Il est moche, ringard et plus personne n'en veut : le CD vit véritablement ses dernières heures. L'occasion d'un dernier éclairage sur ce format qui devait "durer pour l'éternité".

La scène se passe le 27 février 1983 sur Antenne 2. PPDA, toujours impeccablement glissé dans sa veste en tweed et le cul vissé sur sa chaise, attrape la pochette posée sur sa gauche avant d’en extraire un CD. Cette galette, il la brandit fièrement au grand cérémonial du 20h, avant de l’introduire au public français :

« Et maintenant, regardez bien ce disque. Ce disque, c’est le disque de l’avenir. Un disque inusable, ou presque, en vente depuis hier dans les magasins de Hifi. ».

S’il n’avait pas peur qu’ils y restent collés, il n’hésiterait pas à se passer la main dans les cheveux. S’enchaîne ensuite un reportage où l’on apprend que le Compact Disc est le digne successeur du 33 tours. Une technologie révolutionnaire, en provenance du Japon, qui bien qu’elle soit onéreuse finira certainement par faire sa place dans les foyers français. Un son inégalable et une prouesse capable de défier le temps, en permettant aux œuvres de perdurer sans rayer ou s’abîmer. C’est clair : on se croirait presque dans Star Trek.

Les débuts

La personne à qui l’on doit cette invention, c’est le physicien américain James Russell. Grand passionné de musique, il cherchait à trouver une solution contre l’usure de ses vinyles et leur mauvaise qualité sonore. On est à la fin des années 60, et il faudra attendre encore 1980 avant que Philips et Sony ne décident d’appuyer ses travaux en créant la norme « Red Book » : un disque de 120 mm, une résolution de 16 bits et un taux d’échantillonnage basé sur le théorème de Nyquist (le taux nécessaire pour reproduire toutes les fréquences audibles à l’oreille humaine). Le temps de créer des lecteurs CD adaptés, comme le Sony CDP-101, et en 1983 l’industrie part à l’assaut du marché.

Mais avec le prix du lecteur qui avoisinait parfois les 1000 $, il fallait plaire au public. C’est pourquoi le tout premier CD pop a avoir été pressé sera « The Visitors » du groupe ABBA, qui écrira ainsi la première ligne d’un catalogue timidement composé d’une vingtaine d’albums disponibles à la vente. La bascule se fait en 1985, grâce au succès de « Brothers In Arms », l’album de Dire Straits. Il permet pour la première fois aux ventes de CD de dépasser celles des vinyles, en 1988, puis des cassettes en 1991. Fini les bandes magnétiques et les microsillons, dans les années 90 on balance les CD comme des shurikens, qui viennent se loger directement dans les chaînes Hifi et les baladeurs du monde entier.

brothers-in-arms

L’arrivée des emmerdes

On pourrait croire que le CD n’a été relégué que récemment au simple stade de frisbee. Pourtant, en 1988, l’arrivée du CD-R se permettait déjà de lui faire une petite pichenette. En permettant de « déchirer » le disque pour en conserver ses musiques directement sur ordinateur, le CD-R donnait à l’époque le top départ de la course au partage musical à moindres frais. Un relais rapidement assuré par le CD-RW et le format MP3, qui ont grandement contribué à monter tout un réseau de contrebande musicale, dont le principe était simple et immuable : graver un maximum de disques, les entasser dans un trieur, l’oublier sur le toit de la voiture après avoir fait une pause clope sur l’autoroute. Un cycle éternel qui ne semblait devoir s’arrêter que sous l’impulsion des baladeurs MP3, permettant de trimbaler toute une discographie dans la poche.

