7 mars 2009

Voici Camarades, le challenge du mois ! Passer à l’écran la célèbre série de bande dessinée Watchmen, créée par Alan Moore et Dave Gibbons : une référence en la matière. Qui plus est par Zack Snyder, réalisateur de 300, adaptation du bouquin de Frank Miller où une escouade de 3×100 barbus aux tablettes de chocolat photoshopées scalpent, tranchent, et dézinguent à tout-va (sur fond d’éclairs synthétiques) des perses un brin chafouins.

Mon challenge : parce que le phénomène d’identification est prépondérant dans les comics, je propose, après visualisation du film au frais de la Paramount, cette très subjective présentation des protagonistes. Les Watchmen sont comme Pinot : simples flics. Les costumes de super-héros en plus. Puisqu’aucun, mis à part le Docteur Manhattan, n’a de pouvoirs spéciaux : présentons les comme vous et moi. Une merveilleuse occasion de jouer au jeu des différences avec la BD du même nom.

Le Comédien : bon gros beauf des familles, seul rescapé de la première génération de Gardiens, le Comédien est un bourrin un brin radical, qui voit l’Amérique comme un grand terrain de jeu. Sa mort précipite la reformation d’une partie des Watchmen. Comment passe-t-il à trépas ? Ce gars se fait balancer de la fenêtre dans un peignoir 100% coton. Voici un plongeon vestimentairement confortable qui n’amortira néanmoins pas  une chute mortelle, malgré le pouvoir protecteur des fibres cotonneuses. Le Comédien a également réussi à engrosser une Vietnamienne qu’il estourbit dans la foulée. Le poète de la bande.

Le jeu des six différences : dans le film, on lui trucide la main avant de lui faire faire le grand saut. On ne sait pas ce qu’il advient de cette dernière. (Mais où est passé le numéro de Duluc Détective ?)

Le Hibou : un nom débile, mal dans ses baskets, timoré, peur de retourner au charbon pour sauver la Terre : le Hibou est ce qu’on pourrait appeler un modéré (version polie de « serpillère visqueuse »). Mais ce benêt à lunettes double foyer parvient à se taper le Spectre Soyeux 2.0 dans sa capsule stratosphérique de hibou névrosé qui crache du feu lorsqu’ils jouissent sur fond de Hallelujah remixé mi-moderne mi-Platters. Donc…

Le jeu des six différences : dans le film, on lui a refilé un costume à la con, honteusement repompé sur celui de Batman. Un élément de plus pour se foutre de sa gueule.

Rorschach : son masque, similaire à celui de l’Homme Invisible (mais sans bandelettes), est animé de tâches d’encre en perpétuel mouvement. Justicier et détective de l’ombre, pince-sans-rire bien comme il faut, il a également le privilège de sortir les meilleures vannes du film. Charme en supplément : il massacre un nain dans les toilettes et crame la ganache de son collègue de prison avec de l’huile à frire, avant de conclure : « ce n’est pas moi qui suis enfermé avec vous (une seconde de silence), c’est vous qui êtes enfermé avec moi. » Les matons sont consternés.

Le jeu des six différences : l’acteur qui le joue est un savant mélange de Johnny Rotten et de Clint Eastwood : this is not a love song… Mieux que la version papier.

Ozymandias : l’acteur dans le film : un véritable concentré de Lambert Wilson et d’Andy Warhol dans un corps d’homme un peu pédant, tout droit jailli de l’Antiquité. Sa reconversion astucieuse : il exploite son passé de faux super-héros en vendant des jouets à l’effigie de lui et de ses anciens potes, avec une Factory qui lui rapporte des millions, contrairement à Tonton Andy. Preuve que cette BD n’est vraiment pas la dernière venue niveau autoréflexion.

Le jeu des six différences : Claude François aurait davantage ressemblé à l’acteur qui joue Ozymandias. De plus, Cloclo avait un jeu de scène beaucoup plus électrique (quand il savait mettre les doigts où il faut)… Un raté dans le casting.

Le Spectre Soyeux : drôle de nom, bel oxymore (les spectres comme chacun le sait ne peuvent être touchés, à part si vous connaissez Patrick Swayze et que vous aimez la poterie). Détail important : ne vous fiez pas à l’affiche du film, la prod’ et les infographistes lui ont gonflé et fait pointer les tétons. Un attrape-nigaud de premier ordre, puisque ces derniers restent plats comme un lac de montagne, même quand les Watchmen se baladent en Antarctique…Dans la rubrique « les meilleurs répliques du sexe », alors qu’elle fait crac-crac avec le magnétique Docteur Manhattan, elle lâche entre deux gémissements : « C’est comme lécher une pile électrique… ». Fortement déconseillé chez vous (mais rien à voir avec Cloclo dix lignes plus haut)

Le jeu des six différences : dans le film, c’est le haut de ses gambettes qui sont mises à l’honneur grâce à un costume dans la plus pure tradition SM : jambières reliées à une combinaison en latex moulant, par un astucieux « système porte-jarretelles ». Arf.

