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TROY VON BALTHAZAR
L’interview Calimero

On, enfin moi et quelques autres, savait l’Hawaïen séparé de Chokebore depuis 2003. Il s’était alors réinventé en solo, sortant sous le nom de Troy Von Balthazar un premier album pop-folk lo-fi salué par la critique. En cette rentrée 2010, il fait coup double, jonchant sa traversée en solitaire d’un deuxième album à la hauteur du précédent et révélant le retour en studio du groupe noise qui fit de lui une figure incontournable de l’indie rock des années 90.

Le 29 juillet dernier, rendez-vous a donc été fixé chez Third Side Records, son label français à Paris, pour tenter d’en savoir plus sur lui. J’ai déjà rencontré Troy deux fois depuis qu’il œuvre sous son nom, pour tout dire un pseudo, son vrai nom étant Bruno Balthazar, et pourtant cet ex-surfeur continue de m’intriguer par son talent, le chemin de croix qu’il s’est choisi, cette fragilité de vierge effarouchée qu’il semble sans cesse arborer comme une fine porcelaine dans ses rapports aux autres et qu’il fait immanquablement voler en éclats quand il est sur scène.
Explosant en moult gesticulations convulsives préraphaélites à faire pâlir Thom Yorke, Troy Von Balthazar y déclenche alors des sommets d’ambiguïté, parce que lui est beau, créant quelque chose comme la plus pure surface de projection christique, celle dont rêvent secrètement la plupart des fans de rock indé. Tout en la rejetant.

Quand je le vois ce jour-là, son apparente innocence me saute une nouvelle fois au visage. Il m’attend sur une chaise en mangeant un sandwich sur ses genoux et quand mes yeux croisent les siens on croirait une biche prise dans les phares d’une voiture. Il a pris quelques kilos depuis notre dernière rencontre et porte dorénavant une petite moustache, à cheval entre celle de Don Diego de la Vega et de Richard Chamberlain dans Les oiseaux se cachent pour mourir. Parce que Troy est blond et que je ne peux m’empêcher de voir en lui une sorte de curé.

Durant plus d’une demie heure, l’échange sera intime, ponctué de quelques rires jaunes et de ses grands yeux de témoin de Jéhovah, comme s’il s’avançait sur un lac de timidité. Avant de partir, je lui remettrai un dessin de Caliméro trouvé sur le net. « Il me fait penser à toi ce petit poussin qui porte sa coquille sur sa tête, son baluchon sur l’épaule et répète toujours que c’est vraiment trop injuste (rires jaunes). » Alors, Destroy Von Balthzar ou T(r)oy boy ? Interview.

Bonjour Troy. Cinq ans après le premier, tu sors donc How to Live on Nothing, ton deuxième album solo. Il sonne moins lo-fi que le précédent. Etait-ce voulu ?

Certains morceaux restent lo-fi, mais j’ai voulu retravailler avec un groupe pour cet album. Histoire de changer.

Tu en avais assez de travailler seul ?

Non, je me suis juste dit que ce serait bien d’avoir quelques chansons avec un son plus étoffé. Je voulais de la batterie, ça commençait à me manquer, tout comme ce feeling de jouer avec d’autres gens. Environ cinq chansons du disque ont donc été enregistrées avec des musiciens.

Il s’agit des membres du groupe The Black Pine. Peux-tu m’en dire plus sur eux ?

Ce sont des amis de Los Angeles. On se connaît depuis plusieurs années. Ils sont vraiment bons mais je crois qu’ils ont arrêté de jouer ensemble.

Porteras-tu ce nouvel album sur scène avec eux ?

Non, normalement si tout se passe bien je jouerai avec des musiciens français.

Lesquels ?

Je ne préfère pas en parler car tout ça n’est pas encore sûr à 100%, mais oui j’ai commencé à démarcher des gens.

D’ac. De quand datent les chansons de ce nouvel album ? Sont-elles récentes ou te traînais-tu certaines depuis un petit moment ?

Ce sont mes chansons les plus récentes. Je les ai écrites après la sortie de mon premier album solo. C’est donc un peu le reflet de ma vie de ces dernières années, des bons comme des mauvais moments (rires) !

