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Tuto synthwave avec Makeup and vanity set

Nique bien sa daronne aux années 80. Quand on vous parle de synthwave, votre cerveau reste peut-être bloqué sur les lasers de « Tron », ou les vieilles DeLorean de « Retour vers le futur » (voire pire encore, la Ferrari de Kavinsky). Makeup and vanity set, producteur cagoulé de musique électronique, aura vite fait de vous sortir ça de la tête. L’Américain casse les clichés, et braque les synthétiseurs vers l’infini. Décollage imminent.

La synthwave c’est bien sympatoche, mais certains poncifs ont parfois tendance à broyer gentiment les burnes. L’électro rétro-futuriste branchée sur les années 80 gagne en popularité (ça, c’est cool). Mais comme toute scène en phase avancée de mainstreamisation sur les internets, les clones sans talent grouillent et se multiplient, comme les MST sur les plages d’Ibiza (moins cool). Néons aux teintes sursaturées sur les pochettes, typos chromées finies à la pisse, projets merdiques balancés par brochette sur YouTube… La pop culture US à l’ancienne est vénérée, mythifiée, mais surtout zombifiée.

« Les années 80 vont bien finir par fatiguer les gens, un jour ou l’autre. De bien des manières, ça ressemble à un cul-de-sac, à une routine », défend au contraire Makeup and vanity set (ou MAVS, ça s’écrit plus vite).

L’Américain, installé à Nashville dans le Tennessee, fait partie des rares producteurs qui cherchent à faire revivre la synthwave, quitte à débrancher la nostalgie toute fripée des eighties. Pour ça, il se débarrasse déjà de toute l’imagerie ultra-kitch des Etats-Unis, époque Ronald Reagan.

Outre le visuel, Matthew Steven Pusti – le nom du type sous la masque – travaille aussi le son. Un son assimilable à de la dark-ambient-cyber-space synthwave (si on aime ranger les artistes dans des petites boîtes, et inventer des noms de sous-genres imbitables). Un son affiné depuis 2004, à la fois synthétique et organique. Avant la création de MAVS, l’Américain a joué un temps du piano classique, avant de tripoter son ordi avec des logiciels comme ModTracker.

Vangelis sous Prozac

« N’importe quel musicien qui joue avec un synthé va probablement te citer Blade Runner comme influence, c’est assez banal, reconnaît MAVS. Mais personnellement, je m’intéresse particulièrement aux méthodes de Vangelis (l’auteur de la bande originale) : composer avec l‘électronique sur le coup, dans le moment présent, aussi « live » que possible. Le séquençage musical est bien loin d’être aussi émotionnellement vivant et véritable qu’un enregistrement multipiste, en direct dans le studio. Quand tu écoutes un morceau, tous les moments les plus magiques ressortent des imperfections selon moi. »

Morceaux enregistrés sans grosses retouches, scratches de vinyles… L’idée est de garder une part d’authenticité et d’expérimentation. Emmêlé dans des tas de câbles, de matos et de softwares aux noms imprononçables, MAVS ne note jamais rien à l’écrit. Même logique en concert : il joue tout en direct, cagoule de ski sur la tête (un look à la Kalash Criminel qui vient peut-être des hivers passés à se peler les miches à Cleveland, sa ville de naissance). Pas question de balancer des sets mixés en avance, à la David Guetta.

« Wilderness, c’est un testament. Tout est centré sur le chagrin, la douleur de voir partir ma mère. »

Parmi les nombreux projets studio du producteur, on trouve des véritables chefs d’œuvre comme Wilderness (https://makeupandvanityset.bandcamp.com/album/wilderness), qui rend une expérience assez proche de la BO de Solaris d’Edouard Artemiev. Les samples d’IA et les réverbes infinis donnent l’impression de plonger dans un bon film de SF (pas comme Alien Covenant soit dit en passant. Crève, Ridley Scott). Composé en deux longues années, l’album est hanté par le cancer et le décès de sa mère : « J’ai commencé à écrire quand elle est tombée malade, et j’ai fini l’album après sa mort. C’est un testament. Tout est centré sur le chagrin, la douleur de la voir partir. Sur le fait de recoller les morceaux, aussi : ma fille est née à peine un mois après. J’évite de repenser à tout ça aujourd’hui, c’est comme figé dans le temps. Mais je suis en paix avec ce passé aujourd’hui, je suis très fier du résultat et de toute l’aide que j’ai reçu pour enregistrer. »

Autre excellent LP : « 88:88. » Quand on fait tourner la galette sur la platine, on se plonge joyeusement dans solitude la plus totale, avec un équilibre parfait entre broyage de noir et désespoir. Impeccable pour les nuits d’insomnie, lorsqu’une moitié de ta conscience rêve de partir danser la lambada à la conquête du monde, et que l’autre se noie dans une déprime carabinée. Surtout quand tu te souviens que la lambada, ça reste quand même un peu de la merde.

