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William Z Villain, du blues à l’âme

Mais qui est vraiment William Z Villain ? De son vrai prénom Benjamin, avec costume de gangster de rigueur, il profère un blues polymorphe qui aura flouté bien des repères. Un pied dedans et un pierd en dehors de l'espace mental américain, Bill lève le voile sur bien des mystères l'entourant.

Alors qu’il s’apprête à débuter sa date parisienne, bien garnie, concluant ainsi sa première tournée hors sol américain, ces quelques mots ne trompent pas sur la personnalité du garçon. “ Si je suis ici ce soir à Paris, c’est grâce au label français Norman Deep Blues, sans qui rien n’aurait pu arriver. J’ai conscience de la chance qui me revient” indique-t-il levant les yeux aux ciel.

L’histoire a débuté il y a tout juste un an. Un relais appuyé via le Bandcamp Weekly, la mise en avant d’un clip bricolé de A à Z, le bon flair de Nicolas Milani du label sus-cité et une prise de risque économique ont fait le reste.  Usant de l’avatar Bill dans ses chansons et costume de gangster de rigueur, William Z Villain apparaît alors, entre mythe et réalité.

Salut William, pour commencer peux-tu nous renseigner sur cette fameuse National Resonator à huit cordes, il paraît que tu l’as customisée, pourquoi ce choix ?

C’est une guitare dont l’origine remonte aux années 1920, j’avais été scotché par le son qui en ressortait. J’ai pu investir dedans après un legs de ma grand-mère et avec le temps le manche s’est dégradé. J’ai alors pensé qu’elle sonnerait mieux en rajoutant des cordes, ce qui m’a permis aussi d’appréhender des styles jouant sur des mesures plus longue que le blues ou le folk comme le Rebetiko. La vraie particularité de cette gratte c’est qu’elle contient une plaque de métal à l’intérieur, ça lui donne cette fameuse résonance.

En te regardant on a l’impression de voir un gars venant d’une autre époque, pourquoi cette attirance vers les choses du passé ?

Je regarde et lis beaucoup de choses sur l’Histoire, j’aime comprendre ce qui a tissé le présent. Je suis aussi très sensible aux vieux instruments et à leur acoustique comme le Bouzouki. La musique Rebetiko de Grèce, Turquie et d’ailleurs me parle beaucoup à cet effet tout comme le vieux blues et le gospel.

Le gospel ?!

J’aime la musique qui émerge pour des raisons sociales et non commerciales. Faire de la musique pour un évènement précis ou pour un ami m’apporte plus de sens que de faire un disque dans l’unique but de le vendre. Si les gens ont commencé à faire de la musique ce n’était pas dans un but marchand. Ca vient d’une pulsion bien plus profonde. Souviens-toi du film O Brother et de cette scène sur le rail, la musique peut et doit être un échappatoire émotionnel.

Pour revenir à ta musique, on a déjà entendu pas mal de qualificatifs à son sujet. Dans quel champ musical la classerais-tu ? Freak folk, ou autre ?

Oui, on peut la classer dans ce genre mais je suis dubitatif sur le fait de mettre une musique dans une case précise, il y a toujours un peu de vague là-dedans. Regarde le shoegaze, c’est quoi ? Une musique faite avec des pédales mais plein d’autres styles utilisent les mêmes pédales et ce n’est pas du shoegaze. Tout ça reste une appréciation très personnelle.

Ok mais pour faire un bon blues de quoi as-tu besoin ?

Pour moi il s’agit d’honnêteté avant tout, c’est elle qui te fait sentir si le musicien est bon ou pas. Tu peux jouer d’une guitare avec une seule corde et si c’est fait de manière sincère ça sera forcément bon, car authentique.

Il y a aussi mal de ruptures dans tes compos, comme si tu aimais casser les mouvements ?