L’album s’appelle How To Live On Nothing : ça veut dire qu’il y a eu plus de mauvais moments que de bons ?

Oh, ces deux dernières années ont plutôt été dures, oui… Je me suis beaucoup interrogé sur ma volonté de continuer la musique, et la question n’était pas de savoir si j’étais encore en mesure d’écrire des choses, mais de savoir si je voulais continuer d’y consacrer toute ma vie. Parce que quand t’as 20 ans, tu veux juste rocker, tu ne vois pas plus loin, mais plus tu prends de l’âge plus cette question s’impose à toi : « Ai-je vraiment envie de continuer comme ça ? » Parce que, tu vois, je fais de la musique indé et on ne fait pas un salaire avec ça…

C’est pour ça que tu as lancé le projet Kiss Kiss Bank Bank ?

Oui, c’est mon label qui m’a soumis cette idée. Elle vise à essayer de soulever des dons de la part de mes auditeurs pour aider au financement de mon activité. Parce qu’aujourd’hui, avec le téléchargement gratuit, tu ne gagnes quasiment plus d’argent avec ta musique. Il faut donc trouver d’autres façons de fonctionner pour que des musiciens comme moi, qui font tout touts seuls, puissent continuer à exister.

Je ne sais pas si tu connais, mais ce modèle économique ressemble à celui que défendent les labels communautaires de type MyMajorCompany, Spydart et NoMajorMusik. En fait, ces labels proposent aux internautes de faire des dons d’argent aux groupes qu’ils peuvent librement découvrir sur leurs sites, et à la clef ceux qui ont atteint le seuil financier défini par le label gagnent le droit d’enregistrer et de sortir un disque.

Ah, je ne connaissais pas ça. J’ai l’impression que ces démarches se rejoignent. Mais disons qu’avec Kiss Kiss Bank Bank on est plus dans une relation d’abonné privilégié. Parce qu’en versant par exemple 20 euros tu vas pouvoir recevoir le disque, des mp3 et toutes sortes de bonus. Et plus ta souscription est importante plus le nombre de bonus l’est aussi. Au final tu peux même aller jusqu’à t’offrir un concert de l’artiste dans ton appart ; ça vaut le coup.

A part ça, comment gagnes-tu le peu d’argent qui te fait vivre ?

Avec les concerts. Mais je n’en fais pas tant que ça. Souvent je n’ai donc pas d’argent.

Tu soulevais déjà ce thème dans Took Some Dollars sur ton premier album, chantant « One day I’ll make money like a real man… »

Oui, et ce jour n’est pas encore arrivé ! Mais ça va. C’est juste que ces deux dernières années je me suis posé cette question, et ça m’a pris du temps d’y répondre.

Comment as-tu réussi à y répondre de manière satisfaisante ?

L’été dernier j’étais à Berlin. J’avais tout planté. Je m’étais dit : « Je n’en peux plus, ça ne marche pas, j’abandonne ». Je me suis dit que je pourrais peut-être reprendre mes études, je ne savais pas ce que j’allais pouvoir faire, et durant ce séjour sans but à Berlin chaque jour je me disais : « Ok, qu’est-ce que j’ai envie de faire aujourd’hui ? » Le premier jour je me suis dit : « Oh, je me sens bien de jouer de la guitare », le deuxième : « Ah, là j’ai envie d’écrire », etc. Je me suis donc aperçu que c’était ce que je voulais vraiment faire de mon temps, en dehors de toute question de carrière ou d’argent. Parce que dans 20 ou 30 ans je serai mort. Peut-être même avant, mais si je meurs d’une mort naturelle j’ai peu de chances d’aller au-delà, ce sera dans ces eaux-là. Donc voilà  : « Qu’est-ce que je veux vraiment faire de ma vie tant que je suis en vie ? » Et la réponse a été : écrire de la musique et des textes.

Tu aurais pu te dire : faire des rencontres, aimer des femmes !

C’est une bonne réponse ! Mais ce ne fut pas la mienne. Ma réponse fut de m’asseoir seul dans ma chambre et d’écrire. C’est assez simple.

