Ce soir-là, j’avais garé mon skateboard et mes grands chevaux devant le Trabendo. Décembre 2007, Turbonegro, pas de première partie : un concert en forme de tour de piste en monocycle. Trois ans avant de pisser une dernière fois sur le chapiteau et de fermer définitivement un cirque vieux de 22 ans. Juillet 2010, éteins une à une les lumières, tatoues-moi dessus…
Dans la salle, un public exclusivement masculin, des post-ados qui ont abandonné le sébum mais gardé la ceinture à clous. Rapide tournée des faciès. De vagues études, un vague boulot, une vague copine, pour un avenir sans vagues. Entouré de futurs moi, bercé par la précarité ambiante, je soupire les derniers relents de ma Carlsberg en attendant la procession des ratés. Sur scène, un barnum vomissant du maquillage cheap joue aux marionnettes avec ses bouffons préférés : un guitar hero pâle comme un cuissot de bonne sœur dans des sapes de nazi d’opérette, un matelot bien trop pédé pour chanter In The Navy, et bien sur un gros lard, un vrai, dont la bedaine rebondit sur un futal Star Spangled Banner. Pas de doute, j’ai rêvé de ça de longues années.
L’enfer de la terre du milieu, l’injuste campagne des Yvelines coincée entre la petite couronne et la grande province des péquenots, où se côtoient au quotidien bourgeois en mal d’ennui, classe moyenne terriblement normale et vrais pauvres parfum La Villageoise. Puisqu’on ne peut pas (encore) fuir ce goudron de contrefaçon, autant le rosser à coup de tricks. Le skateboard, non pas comme échappatoire, mais comme entonnoir. Il nous apportait, via ses vidéos promotionnelles, des images de béton américain tellement propre qu’il éblouit, d’agents de sécurité trop gras pour avoir une réelle autorité, et des villes en forme d’Eden suprêmes. L.A., Barcelone, Paris, nous skaterions là-bas un jour. Et sur les images, la musique, base inamovible d’une culture musicale réservée aux paumés. De plus ou moins bon gout. Pour la vidéo Roll Forever de la marque Real, Peter Ramondetta, prolo chicanos du skate américain, choisit Don’t Say Motherfucker, Motherfucker pour illustrer ses cabrioles. Puis, les darko-clownesques lyonnais de la marque Antiz introduisent leur vidéo Antizipated avec Get It On. Le seul pont à ce jour connu entre l’équivalent norvégien de Kiss et un ado qui collectionne les échecs et les boards cassées.
Pourtant, Turbonegro n’apporte rien.
Pas autre chose qu’une transition un peu gitane entre les Ramones et les Guns N’Roses d’Appetite For Destruction (les seuls qui comptent, soyons honnêtes avec nos teenageries messieurs). Une plaisanterie baroque même pour les plus rebelles : punk et tantouzes, combo mortellement nocif pour les futurs profs de guitare à t-shirt Iron Maiden ; des solos qui portent la nuque longue et autant de classe qu’un dragster à flammes pour les punks élitistes. Les railleries couvrent alors l’écoute d’Apocalypse Dudes ou de Scandinavian Leather. Fuck The World, All My Friends Are Dead. A peine plus de respect pour le passé encore plus crâne rasé du groupe. Sur Ass Cobra, sorti en 1996, ils nous renseignent sur leur problème d’érection incontrôlée, et personne ne reconnait les Beach Boys sur la pochette de l’album.
Qu’importe, ce qui compte alors, c’est qu’ils représentent une foire constante pour les gens laids, timides et mal habillés.
On y descend des litres de vin léger sur des canapés à plumes, les femmes sont maquillées comme des putes à moustache et veulent qu’on les appelle maman. Lorsque Turbonegro monte sur scène, il n’y a jamais assez d’accessoires pour satisfaire leur sexualité à guitare, les riffs débordent d’un slip souillé et les convives baignent dans le vice hideux, font des bulles de luxure ringarde qui éclatent comme trop d’hymens au fin fond des toiles de tente chaque été au mois d’août. Personne n’en sortira indemne, les sensibilités seront tâchées de confiture de fion et de liquide séminal, mais la normalité et l’emmerdement ne s’évacuent que par les pores de la peau.
Ils se sont barrés du Trabendo et je comprends alors que la seule crasse présente sur ma peau vient de la sueur des voisins. Comme un bain purificateur. De toute façon, maintenant je suis en fac et j’ai le droit de fuir. Retox, leur dernier album, état une sombre daube et si je les découvrais aujourd’hui, ils me racketteraient à peine un début de sourire. Trois ans plus tard, Google me rappelle au bon souvenir de la crasse sociale. Turbonegro se sépare, pour la seconde et dernière fois. Mettant un point final à leur odyssée foireuse, à peine digne du premier jet du script de Spinal Tap : signés sur plus de labels qu’ils n’ont enregistrés d’albums, autant de line-up que la IVème République a compté de gouvernements, l’invention d’un style musical dont ils resteront les seuls tenanciers (le Deathpunk), des micro-factions de chemises noires à moustache disséminées dans toutes les villes d’Europe (les Turbojugend). Et surtout, des centaines de concerts d’une débilité à faire chialer les patrons d’Endemol.
Au moment de rendre les clés du cirque, personne ne sera bien triste. Hank, le ventripotent frontman aura tout le loisir de profiter du mannequin suédois qui lui sert de girlfriend, les kids trouveront forcément quelque Anvil ou Airbourne pour assouvir leur soif de crétinerie assourdissante. Personne, sauf peut-être la femme de ménage qui devra nettoyer la dernière flaque de vomi dans la cage aux fauves.
http://www.myspace.com/turbonegro










yeah baby yeah
ce papier est aussi bien gaulé que ce groupe avait mauvais goût, c’est dire
Voilà qui fait plaisir à lire. Turbonegro en live c’est un souvenir aussi impérissable que votre premier cumshot.
tystyst
« les femmes sont maquillées comme des putes à moustache et veulent qu’on les appelle maman. »
Tu te te fais du mal… Parles pas de ta maman comme ca.
don’t say motherfucker, motherfucker