Pascal, dans ses "Pensées", parle du divertissement comme d’un moyen pour l’homme d’échapper à l’ennui, et donc à Dieu. En s’ennuyant, l’homme se recentre sur lui et prend conscience de sa finitude, de la mort et du fait que Dieu est sa seule solution face à la vanité de son existence, et la seule issue du salut de son âme. L’expression ennui mortel vient d'ailleurs peut-être de là ?

J’ai eu tout le loisir d’y songer lors du concert des Arctic Monkeys, le 4 février dernier. Et il m’a semblé évident que si mon salut ne m’était pas garanti par la prière, il me le serait encore moins accordé par une infernale communion avec la pop britannique tant je m’y suis ennuyée. Je me suis donc, comme Pascal le souhaite pour tout homme dans son oeuvre, « recentrée sur moi même et sur ma finitude« . Et surtout, sur pourquoi j’avais fini par atterrir ici. Ah si, je pensais tout connement que leur prestation scénique serait du feu de Dieu et qu’Alex Turner ferait un corps à corps des plus intéressants avec son micro. En fait un pur fantasme. Parce que ce que j’ai vu sur scène m’a simplement donné envie de me fumer l’intégralité du paquet de cigarettes.

Pour ma défense, je ne savais pas grand-chose de la réputation du groupe en live. Trois jours durant, des Anglais ont envahi les salles parisienne avec une ombre de super groupe en première partie: Miles Kane. C’est d’ailleurs cette addition d’Outre-Manche qui m’a motivé ce soir du 4 février. C’était d’ailleurs la première fois de ma vie que j’assistais à la première partie d’un concert .

Miles Kane se donne sur scène, heureux d’être là semble-t-il. Il s’adresse au public, en anglais of course. Je ne sais pas si les artistes anglais se rendent compte du comique de situation quand ils s’expriment dans leur langue, car les frogs ne comprennent pas tous la langue de Shakespeare. Notamment lorsqu’elle est baragouinée dans un micro et que même victime d’incompréhension, les gens crient bêtement en direction de leur idole. Quoi qu’il dise, et quoi qu’Alex Turner en dise par la suite, personne ne comprendra rien aux propos de Miles mais le public hurlera pour la forme et l’envie. Public de groupies mixte de 16 à 26 ans, celles qui ont connu le groupe grâce aux Last Shadow Puppets ou par l’avant dernier album, « Humbug« , mais aussi ceux qui les suivent depuis le début et qui ont encore leur âge.

Beaucoup de gens sont en fait venu pour Miles. Il faut dire que son album solo est au combien plus intéressant que le très modeste, dans tous les sens du terme, « Suck It And See» du groupe britannique. Sincèrement, j’ai sucé l’album de bout en bout, je n’ai rien vu du tout , et ce n’est pas faute d’avoir cherché. Ils me promettaient la Vierge peut-être? Vierge d’intérêt en tout cas. Du Last Shadow Puppets composé par Alex Turner pour être joué par les Arctic Monkeys. No comment, là n’est pas le sujet. Mais il fallait que je les voie au moins une fois sur scène. Première et dernière fois.
Fluorescent Adolescent, c’était un morceau phare de mes 14 ans. Je l’ai écouté, décortiqué, massacré, joué à la guitare – simplissime- alors forcément, les voir ce soir en concert, c’est une sorte d’hommage à mon début d’âge ingrat. Tout comme le concert des Kooks en octobre dernier – pas mal du tout d’ailleurs – bien que le chanteur semblait surtout se chercher une copine parmi ses fans.

Dans la salle, une population féminine aux hormones exacerbées hurle pour les beaux yeux d’Alex et la gente masculine semble logiquement plus intéressée par Miles Kane. Les deux parties donnent une parité homme/femme du plus bel effet.

Miles Kane donne une première partie qui semble dire au groupe de la soirée « vas-y tu peux jouer, j’ai fait le plus dur,  j’ai chauffé la salle». Beau boulot , c’est la seule chose qui m’aura plu. Car si l’on utilise usuellement l’expression de « descente aux Enfers» alors  je peux dire qu’en ce qui me concerne, la bande d’Alex Turner a bien choisi son nom: c’est une descente en Arctique. Un chaud / froid éblouissant.
On les a attendus. Débarquant sur scène avec une nonchalance déconcertante des moins rock’n’roll, ils ont simplement l’air blasés. Seul le batteur a l’air de prendre son pied. Et encore, cela est sûrement dû au fait que c’est celui qui fournit le plus d’effort physique. Tous dégagent un ennui teinté de mépris. Turner semble même triste.