Tu donnes l’impression que pour toi faire de la musique c’est comme rentrer dans les ordres, se faire prêtre, ce que suggère d’ailleurs le titre de ton dernier album. Vois-tu vraiment la musique comme ça, une sorte de sacrifice ?

Non, le sacrifice c’est ce qui est beau, c’est la partie positive, celle qui te fait te sentir bien… C’est comme arroser une plante, tu vois.

Je ne suis pas sûr… Tu veux dire parce que tu te sens utile quand tu arroses une plante ?

Oui, et c’est aussi l’idée de se donner entièrement à ce que tu fais.

Mais créer se situe sur un autre plan que l’arrosage des plantes…

Non, pas vraiment, ça dépend de ta manière de les arroser. Si tu te concentres vraiment sur ta manière de les arroser, ça peut quasiment revenir au même.

Ah OK. Faire ce disque était donc aussi facile que d’arroser une plante ?

Non, non, non, je ne dis pas que c’est facile, je dis juste que la plus belle partie du processus créatif c’est le moment où tu te rassembles et tu t’ouvres pour donner le meilleur de toi-même et accueillir l’impulsion, l’idée. Quand tu l’as c’est beau. T’en oublies le monde. Le monde a disparu. Mais oui, après il faut t’asseoir avec la chanson, et la travailler. Après c’est un peu comme si tu avais un mur à construire.

Mais ça ne te pèse pas de devoir rester souvent seul dans ta chambre à bâtir ce genre de murs à t’en taper la tête dessus ? Tu ne préférerais pas parfois sortir, voir des amis ?

Non, je ne ressens pas ce besoin… Surtout que des gens j’en rencontre plein quand je suis en tournée, et moi ça ne pose pas de problème d’être seul. Je ne veux pas être tout le temps seul ! Mais parfois ça fait du bien d’être seul. Si je reste dans ma chambre toute une semaine ça ne veut pas dire que je suis déprimé, c’est juste que j’écris, que ma chambre est devenue un monde merveilleux, et ça me plait.

Je vois. Tu as dit que ce nouvel album reflète bien les deux dernières années de ta vie.  Dirais-tu qu’il est plus autobiographique que son prédécesseur ?

Depuis mon dernier disque je n’ai pas arrêté de bouger. J’ai vécu à Montréal, à Paris, à Hawaï et à Berlin où la vie n’est pas chère et où vivent les membres de Chokebore. J’ai même vécu dans ma voiture quand j’étais à Los Angeles…

Là-bas tu n’as même pas de vrai chez-toi ?

Non, je n’en ai pas les moyens, mais j’y ai une voiture, une Nissan 91, c’est une bonne voiture, je l’aime bien (rires) ! C’était bizarre de vivre dedans. Mais ça va. Je n’ai pas besoin ni envie de plus. Je veux être libre, et écrire. Je me fiche du reste, tu vois ? Certaines des paroles et des musiques de ce nouvel album expriment donc directement ce que je ressentais à cette période. Je n’écrivais pas juste pour faire quelque chose de joli. C’était plus de l’ordre du vécu.

Qu’écoutes-tu en ce moment ?

Nina Simone, Stevie Wonder, Peggy Lee.

De la vieille soul !

Oui, je ne suis pas un gros consommateur de musique. Je n’ai jamais vraiment porté attention à ce qui sortait, même quand j’étais jeune. J’ai toujours préféré écouter de vieilles choses des années 70, surtout de la soul, des choses comme ça. Je crois que j’aime d’autant plus ça que ça ne me renvoie pas à ma propre musique. Ce n’est que du plaisir.

Lorsque j’ai découvert ton premier album solo en 2005, je lui ai trouvé quelques liens de parenté avec le premier album de Cocorosie, La Maison De Mon Rêve, dans le côté pop-folk avec berceuses, bruits de synthés-jouets… Connais-tu ce groupe ?

Je ne connais pas tout ce qu’elles ont fait, et je ne pense pas qu’on fasse la même chose, mais j’aime certaines de leurs chansons… Elles semblent sincères, vraiment dans leur truc…

En ce moment vous partagez un même goût pour la moustache !

