L’album de Gontard, c’est le prétexte de cet article. Pas question de trop le chroniquer, faut lire entre les lignes, entre les déclarations d’intentions de Gontard et ses aveux. On va pas jouer à fact check, à disséquer des sons de guitares, de claviers et de percussions. On prend tout en bloc, en masse, en brut, c’est l’album, c’est la masse, c’est l’urgence, qualités et défauts qui se regardent en chiens de faïence et qui s’écharpent.

Ecouter Gontard comme une confidence au petit matin, sur le périph’ ou ailleurs, en Gascogne ou en Charente, par exemple, pourquoi pas. Zapper sur BFM, parfois. C’est bien BFM, on parle CAC 40. Gontard il aime ça le CAC40, ça donne des chiffres, des statistiques, et entre les crédos économiques on entend de la variété. Gontard il aime ça la variété, les disques d’or, Nicole Croisille, les perruques de Serge Lama, les hits de de George Michael, ça le rend tout chose. Il y a sans doute tout un tas de choses qui le rendent chose. Pasolini, Ferré, Arab Strap, Kajagogo, Toto Cutugno et les femmes qui passent. Faut faire la différence? Entre l’emphase de Léo Ferré et l’Aziza? Pourquoi? Peut-être qu’il se pose des tas de questions, Gontard, qui sait.

Peut-être qu’on peut lui en poser des questions, peut-être qu’on peut s’imaginer dans une station-service un peu crade de la Drôme, appuyés sur la bagnole, causer à bâtons rompus… En attendant ce moment de grâce chez Total, Shell ou Vinci, c’est Messenger qui s’y colle. Récit bordélique d’une discussion débutée le 9 septembre 2016 et terminée deux ans plus tard, le 26 mars 2018.

09/11/2016 15:45

Le morceau Ben laden nique ta mère, c’est une belle bande son pour ce matin calme.

Gontard : Résistance imaginaire ! Merci man.

Faut que je me procure enfin l’album “Repeupler”.

Gontard : Fais vite, y en a d’autres sur le feu.

Marrant, parce que ton disque, je l’ai acheté à Anvers, complètement insolite, dans une librairie galerie où jouait Chevalrex.

Gontard : Lequel ? “Bagarre” ? Même moi j’en ai aucun exemplaire. J’ai un peu la nationalité belge de toutes manière.

Oui “Bagarre”. j’ai plus l’exemplaire physique, je sais pas trop où il est… Allez, bonne journée man. Je vais acheter des clopes, avant repeupler.

Gontard : Soyons forts ! Biz. Je monte repeupler la capitale. J’étais avec le type de Diabologum à midi et grâce à toi j’ai lâché Ben Laden NTM. J’avais un peu oublié ce titre il colle bien au mood du jour. Thx

Ouais à fond qu’il colle, il connaissait ton morceau?

Gontard : Nope, on ne s’écoute pas entre neurasthéniques.

Haha, t’écoutes bien Arab Strap.

Gontard : Ouais mais je comprends rien.

C’est vrai que tout n’est pas clair.

11/11/2016 10:34

Mec, je veux pas te saouler, mais “Repeupler la terre”, c’est un super disque.

Gontard : Bienvenue dans la secte. Nous sommes peu mais nous sommes fiers. Merci dude.

[Prénom Mohamed, c’est mon tube du moment. C’était dans les mixtapes “France 2017”, une chouette habitude chez Gontard. Les mixtapes, toutes chaudes et brouillonnes, avant l’incise nette du disque, du 33 tours, du long playing. Des cartes postales de France, des départements sinistrés, des enfances racontées au pied des immeubles, de l’amour et de la rage, de l’adolescence, tout ça sur un ton mi-affecté, mi-amusé]

Hello, t’accroche à Manset ? Simple question comme ça, ça m’intrigue.

Gontard : Hello j’admire je collectionne mais de loin. Trop dangereux comme flirt. Comme Ferré. C’est admirable en tout point. Marrante comme question.

Ha voilà, comme Ferré, je vois très bien le rapport.

Gontard : Oui ce sont les seuls trucs que j’écoute en français de temps en temps quand ça monte.

[Gérard Manset, il le suit un peu partout Gontard, il a laissé des traces. Comme Ferré. Question d’emphase, d’attitude sans doute, le lyrisme est plus ce qu’il était, c’est certain. Léo Ferré le disait dans La violence et l’ennui: “En l’an 2000, plus de musique !” Après l’an 2000, il y a Gontard, entre autres. Pourquoi lui? Parce qu’il est pudique, drapé dans les grands froids, mais au fond il y a un héritage, le verbe haut, la gueulante mais un peu plus sourde. La mélopée remplace la psalmodie, quelque part, ou alors c’est une gueulante de timide, on sait pas trop à quoi s’attendre. Tout ça finira dans la violence et la musique].

Tu brides ton lyrisme, ça se sent.

Gontard : C’est un compliment. J’espère que tu sentiras moins la bride sur prochain disque. En live je lâche plus les chiens. Ahah. Une sorte de romantisme contrarié

Oui, c’est un compliment.

Gontard : La bride et la frustration c’est différent. Je veux être libre d’être frustré. Pas bridé pas empêché…

Libre d’être frustré, dans tes limites…. j’ai écrit contrarié, nuance !

Gontard : Contrarié puis frustré. J’aime bien ce mojo. Bridé, contrarié, frustré, surtout contrarié.