Sinon, MAVS compose aussi d’autres disques, parfois moins atmosphériques mais un peu plus rythmés. Brigador par exemple, une soundtrack infernale de jeu-vidéo, ou encore Chrome, un EP électro avec une ambiance tech noir bien zehef.

MAVS 1 - credit Joey Ciccoline

Tech noir is the new black

Pas très jouasse, l’atmosphère de Makeup and vanity set s’inspire principalement de l’école de Berlin du synthé : Harald Grosskopf et Tangerine Dream, avec Klaus Schulze et Edgar Froese. « Le krautrock était aussi une grosse influence à mes débuts, surtout Can et Neu!, explique MAVS. Pour moi, Holger Czukay est tout aussi intéressant qu’un musicien comme Brian Eno, du point de vue de l’ingénierie. »

Outre le cinéma éthéré de Terrence Malick, l’Américain pioche également beaucoup dans le son de Warp Records. Une initiation à la musique électronique, pour celui qui a commencé à composer de l’IDM avant de se tourner vers la synthwave : « Je crois que j’ai découvert le label quand je suis entré au lycée. A l’époque, il fallait se rendre au disquaire et parfois acheter des albums sans même en avoir entendu parler avant. Je me suis petit à petit plongé dans les sorties, et je suis aussi devenu loyal à Schematic Records et Planet Mu. Et à l’époque, je ne savais même pas comment se fabriquait la musique électronique. »

Synthé des vanités

En bref, on peut résumer Makeup and vanity set en un « tuto pour faire de la bonne synthwave ». Voici donc les trois points essentiels (quoi de mieux qu’un top pour finir un papier sur Gonzaï ? On trouve bien des enquêtes politiques sur BuzzFeed) :

1. Fous ta cagoule.

2. Si tu comptes tartiner ta musique d’une bonne couche bien grasse de références pop éculées, dans l’espoir d’accrocher quelques vieux réacs fans de Terminator, ou quelques jeunes abrutis devant Stranger things, javellise-toi les intestins. Et mange la calotte de tes morts.

3. Et si jamais tu trouves que l’ambient, c’est répétitif et chiant comme la pluie, écoute Perturbator, Carpenter Brut  ou GosT. Leur synthwave est tout aussi bonne, ça chauffe juste un peu plus au niveau des cervicales.

https://makeupandvanityset.bandcamp.com/

3 Comments

  1. une balle ?

    18 juin 2017 at 13 h 46 min

    juke box @ la freuden

  2. KroDryuuzaki

    18 juin 2017 at 16 h 42 min

    Sympa le papier ! Pour ma part l’album le plus réussi de MAVS selon moi, c’est CHROME, c’est une tuerie ! Code System tu as l’impression d’être dans une matrice.

    Autrement pour ceux qui kiffent la Synthwave et Darksynth, il y a un p’tit site sympa qui vient d’arriver, Synthspiria, plein de découvertes à choper là-bas : https://synthspiria.com/ Ça va plus loin que les ténors du genre comme Perturbator, GosT, Carpenter Brut, Anoraak, etc qui sont déjà bien installés et connus

  3. Pierre de Baudouin

    19 juin 2017 at 10 h 21 min

    CIMER ! L’EP Chrome est incroyable je suis complétement d’accord, bonne ambiance hacking/néo-cyberpunk, et dedans Code System mais aussi Implant est ouf (il y a un fanclip sur YouTube d’ailleurs, bien pété https://www.youtube.com/watch?v=Ge1Rw1EVoAc)… Mais Wilderness est personellement le projet de MAVS qui reste le plus violemment gravé dans mon cerveau, l’album tourne en boucle c’est infernal
    De la balle synthspriria, je découvre à peine, les artistes/projets chroniqués ont l’air bien cool en effet, je vais rester branché dessus

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