Sorti en juillet 1998, le deuxième album de Mark Linkous, alias Sparklehorse, est l’œuvre d’un homme qui tente de remonter la pente après une tentative de suicide et un long séjour à l’hôpital.

Commençons par la fin. Le 6 mars 2010, Mark Linkous sort de la maison d’un ami à Knoxville aux États-Unis. Il est 13h20 et l’Américain se tire une balle dans le cœur. Il a 47 ans.

Quatorze ans plus tôt, en 1996. Sparklehorse fait la première partie de Radiohead en Angleterre. Mark, qui se bat contre des dépressions et un problème de sommeil en tournée, mélange des antidépresseurs avec du Valium dans sa chambre d’hôtel, à Londres. Il est retrouvé inconscient par une femme de chambre le lendemain matin qui appelle une ambulance. À leur arrivée, ils s’aperçoivent que le mélange a causé une insuffisance rénale. La circulation sanguine au niveau de ses jambes a également été coupée. Lorsqu’ils essaient de déplacer le bas de son corps, Mark fait un arrêt cardiaque et son cœur s’arrête durant trois minutes. Il est vite transporté à l’hôpital et reste dans le coma durant plusieurs semaines, avant de se réveiller. L’incident causera des séquelles irréparables au niveau de ses jambes (il restera dans une chaise roulante durant six mois) et le natif du comté d’Arlington a même du réapprendre à joueur de la guitare. De ce moment, Mark Linkous en fera un album : « Good Morning Spider », sorti en juillet 1998.

La référence la plus évidente s’intitule Saint Mary, le nom de l’hôpital où Mark est resté plus de trois mois. Les premières paroles de la chanson prennent alors un sens particulier : « Couve-moi douce infirmière et empêche moi de brûler, je dois revenir » (« Blanket me sweet nurse, and keep me from burnin’, I must get back »). Autre exemple sur la chanson qui ouvre le bal, Pig, où le chanteur admet qu’il aimerait retrouver son « corps d’avant », se comparant à une vache que l’on va abattre.

Comme souvent, quand un artiste montre sa fragilité et puise son inspiration de ses failles et de ses problèmes, les journalistes y voient une brèche pour accentuer cette image d’artiste tourmenté, mal dans sa peau. Oui, Mark Linkous était le mec « qui a failli mourir », et qui, grâce à la musique, essaie de s’en sortir. Cette image, réductrice et problématique car dévastatrice pour la santé mentale des musiciens en question, l’Américain ne l’a pas trop appréciée. « Pendant longtemps, j’avais le sentiment que la seule raison pour laquelle les journalistes voulaient me parler était parce que j’avais failli y passer. ». Un problème, surtout qu’après son overdose, ses penchants pour la dépression se sont accentués.

©Timothy Saccenti

Monts et merveilles

Bref, sur « Good Morning Spider », il n’y a strictement rien à jeter. Aucun passage trop long, trop lent, trop si ou trop ça. C’est un monde à la fois triste et somptueux où le soleil côtoie la mort. Plongez dans le monde merveilleux de Sparklehorse est un risque énorme : celui de ne pas en sortir indemne. Celui de ne juger que par sa musique, ou presque. De la simplicité d’un Sunshine aux juxtapositions noisy du tube Chaos Of The Galaxy/Happy Man où mark chante « Tout ce que veux est d’être un homme heureux », du bel hommage à Daniel Johnston (Hey Joe) à la limpidité de Hundred Of Sparows, les 53 minutes de l’album sont aussi grandioses que naïves, candides et modestes. Sur ce disque, Mark réussit à canaliser ses sentiments et à prendre du recul sur sa vie en créant une musique lumineuse d’une intensité émotionnelle inouïe. L’exécution frappe l’auditeur avec une sensation d’émerveillement. 

Mark n’a jamais joué à la star. Il ne s’est jamais mis sur le devant de la scène. Il était plutôt du genre à monter ses failles. Et ce monde que dépeint Mark Linkous est teinté de mélancolie et d’amour. Il semble presque imaginaire, au point où il vous emporte du réel pour vous transporter dans un univers sans pareil. Cliché, certes, mais rares sont les artistes qui réussissent cette manœuvre, ô combien périlleuse. « Good Morning Spider » est, en somme, le manifeste d’un homme sur un lit d’hôpital, ne sachant pas exactement ce qui va lui arriver. Les thèmes de la frustration, de la résignation, de la dépression côtoient également ceux de la gratitude et de l’enthousiasme. Le titre de l’album fait d’ailleurs référence à un vieux diction qui raconte que voir une araignée le matin est signe d’une mauvaise journée. Tout l’inverse de cet album.

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