Souvent relégués au fond de top 10 d’artistes à suivre parrainés par des marques de téléphone, ils luttent contre 60 ans d’histoire pour se faire une place dans le cœur d’auditeurs qui croient avoir tout entendu. Aujourd’hui, un Rennais à Rayban qui se revendique de Daniel Darc, Alain Bashung, New Order et Suicide. Comme disent les concepteurs-rédacteurs en agence de com’ : « rien que ça ! »

Quel temps fait-il sur la nouvelle nouvelle nouvelle nouvelle scène française ? Sans se prendre pour Evelyne Dheliat, on aurait tendance à dire que le ciel est un peu gris, couleur monotone. La tendance semble être aux noms doublement communs (Obscur, Moto, Officine, Pâle Regard, etc) et c’est un peu à se demander si à ce rythme là on n’aurait pas épuisé le dictionnaire à la fin du premier semestre 2020.

C’est dans ce contexte d’anonymisation des starlettes que débarque Chasseur – je suis convaincu qu’un mec, quelque part, réfléchit très sérieusement à utiliser le mot « Spatule » comme nom de scène, un Rennais passé jusque là sous les radars, comme en attestent ses 500 fans sur Facebook. Et comme si les références citées ci-dessus ne suffisaient pas à placer déjà la barre très haut, l’album prévu pour mai se nomme… « Crimson King ». Inutile de connaître par cœur son Robert Fripp pour ne pas tilter sur le premier album de King Crimson. C’est d’ailleurs l’un des autres travers de la nouvelle nouvelle nouvelle nouvelle scène française ; une tendance à l’auto-citation, voire au sampling culturel en boucle, sans scrupules. On s’arrêtera là pour les prévisions météorologiques, parce que la première impression faite par ce Chasseur, c’est qu’il court après du gibier mort depuis bien longtemps.

C’est ici qu’on en arrive à la grande surprise de ce papier : Chasseur, c’est bien ! Chantées en français, parvenant à dépasser le frisson d’angoisse consistant à craindre un énième chanteur de néo-variété sous-influencé par Christophe, les morceaux de Chasseur sont pour l’heure au nombre de trois. S’en dégagent une certaine fraicheur, un courant d’air frais venu des eighties, avec, effectivement, l’ombre de Darc murmurant sur des productions volées dans le casier de Depeche Mode. Ce rock électronique sera-t-il suffisant pour légaliser Chasseur sur tout le territoire français ? C’est finalement une question comme une autre, mais Je me souviens de tout est pour l’instant un tube qui en rappelle 1000 autres, et c’est peut-être à ça qu’on reconnaît les bons chasseurs ; il braconne discrètement chez le voisin, mais toujours en visant juste.

Les anciens jeunes gens modernes des années 2010, masquant leur incapacité à sortir du complexe d’Œdipe à un âge désormais avancé, feraient mieux de passer, côté fringues, au rayon adulte. Chasseur débarque ; on verra bien s’il arrive à leur tirer à tous une balle dans la nuque.

Plus d’infos si vous cherchez le garçon, ici.

 

 

 

 

 

 

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