Les changements de temps sont très importants chez moi, à vrai dire j’ai une méthode de composition plutôt mathématique. Le titre Ef-Ta contient sept temps, ce qui est assez peu classique comme mesure pour de la musique folk. J’ai surtout appris la musique en lisant des bouquins et un gars m’a montré comment improviser et jouer avec les échelles pentatoniques, ça été un sacré pas en avant. Ca m’a permis de sortir des règles et des contraintes exercées par un instrument en soi.

“ Les gens m’ont associé au Voodoo mais ce truc me fout bien la trouille ”

Tu poses avec un chat sur la couverture de ton disque et ton chant évoque par moment une sorte de miaulement, tu penses avoir été cet animal dans une vie antérieure ?

Ouais peut-être, ce que j’aime dans cet animal c’est qu’il a quelque chose de mystique dans le regard, les égyptiens sont devenus tarés avec ça d’ailleurs. La manière dont leur iris change de forme m’a toujours fait halluciner.

C’est aussi un animal associé à la sorcellerie, il paraît d’ailleurs que tu es attiré par l’occultisme. Bullshit ?

Pas vraiment, c’est un truc qui m’intrigue mais je lis simplement des trucs là-dessus. Les gens m’ont associé au Voodoo car ils ont ressenti des influences du genre dans ma musique, mais ce truc me fout bien la trouille. Je vous recommande la lecture de la nouvelle de Stephen King, I know what you need. Ça m’a carrément refroidi.

Les Français ont complètement fondu pour ta musique, qu’en est-il aux States ?

J’ai fait une tournée avec un dénommé Jeremy Waun, on jouait dans des bars, boutique de fringues, galerie d’art, bref un peu partout mais rien de très officiel… Je pense que la manière de tourner aux États-Unis est différente d’ici en Europe, je suis en train d’apprendre à vrai dire.

« L’avenir pour moi ?  Retourner au pays m’occuper de mes chats. »

Est-il difficile d’être reconnu dans une région comme le Wisconsin ?

C’est vrai que c’est un endroit un peu paumé, mais avec Internet les choses ont changé, peu importe où tu te trouves, ta musique peut avoir de l’écho. Après dans une grande ville tu as plus d’opportunités, mais je ne me vois vraiment pas habiter dans ce genre de lieu. J’aime les espaces verts, m’endormir dehors à la fraiche avec le son des crickets, c’est un truc dont je ne pourrais pas me passer. Le Wisconsin est un endroit plutôt sauvage, entouré de collines et bordés par de nombreuses rivières. Tu peux aller voir ce qu’on appelle “The driftless area”, ça te donnera une idée.

L’avenir pour toi maintenant c’est quoi ?

Je retourne au pays m’occuper de mes chats, de mon potager. Je vais prendre du bon temps, et travailler ma musique. J’ai une ribambelle de sons acoustiques que j’ai enregistrés çà et là et que j’aimerais bien pouvoir utiliser. Puis il sera temps de repartir pour une nouvelle tournée, ça se passera encore en France puisque vous semblez m’avoir bien kiffé. Rendez-vous au mois de mai !

William Z Villain // William Z Villain // NormandeepBlues Records
https://williamzvillain.bandcamp.com/album/william-z-villain-3

4 Comments

  1. gilbert rouge de rouge

    21 mars 2017 at 12 h 31 min

    sur aucune des chroniques citées, plein de pages, il n’y a aucune envie d’aller acheter un bon dieu de disque et chez quel disquaire physique, qui suit la chose ?

  2. julienaitbouda

    22 mars 2017 at 22 h 24 min

    Le vinyl n’est pas encore pressé si c’est ce que tu cherches mais devrait l’être d’ici le Disquaire Day…

  3. roupie pas rapasse

    23 mars 2017 at 10 h 19 min

    a Monaco comme ailleurs pas de disquaires , que d fnac et consorts, et a chaque fois que je propose une ref, ils veulent me la commander en cd jap!:

    got the blues! not the rules!

  4. japprecie

    16 août 2017 at 15 h 29 min

    Sympa l’interview! Sympa le bonhomme d’ailleurs. Je vous invite à voir ma chronique / fiche complète ici : http://japprecie.raidghost.com/william-z-villain

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