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WARNING : JANE WEAVER IS UNDER THE RADAR

Que faire lorsque votre premier groupe – vous aviez 19 ans – a été managé par l’ancien manager de New Order et propriétaire de l’Hacienda, si ce n’est faire l’exact inverse de ce qu’on attend de vous ? Voilà une question à laquelle Jane Weaver, figure mésestimée de la pop expérimentale anglaise, répond avec un double album et 20 chansons démentielles signées chez Finders Keepers, et publié à rebours sur le territoire français. Tenons-nous là le disque anglais de l’année, voire de la décennie ?

Il y a tant de choses à dire sur le sixième album de Jane Weaver, quarantenaire de Liverpool ayant dépassé depuis bien longtemps la date limite pour concurrencer les nymphettes londoniennes, que les mots commencent par manquer, alors commençons par ceux  là, tirés d’un commentaire Youtube à propos du titre Electric Mountain :

« This reminds me of Sheryl Crow but crossed with Jean Michel Jarre! »

Voilà, le décor est posé. Passons à l’essentiel, ensuite « The Silver Globe » est probablement et a posteriori le disque de l’année ; celui de l’année dernière, raté par tous et toutes hormis Gilles Peterson et quelques critiques anglais avisés. Deuxième coup de bambou sur la tête de l’auditeur : non contente d’avoir publié dans une parfaite indifférence un album qui synthétise les 20 dernières années de la pop chelou britannique, voici que celui-ci sort enfin en France accompagné d’une version augmentée ; soit un disque bonus (« The Amber Light ») encore plus incroyable que « The Silver Globe ».

Imaginez le topo : une certaine Jane, dont on ne sait à peu près rien si ce n’est qu’elle possède le profil parfait pour apparaître sur une compilation d’obscurités dénichées dans les tiroirs de la BBC, chante d’une voix de crécelle-pucelle des refrains sucrés sur fond de space rock, de krautrock, de ballades folk-psychédéliques à faire pâlir Vashti Bunyan. Kate Bush au pays d’Amon Düül, France Gall produite par Broadcast, les Plasticines kidnappées par Joe Meek ; ici tout est délirant, lumineux, délibérément gratuit et affranchi des codes esthétiques en vigueur ; rien de moins qu’une gigantesque partie de RISK qui verrait Weaver attaquer le grand pays de la pop culture avec en guise de canon le Krautrocksampler de Julian Cope. Un Anschluss symphonique qui éclaire une carrière difficile à appréhender, et jusque là passée sous couvert des deux cotés de la Manche. En voici le bref mode d’emploi, à lire évidemment à l’envers :

– Jane Weaver débute sa carrière en 1993 avec Kill Laura, sous le sain patronage de Rob Gretton, manager de Joy Division et New Order décédé en 1999 d’une crise cardiaque. En toute logique, le groupe Laura meurt avec la fin du 20ième siècle. Tant mieux, c’était pas terrible.

– Pas rancunière, l’Anglaise se lance dans une carrière solo après avoir rencontré Andy Votel, DJ et patron de Twisted Nerve Records et Finders Keepers, où sort d’ailleurs aujourd’hui son sixième album. En parlant de ça, le titre Mission Desire sonne comme du Donna Summer virant sur la sa fin coté Melody Nelson avec toute la section rythmique d’époque. Rien entendu de mieux cette année, so far.

– Bien que son visage fasse d’abord penser à celui de Barbara Carlotti, Jane apparaît en 2002 sur la pochette du « Have you fed the fish » de Badly Drawn Boy. Improbable, mais après tout à ce stade, on n’est plus à une incohérence près.

– Passionnée de library music, Weaver a composé en 2011 la bande-son d’un film qui n’existe pas pour la designeuse Paloa Suhonen, avec notamment un titre (Parade of blood red sorrows) qu’on retrouvera plus tard dans le film d’horreur Kiss of the damned. 626 vues sur Youtube.

– Sur « The Silver Globe », notons la participation de tous les copains anglais mis en quarantaine par la normalité, soit David Holmes, Andy Votel, Cybotron, BC Camplight. Bonus : un sample de Hawkwind se cache sur le disque. Sauras-tu le retrouver ?

– Poursuivons l’abécédaire : on a parfois l’impression étrange d’entendre Moroder produit par le Geoff Barrow de Portishead période « Third », d’autre fois du Laure Briard avec The Horrors en backing band (logique : Tom Furse, l’homme synthés chez les hommes en noir est aussi venu prêter main forte).

Last but not least, le miracle sonore que nous tenons aujourd’hui entre les main fait également penser à du St Vincent décomplexé, voire au Goldfrapp des plaines morriconniennes de « Felt Mountain ».

Un jour tout le monde aura droit à son quart d’heure d’anonymat ; on peut à l’inverse être célèbre mais invisible, ou s’appeler Jane Weaver et passer sous tous les radars. Ce double album, monstrueux, est quant à lui la preuve que 2015 a bien existé. Jetez-vous de dessus les yeux fermés, ou mourrez étouffé dans votre merde.

Jane Weaver // The Silver Globe & The Amber Light // Finders Keepers
http://www.janeweavermusic.com/

JaneWeaverCover

3 Comments

  1. Françis Potiron

    14 septembre 2015 at 11 h 30 min

    Excellent disque en effet. En même temps, avec Votel dans les parages, ça peut difficilement en être autrement. Vous pouvez à présent reprendre une activité normale.

  2. hu hy

    14 septembre 2015 at 16 h 45 min

    merci

  3. Cuscolima

    20 septembre 2015 at 11 h 46 min

    Ça a tout d’une perle

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