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U2
La haine

Sorti sous la forme d'un immense spam mondial sponsorisé par Apple, le dernier album des quatre Irlandais aura vu déferler un torrent de rage anti U2. Mais pourquoi les Irlandais cristallisent-ils autant de haine ?

Citez-moi un groupe dans l’histoire de la Pop qui génère autant de haine que U2. Allez-y, cherchez bien. Même si demain Sting et Phil Collins s’unissaient pour former un groupe, ils n’arriveraient pas à la cheville de la bande à Bono, question agressivité.

Pour ne pas arranger la notoriété du groupe, la sortie de leur dernier album avec Apple a pris des allures de U2-gate. Ce que le très sérieux magazine Wired décrit comme « la gaffe la plus monumentale de l’industrie technologique » a pris des allures de bashing sans précédent. On aura vu circuler des tweets assez dingues où l’on compare ce disque gratuit à du « viol ». Rapidement, l’affaire « Songs of Innocence » prend des proportions tellement démentes que la firme de Cupertino se voit obligée de mettre en place d’urgence un guide pour expliquer comment supprimer l’album d’iTunes. Et tout ça pour en arriver, il y a quelques jours, à des excuses publiques de Bono reconnaissant s’être « laissé emporter par une hausse de mégalomanie ». De plus grand lancement de disque, on passe rapidement à l’un des plus grands fours médiatiques depuis longtemps.

Mais telle la figure biblique de Job, U2 est un habitué des persécutions. Ca fait trente ans que ça dure. Mais ce groupe mérite-il réellement autant de haine ? Qu’est-ce qu’on leur reproche au juste ?

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So Cruel

Les gardiens du temple fissuré de la culture Pop reprochent souvent à U2 son manque de crédibilité rock’n’roll ;  comparant sans cesse ses membres à une bande de jésuites. C’est vrai qu’au niveau sexe, drogue et rock’n’roll, on repassera. Vous pouvez chercher dans la bio officielle, la seule trace de came qu’on trouve, c’est le bassiste qui s’est fait gauler avec un peu d’herbe sur lui.

Ajoutez à cela un chanteur marié à la même femme depuis ses 17 ans, des gueules d’Amish option manteau tout triste avec les pellicules sur les épaules période Joshua Tree, bon… Pas une engueulade en trente ans de carrière, pas un seul noyé dans une piscine, pas d’overdose au vomi. A la place on aura assisté, médusé, à la perte des cheveux de The Edge. Traîner avec Salman Rushdie et REM, c’est manifestement le pire que Bono ait fait.

L’autre problème évident du groupe, c’est bien sur la figure thaumaturgique du chanteur. Son côté pape de la Pop qui veut sauver l’Afrique à lui tout seul et qui court après le prix Nobel de la paix. Taxé d’hypocrite quand il exhorte à une redistribution des richesses, quand lui même déplace sa société de l’Irlande au Pays-Bas pour payer moins d’impôts. On en vient alors à considérer comme normal de le voir débarquer à l’ONU mal rasé, poser avec les puissants du monde puis être reçu à la Maison Blanche en hélico. Bono possède même une colonne dominicale dans le New York Times.

DEI 440x285 CV-BONO2 INTL:UKLe summum est atteint lors d’une campagne publicitaire dégoûtante pour Louis Vuitton, où on voit débarquer le benêt Bono d’un avion en pleine cambrousse pour sauver les enfants africains, armé de bagages de luxe à 6000 $.

Il est curieux de noter que c’est au moment du déclin artistique du groupe (1997 ?), que la notoriété mondiale de Bono, elle, a paradoxalement décollé. Même s’il était déjà branché Ethiopie et sac de riz, c’est vraisemblablement au moment où U2 a commencé à sortir des albums moins marquants que Bono s’est mué en une sorte de messie aux lunettes teintées saumon. Mais malgré cela, est-ce que l’on reproche à U2 d’avoir fait des mauvais disques ?

Pour rappel, le dernier bon disque des Rolling Stones date de 1972, et on ne leur en tient pas trop rigueur.

Love is blindness

Avec tout ça, on en arrive à oublier que U2 a quand même sorti de très grands disques. Je ne connais aucun groupe de cette notoriété à avoir réussi l’exploit de placer un disque aussi dingue que « Zooropa » en tête du Billboard US. Ils ont aussi travaillé de près ou de loin avec Sinatra, Leonard Cohen, Lou Reed, Keith Richards, Bob Dylan, BB King, Willie Nelson. Ils ont enregistré des disques de dance music à Miami sur des paroles signées Allen Ginsberg. Ils ont projeté les lectures de Burroughs sur écran géant lors de leurs tournées. Se sont payés le Velvet Underground en première partie, ont tourné avec Kraftwerk. Se sont fait produire par Brian Eno ou Howie B. On les a vus jouer les mecs ghettos avec Public Enemy ou Soul Assassins. Entre un recueillement sur la tombe d’Elvis et des apparitions chez Wim Wenders, ils se font remixer house pédé sur les faces B sans aucune crainte, ni honte. Pendant la tournée Pop Mart, les mêmes gars reprenaient Donna Summer en sortant d’un citron géant sur scène. Il faut écouter le morceau Doo-wop motorik avec Johnny Cash complètement pété avec son ambiance apocalyptique.

Malgré les casseroles qu’ils traînent, les efforts artistiques n’auront pas suffi. Si l’on rajoute un nouvel album paresseux et chiant, plus une image ternie avec cette histoire d’Apple, c’est l’Inquisition et le bûcher. Direct.