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[Lâchez les chiens, Gontard est là, petit lapin, la mascotte souterraine aux chansons improbables. Il y a presque du jazz, dans le crépuscule, de la world music sur “Tout naît / tout s’achève dans un disque”. Gontard fait groupe, fini la solitude et les samples à la sauvette, ça turbine derrière le chanteur. Manset, Ferré, reste Pasolini : trois figures à dénicher dans Gontard, posées en embuscades. Pourquoi Pasolini, et pas Fassbinder (“Tous les autres s’appellent Ali”). Parce que c’est un latin Gontard, un raggazi. Valence, c’est pas Berlin. Il fait chaud, on est en bande, on déconne, on boit sans doute. On s’attache aux gamins, on slamme avec eux, au pied des barres HLM. Et les chansons de Gontard sont visuelles, très visuelles, très affectées par le réel, dans les détails pittoresques, dans les détails pitoyables].

Pasolini, ça te parle?

Gontard : Démasqué je suis.

J’crois, fallait pas jouer l’impudique, aussi. Forcément, ça perce.

Gontard : on n’a pas une interview prévue nous deux?

[On l’a pas fait cet interview finalement, pas vraiment, pas en face-à-face, on s’est construit un espace-temps virtuel pour écouter des musiques et se poser des questions, sans trop se soucier des réponses. C’est pas vraiment dans l’urgence, il y a des fausses pistes mais finalement y a un peu de matière, et cette matière c’est Gontard, un truc élaboré et foutraque, attachant et intime. Ce qu’il obtient, maintenant, ici et maintenant, ici et ailleurs, c’est son nouveau disque flambant neuf prêt à foudroyer les charts des surfaces Leclerc et des échoppes pointues. L’ombre portée de tout ça, c’est le single qui cartonne, la presse qui succombe, le Zénith, ou la salle Pleyel, le stade de France un jour, les vues Youtube par milliers. C’est peut-être la seule vraie question au fond, quelle sera la rançon du succès? Et quel succès, d’abord ?]

T’y crois toi Gontard, au succès hexagonal, aux victoires de la musiques en masque de lapin, ou bien c’est juste un fantasme?

Gontard : Même si j’aime les itinéraires Bis j’aime bien aller chier sur les aires d’autoroute Vinci. Quand j’observe ce que l’on nous propose dans la vitrine magique de la chanson française même alternative alors oui je veux le succès total et gargantuesque. Dans les bunkers où je joue, dans cette France occupée, les gens aiment qu’on les regarde qu’on leur parle qu’on leur propose des pirateries musicales. Si ça marche dans ces lieux ça peut marcher partout. Y aura toujours des instits, des cheminots, des chômeurs ou des kinés sensibles qui pourront partager.

Bon j’ai pondu une intro pour l’interview, ça te va si je cite l’Aziza dedans?

Gontard : Ça sonne ! Je déteste l’Aziza mais l’image est vraiment bien. Bravo ! Mais au fond tu as raison l’Aziza c’est bien plus pertinent. Analyse sociale caricaturée à la mode Balavoine c’est plus marquant que des ersatz de Robert Smith, comme l’Aventurier. ahah… oui j’y repense, Aziza c’est mieux. Vivre ou survivre. Sauver l’amour. Ahah. Oui, voilà les gros messages.On peut se le faire au fil de l’eau. Quand tu peux, comme une conversation libre

Tiens comique j’écoute un John Cale, on dirait les violons de ton premier album, les cordes du début, c’est de l’emprunt?

Gontard : Normal je les ai piqué ahah. Il a plein de thunes Johnny Cale.

On lui mit autour du cou La dent du dernier cheval mort Qu’on avait amené chez nous Et dont on dit qu’il bouge encore Alors, tout est bien Et, de la Marne au Rhin Les hommes et les chiens Tout le long du canal Suivent Jeanne au bûcher bancal”. C’est Jeanne, par Gérard Manset. Moi ça me fait penser à toi, ce texte, une espèce de précision géographique qui fait sonner les mots communs et les noms propres. 

Gontard : Je vois complètement. Le sens du vivant. Je viens de terminer un titre qui se termine comme ça: “on verra passer la carriole verte et le triste cheval du marchand de peau de lapin, on entendra le chuchotement mouillé des auto électriques sur les pavés de pluie. On regardera la pauvreté en face, on se regardera.” Ça sonne un peu comme ce que tu m’écris là. Réalisme cru. Entre Pasolini et Arab Strap. On prend du recul au risque de tomber.

Et la politique dans tout ça, t’es un fils des années Mitterrand, ou t’es plutôt un gamin Giscard ?

Gontard : Marchais ! Marchais ! Marchais ! “Pasolini, la machine molle, les boîtes à cul de Province, la mort du parti socialiste français, les délocalisations, on va tout se dire cowboy”.

[Au final on s’est pas tout dit, cowboy Gontard, on a frôlé des trucs, c’est de l’approche, c’est pas du fond, c’est virtuel ou postmoderne, qu’est-ce qu’on en a à foutre ? Alors que dans Gontard il y a de l’incarné, de la scène, de la sueur, pas de la distance. Ça perce de partout, et c’est prêt à se répandre sur la France.]

Gontard // Tout naît / tout s’achève dans un disque // Ici d’ailleurs
https://gontard1.bandcamp.com/album/tout-na-t-tout-sach-ve-dans-un-disque
 

5 commentaires

  1. sacré papier pour ce beau soldat de la chanson. un brave comme il n’y en a que trop peu.

    par contre, Léo dit beaucoup de choses dans La Violence et l’ennui mais “en l’an 2000 plus de musique” c’est dans l’extraordinaire et bien plus ancien Mister Giorgina où le gonz commence son morceau au biniou pour finir avec Bach (tu connais ?).

    La liberté putain.

  2. Pas de skeuds de benabar au Rouffe trade ‘juice’ Day , mais ouverture tres longue, bien, apres, promise. paiement sans toucherie acceptés.

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