Dr. Manhattan : le Doc Manhattan est entièrement composé d’antimatière bleue, depuis son accident en 1960 : il avait oublié sa montre dans une capsule de destruction cellulaire. Quel abruti ! Au change, il a gagné la possibilité de faire mumuse avec le temps et les corps, se téléporter, de moduler sa taille et aime se balader à poil dans son laboratoire: un bon sujet pour le Jerry Springer Show : « Je suis immatériel et je me ballade à poil ». Jerry ! Jerry ! Jerry !

Il a la décence de mettre un slip quand il attaque le Vietnam. Sage décision puisque pour dérouiller les viets, il doit avoisiner les 50 mètres de haut. Imaginez la taille de l’engin… Dommage pour le côté dissuasif de ma chose : l’armée doit éviter des massacres inutiles.

Le jeu des six différences : dans une vignette de la BD, on peut l’apercevoir de dos et on s’aperçoit que ce slip n’est pas un slip mais un string en V !




par Clement
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Commentaires

- - - - - -  Vernon - - - - - - Vernon dit :

Les gars, les filles (mais franchement, surtout les gars)

Tout le monde en disait du bien, j’avais fini par y croire : Snyder serait ce formidable passeur au service d’un chef-d’oeuvre. Que nenni. Aux abonnés absents, il calque ses plans sur ceux des maitres, par manque d’imagination, coupe l’indicible (Rorschach dit bien plus d’horreurs dans la BD et il y est beaucoup plus borderline) et s’assoit sur la psychologie des personnages ; je dirai que c’est un aveu d’impuissance. Il n’a tout simplement pas su s’emparer du sujet et ne fait que dérouler son savoir-faire. J’ai bandé un quart d’heure, le premier : bonne entame avec ce générique qui met dans le bain et Dylan toujours Dylan… Très franchement, j’ai pas ressenti un seul instant qu’il était ici question de fin du monde. Et quand on parle de Watchmen, c’est un peu emmerdant, tout de même. Je ne comprenais pas que Moore veuille rayer son nom de tout ça : depuis hier soir, je sais pourquoi. Aussitôt rentré, j’ai foncé relire la BD : les mêmes frissons que la première fois ; rien que le premier tome. Snyder’s Watchmen ? It’s sucks ! Peut-être qu’un jour la bd trouvera son Nolan. En attendant, je vais me refaire les 5 tomes manquants. Car « aucun compromis, pas même face à l’apocalypse ».

- - Clement - - Clement dit :

Je sais pas: la tâche était lourde pour lui. Il parait incontestable que Snyder bande pour cette BD. S »offre à lui des options: retranscrire l’univers graphique de la BD en allant jusqu’à transformer des vignettes en plans identiques ou prendre une liberté folle en s’émancipant d’une Å“uvre monstre… Remember Le Seigneur des Anneaux… Bien sûr qu’on ne pouvait pas s’attendre à un bijou de film: les outils et les contraintes du cinéma (durée, narration) ne pouvait pas lui permettre ceci.
Pour autant, d’après ce que j’ai lu de la BD, il s’en est pas trop mal dépatouillé parce que, comme tu dis Vernon, il déroule un savoir-faire, savoir qui pour moi, n’est pas des plus mauvais. Après, mon observation se lit sous le prisme du gars qui lit la BD après la projection en salle obscure donc je peux comprendre ta déception…
En tout cas, comme toutes les personnes qui ont vu le film, j’ai kiffé ce putain de générique qui est une petite merveille, fonctionnelle et esthétique: c’est THE truc qui m’a fait « rentrer dedans » et qui parvient à maintenir l’illusion…

- - - - Jean-Emmanuel Deluxe - - - - Jean-Emmanuel Deluxe dit :

http://www.totalfilm.com/features/exclusive-why-alan-moore-hates-comic-book-movies/

Là Moore dit tout le mal qu’il pense d’Hollywood.

Malgré tout mon respect pout Moore j’apprécie le film mais j’ai l’impression que le public « normal » (celui qui n’a jamais lu de comics et encore moins d’Alan Moore) ni à absolument rien compris.

Un type que j’ai croisé m’a dit encore un film de super héro après Hulk et compagnie….