C’est déconcertant de voir que l’on peut savoir aussi bien jouer et avoir l’air de mépriser autant son public. Objectivement, ce sont de bons musiciens. Subjectivement, rien ne va. Miles Kane revient deux fois pour  chanter avec le groupe. « Paris, est-ce que vous aimez Miles Kane? » demande- ou plutôt se force à articuler – Alex Turner. Tellement plus que toi…

Des pogos par milliers. Rejetée sur les trois premiers rangs de la fosse, je me retrouve face au groupe. Bon point, c’était frustrant d’être en fosse et loin de la scène. Mais collée, imprégnée d’un magma de sueur humaine où les autres semblent sous tranquillisants, je vois beaucoup de gamins tituber par petits pas de gauche à droite, dans la limite des déplacements possibles, et d’un coup se jeter sur les personnes placées devant eux. Les yeux rouges, l’attitude molle et d’un coup violents, il se poussent et se frappent en rigolant. Et rient moins quand ils s’aperçoivent que j’ai des talons de 10 cm. Quitte à avoir des bleus, autant qu’ils gardent un souvenir.

J’avoue que je ne m’attendais pas à cette ambiance dans un concert de pop rock. En comparaison, le public d’ Alice Cooper ou de Deep Purple équivaut à des nonnes en pénitence. Alors oui, aussi sûr que l’on ressent toujours de la déception et de l’incompréhension quand on découvre sur scène un groupe que l’on a su aimer dans sa chambre de bonne, les Arctic Monkeys m’ont déçue. Quarante euros pour ça, c’est tout de même cher payé. Une seule chose à dire: Monkeys, you are a million Miles away.

http://arcticmonkeys.com/

5 commentaires

  1. J’étais au concert du zénith et je dois avouer que 1, il m’a fallu du temps pour apprécier « Suck it and See », et que 2, moi et mon amie étions plus venues pour miles kane que les arctic monkeys.

    Je suis loin d’être une professionnelle en matière de musique, mais le concert était loin d’être ennuyeux, certes l’énergie de Miles Kane n’était pas comparable à celle d’Alex Turner mais il y a des groupes dont les musiques suffisent largement à être dans l’ambiance (c’est pas très français…)
    J’ai vu the strokes en live, et là on a l’impression qu’ils se font vraiment chier

  2. Arctic Monkeys, pour les avoir vu à Metz je les ai trouvés assez bons, niveau énergie, son, puissance … après c’est sur que le virage ‘gros rock américain’ à la BRMC -raté- de leur dernier album … bah c’est plutôt moyen.
    Donc la setlist en a assez souffert. (à mon goût).
    Après ça me choque pas que sur leurs derniers titres un peu hard rock on ai envie de se défouler dans la fosse … au contraire, ça m’exaspère assez les gens qui se plantent au milieu de la fosse et qui restent désespérément statiques, malgré tous les efforts du groupe …
    (mais bon l’erreur viens sans doute que j’étais allé voir un concert de rock, et que vous vous attendiez à un concert de poprock avec Miles et des titres d’AM des débuts …)

    Sinon, Miles Kane, excellent, on est d’accord.
    (très poli, il a du dire merci à peu près 50 fois pendant son concert !)

    J’ai eu un peu l’impression qu’Alex et Miles étaient un peu les meilleurs potes du monde perso.
    (avec Alex qui n’arrêtait pas de relancer le public : « come on, it’s fucking Miles Kane, people ! »)

    Par contre si quelqu’un sait pourquoi ils se bornent à ne pas jouer de titres de The Age of Understatement … je suis preneur.
    (à moins que je me plante, ils jouent toujours des titres de l’un ou de l’autre mais rien de leur collab, c’est quand même frustrant).

  3. Le problème ne vient pas du fait qu’il y ai eu du mouvement en fosse -même si c’était insupportable sur la fin- ce n’est qu’une constatation.
    je suis aussi exaspérée que vous lorsque le groupe sur scène se tue à chauffer le public et qu’il n’y a aucun retour .
    Mais ce soir là, ils n’ont rien eu à faire .

    Ils ont joué des titres des Last Shadow Puppets durant d’autres concerts de la même tournée , à Paris , mais pas le soir du 4 février. Ils ont beau être amis et jouer ensemble, ils ne sont pas là pour faire un sous-concert de leur duo , bien que ça aurait été sympa d’entendre un de leurs titres .

  4. C’est marrant mais Miles Kane n’a bien que sa fougue pour donner une demi-molle. Ses morceaux reposent sur de vieux riffs (quand ce ne sont pas carrément des reprises (Dutronc, The Music Machine)), et la moitié de ses chansons ont été écrites… avec Alex Turner.

    Sinon les titres de Suck it and see en concert plombent un peu tout (exceptés le truc un peu plus lourd comme « Library Pictures » ou « Don’t sit down… ».

    Le meilleur soir c’était le vendredi à l’Olympia. Le reste n’avait pas grand intérêt, à part pour les fans comme moi.

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