Le coup final, c’est Napster qui l’assènera en 1999. En atteignant les 80 millions d’utilisateurs, le site de partage musical a fait germer des idées et surtout les premiers sites de partage en peer-to-peer. Aujourd’hui, la majorité des ordinateurs portables vendus ne sont même plus munis d’un lecteur CD. Depuis que les ventes numériques ont dépassé les ventes physiques en 2015, tout est centralisé sur Internet. Même les services de streaming payants ont connu une croissance de 60% en 2017.

disque

CD décédé

Pour éviter d’avoir à en faire des dessous de verre, ou trouver un arbre suffisamment grand pour les accrocher, les enseignes doivent trouver des solutions pour liquider leur stock de CD invendus. C’est pourquoi le géant américain Best Buy, qui comptabilise plus d’un millier de magasins sur le territoire US, annonce vouloir supprimer progressivement les Compact Discs de ses étales d’ici le 1er juillet 2018. Avec à peine une centaine de titres référencés, et une baisse des ventes de 18% sur l’année 2017, l’enseigne en est réduite à miser sur les albums de Taylor Swift pour s’assurer de vendre un minimum (500 000 exemplaires pour l’album « Reputation »). Le CD n’est donc plus qu’un reliquat, un passage bientôt éteint de l’ère musicale, alors que le vinyle exulte, avec une hausse des ventes de 14% en 2017. Grâce au retour du vintage, des hipsters et de quelques puristes, il se permet même de reprendre ses droits, gratifiant le CD d’un immense doigt d’honneur qui le démangeait depuis trente longues années. Histoire de rajouter encore un peu de terre sur le cercueil déjà bien couvert du CD, les fabricants de voitures aussi commencent à miser sur le digital, en enlevant les lecteurs de leurs modèles les plus récents. A moins d’une résurrection semblable à celle du vinyle, le format CD semble donc bien mort et enterré. Maintenant reste à savoir quand est-ce qu’on verra des tourne-disques apparaître dans les voitures.

11 commentaires

  1. OÏ! c normal plus personne n’ecoute de zique! ici, non, ecoute les donnés, les copinages, les after & consorts, __________________________________ qui ecoutera estardy????__________

    & au vu des latest news, le baleapop9 , ne consacrera pas de Musique pour fin aout au pays-basque, bonne chance pour la glacée Motte.

  2. je suis devenu melomane en 1988 puis disquaire en 1990, exactement à l’age d’or du cd,et donc alexandre perseverance est un enfants du cd ,je n’ai jamais renoncé a se support au contraire depuis qu’il y a une mega hype sur le vinyle et que les prix des microsillons neuf et d’occasion son devenu completement delirant et hors de prix moi j’ai continué à acheté des cds ,il y plein d’affaire a faire ,je trouve plein cd de grande qualité a 5 euros

  3. Synthèse concise mais bien trop certaine d’une issue incertaine sur la fin du CD. D’ailleurs le doute persiste en fin d’article. Le CD reste un support et c’est sûr que pour les aspects nomades, ou dans la voiture il ne risque pas de réapparaître sauf par effet vintage… Par contre aujourdhui se pose plus la question du format et non du support
    CD : Fréquence d’échantillonnage 44,1 kHz sur 16 bits
    SACD ou DVD audio : De 96 kHz à 192 kHz sur 16 ou 24 bits
    ces derniers deviennent aussi plus rares acar plus couteux à produire. Mais il existe des voies qui peuvent faire perdurer et revenir en force le CD comme le vinyle. Comme lui le CD a un son et aujourdhui malgré l’arrivée en force de la musique dématérialisée, la recherche du bon son , de la qualité plus que la quantité revient.
    Pour preuve les DAC en tant d’éléments séparés se vendent en force. Couplés à un lecteur cd vieillissant, ou un lecteur réseau il jettent un pont dans toute ces technologies numeriques pour les faire cohabiter encore quelques temps.

  4. A supposer que l’industrie du disque en règle l’usage, avec l’aplomb éhonté qui caractérise chacun de ses assauts envers les porte-monnaies, il est tout-à-fait probable que l’on fasse à nouveau avaler un jour à une prochaine génération que ce support une fois enterré relevait en réalité du cool le plus ultime. Et les enfants le croiront, et iront se rééquiper en lecteur idoines, et cracheront, goguenards, à la gueule des blaireaux ne jurant que par la galette en cire. Et tout cela ne sera que le même éternel mélange de hype et de consumérisme qui régit la petite vie finie des technologies de capture du son. Tandis que le son, quant à lui, vit depuis l’éternité et se perpétue, peu importe le flacon : il suffit de quelques cordes ou peaux tendues, et d’une volonté de transmettre, de village en village puis d’un point à l’autre du monde.

    Le contenu, pas le contenant !
    Tous en chœur, emmerdons les marchands !

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