D’autres (des comic geek) détestent le film parce que pour eux c’est chiant…

Bref..le problème ne serait il pas le public…

J’ai l’impression que le spectateur moyen n’est pas un amateur de complexité narrative. Le lecteur de positif préfèrera lui se palucher sur un film d’auteur (si possible un film mal foutu sur la réalité sociale)-

Alors que justement Watchmen le film à réussi à obtenir une fusion entre commentaire social, politique, historique & thriller…

- - - Clement - - - Clement dit :

Le problème peut être la complexité narrative et son appréhension par le public effectivement. Un problème qui prend racine dès la jeunesse et c’est encore l’ex futur instit qui parle… Pour faire encore référence à la littérature de jeunesse, il y a des textes qui proposent des énigmes, qui ne se livrent pas d’eux-mêmes, et ceci avec des bouquins qui peuvent être destinés à des minots de 3 ans. D’un autre côté, y a encore des succédanés de Martine à la plage, etc.
La complexité, comme tu dis Jean-Emmanuel, s’apprend dès le plus jeune âge et n’est bien sûr pas un don. La littérature, qu’on donne aux gamins, l’éducation et le rapport aux livres donnés par les parents ou les profs, y participent mais y a encore du chemin à faire…
En témoignent les romans en tête des ventes, en tête de gondole chez nos chers libraires, FNAC et consorts: en majeure partie des romans qui se livrent d’eux mêmes, certes des fois bien écrits, mais qui ne nécessite pas de « gratter »,  » se poser des questionnements trop profonds.
Certaines personnes, encore, et ça ne touche pas que le domaine de la littérature, n’aime pas être dérangés ou bousculés dans leur intellect. C’est pas une question de capacités intellectuelles mais plutôt d’aptitude à être déstabilisé…
ça aussi, c’est un apprentissage à faire, même à l’âge adulte.
Personnellement, pour parler musique, j’ai mis du temps pour apprécier le Fun house des Stooges, car agressif, dérangeant, même aujourd’hui encore, mais au final, c’est une oeuvre qui ne peut laisser indifférent… Une oeuvre véritable.

- Jean-Emmanuel Deluxe - Jean-Emmanuel Deluxe dit :

Rorschach n’a pas vraiment un masque pompé sur l’homme invisible mais c’est un mix de deux personnages crées par Steve Ditko, The Question & Mr A.

Voilà et en plus j’ai même pas honte de savoir ça-
au contraire.

Au départ les Watchmen devaient être une relance de héros de « deuxième zone » de la firme Charlton, dont The Question… Puis finalement ils (Moore & Gibbons) ont du s’attaquer à la création de nouveaux personnages car DC voulait garder les héros Charlton pour d’autres projets.

- Jean Guimaraes - Jean Guimaraes dit :

Peut etre que au dela , de super heros de seconde zone, il y a un simple regard sur l’etat de force entre la volonté se sauver le monde et celui de sauver les hommes

c’est comme si rorschach prenait un malin plaisir a mourrir en mangeant un fallafel et que le comedien au final était bien vnr de passer par la fenetre sans son costume

mais au bout du compte, en plus de se finir mal , je pense que tout le monde a compris que c’était pas la fin

- - Jean-Emmanuel Deluxe - - Jean-Emmanuel Deluxe dit :

Bien Sur-

Au delà du clin d’oeil sur les super-héros de seconde zone il y’a une réflexion bien plus générale. D’ailleurs Watchmen s’apprécie sans avoir besoin de connaître toutes ces références comics. C’est juste un plus-
La force de Watchmen c’est d’être passionnant pour tous les publics et pour un blockbuster de briser les codes.

Sinon je recommande la lecture de la BD avant le visionnage du film. Parce que Watchmen c’est avant tout un comic d’Alan Moore qui est un auteur majeur (avec ou sans dessins pour accompagner ses textes). Alan Moore se désespérait en interview que depuis 1986 (date de parution de Watchmen) les comics n’avaient pas beaucoup évolués- sinon de manière superficielle. On a peur qu’il en soit de même avec Watchmen et qu’on aie droit à des succédanés médiocres et mal digérés.
Alan Moore lui s’en fiche il a refusé que son nom apparaisse sur les affiches, a refusé l’argent de Warner et comme par le passé n’ira pas voir le film.

- - Clement - - Clement dit :

Pour reprendre un peu ce que vous dites, ce que j’ai trouvé remarquable dans Watchmen, c’est ce renoncement des personnages (dont Rorschach) et le choix qui s’impose à eux… Loin du manichéisme habituel des blockbusters et d’autres récits…

Il s’agit là d’un roman « résistant », pour reprendre un terme à la mode en littérature jeunesse. Dans ce sens, ce terme est utilisé pour désigner les histoires, les textes qui en disent moins que ce qu’ils pourraient ou devraient dire, qui laissent volontairement subsister des trous, des béances afin que le lecteur cherche à les combler.

Ne serait-ce que par son dénouement et par les divers choix des persos, Watchmen, je crois, dresse des obstacles que le lecteur (ou désormais le spectateur) essaie de surmonter, en faisant se poser et reposer certaines questions..
Ce qui fait la force des « vrais » textes littéraires…

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