce une surprise ? Oh que oui. Pour la première fois, on a l’impression que le corps d’Holy Fuck s’est fait greffer une tête ; ce qui lui permet comme avec la Dictée Magique de tout recommencer à 0 en oubliant l’encombrant passé. Deleter, pour delete. Effacer, recommencer, supprimer. A commencer par le chanteur. “Je veux tout gâcher / Et recommencer” dit Taylor sur Luxe, et c’est un bon programme. Le reste de l’album est à l’avenant – façon de dire qu’on ne va pas se faire chier à vous faire un track by track – et ce rock électronique de première main de ringardiser un peu plus les vieux attelages qui continuent de rouler malgré le pneu crevé. Une leçon que des groupes comme Animal Collective et Local Natives feraient bien de se faire tatouer sur le bras : on peut encore avoir des rapports sexuels passé la quarantaine mais pour cela, il faut savoir changer de position.

Holy Fuck // Deleters // Last Gang

2 commentaires

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