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ZOMBIE ZOMBIE
Loubia Hamra OST

Il y a deux genres de bande son. Celles qu’on appelle, en Anglais, les « original soundtrack » et qui sont donc, comme leur nom l’indique, composées spécialement pour un film. Et les autres, qui ne sont finalement que des compiles de chansons que le réalisateur aiment bien, comme chez Tarantino. Plus abordables en dehors du film que les bandes son originales, on ne va pas se mentir, elles s’avèrent beaucoup plus chiantes à écouter sans les images qui vont avec.

Il y a deux genres de bande son. Celles qu’on appelle, en Anglais, les « original soundtrack » et qui sont donc, comme leur nom l'indique, composées spécialement pour un film. Et les autres, qui ne sont finalement que des compiles de chansons que le réalisateur aiment bien, comme chez Tarantino. Plus abordables en dehors du film que les bandes son originales, on ne va pas se mentir, elles s’avèrent beaucoup plus chiantes à écouter sans les images qui vont avec.

Par exemple, il faudrait que l’on m’explique l’intérêt de la bande son de Star Wars ou du Seigneur des anneaux à burne dans votre salon. C’est certes épique, mais il y a la Walkyrie ou La symphonie du nouveau monde pour ça… Et puis qu’importe l’argumentation, puisque cela reviendrait à donner de l’importance à des gens qui se déguisent en Jar Jar Binks ou en Hobbit un autre soir que celui d’Halloween…
Tout comme je ne diffuse pas non plus la bande son de Shining quand j’invite des amis à boire des bières à la maison, il y a des exceptions et je ne remets pas en question les travaux sonores des compositeurs. Ennio Morricone c’est très bien, et la pop musique réussit parfois de brèves incursions dans le monde du cinéma ; le cas le plus célèbre étant la bande son de Saturday Night Fever qui parvient à mélanger les deux genres de BO présentées ci-dessus. Les Bee Gees ne sont pas les seuls, puisque Prince tentera avec succès plusieurs fois la chose, et j’en passe et des meilleures.

ZZ_loubia-artwork-cover
Ce nouveau « disque » de Zombie Zombie se situe donc quelque part ici, puisqu’il illustre le film Loubia Hamra, film franco-algérien de Narimane Mari. Afin de bien cerner ce nouvel essai du duo, il semble judicieux de revenir sur trois points qui peuvent sembler fort éloignés en soi, mais qui au final, forment à mon sens le triangle des Bermudes sonores dans lequel cette affaire évolue.

Difficile de ne pas évoquer John Carpenter, puisque, comme nul n’est censé l’ignorer, Etienne Jaumet et Cosmic Neman ont toujours revendiqué son influence, en sortant notamment un disque de reprise en 2010 sobrement intitulé « Zombie Zombie plays John Carpenter ». L’inspiration du maître de l’horreur plane une nouvelle fois ici. Que cela soit sur les morceaux de transition les plus courts, qui s’affirment aussi bien en tant que plages sonores expérimentales, ou sur les musiques d’ambiance pour les propos qu’elles illustrent. Ou sur les thèmes principaux (L’esprit du cimetière en tête, qui se décline en deux parties) où l’on retrouve l’aspect lancinant et répétitif des nappes de synthétiseurs, qui ne sont autre que la marque de fabrique du moustachu de série B.

Dans le genre musical que Zombie Zombie exploite ici, il est aussi nécessaire de revenir sur le pionnier des arrangements bizarroïdes et atonales à base de clavier et de moog pour une bande son. Cet homme n’est autre que Michel Polnareff avec la bande son du film Lipstick de Lamont Johnson en 1976 (Viol et châtiment dans nos contrées), et notamment sa face B (L’autre étant parfaitement dans l’air du temps et d’un registre disco) avec le titre The rapist, qui n’est autre qu’une pièce d’expérimentation sonore avant-gardiste à la pointe de la musique concrète, n’ayant que les avancées de Throbbing Gristle en comparatif à l’époque. Sur la bande son de Loubia Hamra, un titre comme Vive l’Algérie ne peut venir que de là !

Plus récemment, Thomas Bangalter, échappé de l’aventure Stardust et Daft Punk, s’adonnait à l’illustration sonore pour le film Irréversible de Gaspard Noé (à croire que le bidouillage électronique est en parfaite symbiose avec l’épouvante et le thème du viol au cinéma). Cette B.O. est exceptionnelle, et permet constamment dans le film, de se sentir encore plus mal à l’aise qu’avec la mise en scène vertigineuse, ainsi que des événements tragiques que celle ci présente. On retrouve cette sensation dans le morceau générique Loubia Hamra, qui est musicalement très proche de celui d’Irréversible.

Ce qui ne veut pas dire que Zombie Zombie s’est contenté de faire la même chose, bien au contraire. C’est qu’il faut une sacrée paire de couilles et un gros beat pour s’atteler à l’écriture d’une bande son. On retrouve la réelle patte du groupe dans ses compositions et miracle, les morceaux les plus longs comme L’esprit du cimetière sont parfaitement écoutables une fois le film fini. On pourrait même croire que ce morceau est un énorme fuck dans la tronche du célèbre Sweet Dreams d’Eurythmics, son jumeau maléfique qui en reprend les éléments et aurait pu s’intituler Hard Nightmare. Mais bon le titre est très bien comme il est …

De ce disque se dégage donc une parfaite cohérence, tout comme dans la discographie de Zombie Zombie, et cette première vraie bande son, loin d’être un disque bâtard. ne doit pas être rejetée. Entre le superbe maxi de Jaumet avec le cultissime Richard Pinhas (prince de la guérilla électronique au sein du groupe Heldon) sorti l’année dernière et le prochain disque solo du même Jaumet, voilà donc une autre raison de se réjouir au monde des zombies.

Zombie Zombie // B.O.F. Loubia Hamra // Versatile
http://shop.versatilerecords.com/album/loubia-hamra-ost

loubia-hamra

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  1. Pingback: SUN RA ::: Palmiers et pyramides | Gonzai

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