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Mais dans cette histoire, et si ça peut les consoler, le problème ce n’est même pas U2. Le même disque « offert » par Beyonce, un Rolling Stones ou un Timberlake, le résultat aurait été le même. Car à vouloir nous dicter de force ce que nous devrions aimer, et nous obliger à nous intéresser à un produit, ce lancement de disque a été catastrophique. Et ce alors même que ses détracteurs ont passé les quinze dernières années à militer pour un accès gratuit – et donc longtemps illégal – à la musique produite par l’industrie du disque. Quinze ans plus tard, ces mêmes pirates viennent chier sur les bottes cirées d’Apple, principalement responsable de la fin de la musique payante avec les prix cassés de son iTunes lancé en 2001 – parce qu’on leur offre un disque. On croit rêver. Et c’est juste pas de cul pour U2, c’est tombé sur le pas si bien nommé que ça « Songs of Innocence » .

Ecrire un papier sur U2 ne laisse d’ailleurs personne indifférent. Que cela soit de la haine, du dédain ou de la nostalgie, la plupart des personnes ont eu une histoire avec le groupe. De par son omniprésence dans la Pop depuis trente ans, ses tubes, on peut leur donner l’adjectif de méta-groupe, dans le sens où il s’est infiltré dans les consciences de beaucoup d’entre nous. Le geste de rejet de ce groupe est peut-être le signe de notre combat avec nous-même pour ne pas succomber à cette  bonne vieille nostalgie qui nous tire vers le bas. Et si fuir U2, c’était seulement le fait de ne pas vouloir se replonger dans une période clé de notre vie planquée sous le tapis ?

Un autre point qui est à souligner, c’est que le fait de détester U2 est pour certains un gage de crédibilité culturelle. Il y a un aspect performatif à les détester, et de ce que cela révèle de vous, consommateur au-dessus des autres. Le sociologue américain Thorstein Veblen nous rappelle que la richesse culturelle sert à « faire sentir son importance aux autres qu’à affermir et préserver toutes les raisons d’être satisfait de soi », ce qui revient à dire que vomir U2, c’est cultiver l’idée que l’on est différent de la meute.

Reste qu’à la fin, ce groupe pour comité d’entreprise est peut-être devenu une ambulance avec une roue crevée sur laquelle il est trop facile de tirer, mais qu’il a déjà été écouté par plus de 100 millions de personnes. Et si tu ne sais toujours pas où se trouve « Songs of Innocence », regarde dans ta corbeille.

7 Comments

  1. Guitoxe

    23 octobre 2014 at 11 h 20 min

    Faut sortir un peu ou au mieux, se cultiver mon gars..Des groupes détestés, il y en a eu et de manière plus immonde et conséquente .Là c’est internet, donc ( à ton petit niveau) ça prend plus d’ampleur.
    Et encore, pour entendre des (grosses..) saloperies sur U2, faut attendre la sortie d’un album..
    Vas te rencarder sur ce que prenait dans la gueule un groupe comme The Sex Pistols, ensuite The Clash et remonte à Who..Et ces gars, avaient même des hordes de types qui venaient carrément devant les salles ou ils se produisaient pour casser tout ce qu’il pouvait.
    Juste pour le fun et la haine…
    Le jour ou tu trouves 4 types voulant péter la gueule à Bono devant un stade avant un live, prends une photo, tu te feras du pognon sur EBay.
    Internet c’est beau, c’est propre, c’est sympa, mais qu’est-ce qu’on peut se goinfrer comme rédacteurs médiocres, incultes et se prenant pour des bestioles de compet »

  2. Mathieu Martin

    23 octobre 2014 at 19 h 20 min

    « Faut sortir un peu ou au mieux, se cultiver mon gars »
    Oui certes, ou à l’ occas’ admettre que la disco de U2 est à chier depuis dix ans, ceci comparé à ce qu’ ils avaient pu pondre avant, et ne reposant désormais plus que sur le nom du groupe, marketing, pub, marketing, pub, et les pseudos croisades militantes du sieur Bono…

  3. dandyfrustre

    24 octobre 2014 at 11 h 15 min

    sortir d’accord mais pour aller où ?

  4. Barclau

    24 octobre 2014 at 11 h 24 min

    excellent moi j’dis! on est bien d’accord en tout point sur l’article.

    surtout sur le fait que ça donne des points de les détester. surtout chez les indés hein! nan, c’est faute de goût chez un groupe indé d’aimer U2. les mêmes groupes qui leur chient dessus vont faire des tremplins pour la caisse d’épargne juste après!

    U2, c’est un peu comme un amour d’adolescence qu’on renie devant sa femme actuelle

    • N ker

      31 octobre 2014 at 5 h 07 min

      Je suis tout à fait d’accord avec toi bro. Ok c’est assez pourri ce qu’ils font maintenant (et encore, Magnificent est grandiose), mais bon, Joshua Tree, Zooropa, Pop, ça défonce.

      • N ker

        31 octobre 2014 at 5 h 25 min

        Le jour auquel ton groupe tout naze fait Bullet the blue sky live a Boston 2001,on en reparlera.

      • Barclau

        31 octobre 2014 at 19 h 45 min

        Sur No Line y’a de sacrés titres, genre « Breathe » que j’adore. enfin
        bon voilà, c’est un peu comme tirer sur une ambulance en effet, c’est
        facile, ça donne des points DIY à des petits branleurs qui font la queue
        devant le jury de The Voice…

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