Oui (rires) ! Mais la leur est peut-être plus fournie que la mienne…

Toi comme elles utilisez de vieux synthés cheap pour évoquer l’univers de l’enfance…

J’ai toujours aimé le son de ces synthés-jouets à deux balles. D’ailleurs celui que j’utilise sur scène m’a été offert par mon oncle quand j’avais quelque chose comme 9 ans.

De quel modèle s’agit-il ?

Un Casio SK1.

Crédit: Magali Boyer

A l’époque de ton premier album solo, tu as sorti un single en duo avec Mathias Malzieu, le leader du groupe de rock français Dionysos…

Ce n’était pas vraiment un duo, il a produit et joué de la batterie sur Son of Magnified. On se connaît depuis des années par le biais de Chokebore. A l’époque on a partagé plusieurs scènes avec son groupe. Et j’ai aussi tourné avec eux il y a quelques années en tant que Troy Von Balthazar. On se connaît donc depuis un petit moment. Par contre j’ai fait un duo avec Joseph D’Anvers.

Ah, tu aimes sa musique ?

Oui, oui.

Je la trouve sans intérêt !

La chanson que j’ai faite avec lui est intéressante.

Elle figure sur son dernier album ?

Oui.

Chokebore s’est officiellement reformé depuis février 2010. Vous avez redonné des concerts, vous préparez même un nouvel album. Ca signifie que tu vas arrêter ta carrière solo ?

Non, parce qu’aujourd’hui Chokebore est devenu mon side project. Je veux juste qu’il y ait plus de musique dans ma vie. Je veux avoir Troy Von Balthazar dans ma main gauche, Chokebore dans la droite, et trouver l’équilibre entre les deux pour être chaque jour pleinement occupé par la musique.

Mais pourquoi reformer précisément Chokebore ? Tu penses qu’après 7 ans de break et de musique en solo tu as de nouveau quelque chose  à apporter au groupe ?

Non, c’est juste que les gars me manquaient parce qu’on était comme des frères durant toutes ces années et je me suis dit que ce serait peut-être sympa de refaire des concerts ensemble. Et, comme je te l’ai dit, je veux faire plus de musique que je n’en ai jamais fait. Etre tout le temps occupé par elle, me sentir vivant à travers elle…

Tu n’es donc pas encore tout à fait zen !

Non, mon esprit est productif et je veux l’être aussi, faire tout ce qu’il s’imposera pour finir les textes et musiques qui viennent à moi.

Il paraît que tu prépares un deuxième livre. Tu confirmes ?

Oui, enfin je crois, je n’en suis pas sûr.

En gros tu as la matière.

Crédit: Magali Boyer

Oui, beaucoup.

Ce sera un livre dans la même veine que ton premier ?

Non, ce sera bien mieux ! J’essaie de m’améliorer.

Sais-tu à combien d’exemplaires ton premier livre s’est vendu ?

Environ un millier.

Dans le monde ?

Oui, c’est cool. C’est un beau petit livre, qui a peut-être permis à quelques-uns de passer un agréable moment, ou pas !

Je ne l’ai pas lu mais j’ai cru comprendre que ça racontait l’histoire d’un artiste tourmenté par sa production artistique.

Je crois, oui.

C’est vraiment ton thème !

J’en ai bien l’impression. Mais au final j’aime ça, écrire. C’est dur mais ça apporte de la joie.

Tu me dis si je me trompe, mais il m’a semblé que dans cet album tu parlais pas mal d’alcool, notamment dans Communicate. Pourquoi ça ? Le sujet t’inspire ?

Non, c’est juste que j’ai pas mal bu ces dernières années !

A cause de cette période de remise en question dont tu parlais ?

Non, c’est plutôt parce que j’en suis arrivé à une période de ma vie où j’ai dû rompre avec quelqu’un. J’ai alors essayé de me mettre à boire parce que c’est une solution classique pour oublier ses problèmes. Je n’ai jamais été doué avec l’alcool, mais j’ai toujours pensé que ce serait bien si j’y arrivais, mais non ça n’a pas marché, ça m’a juste fatigué.

C’est sûr que se mettre à boire à 30 ans passés, c’est un peu tard, il faut commencer tôt !

Oui, ça prend des années ! En même temps j’aime bien aller dans un bar, m’asseoir tout seul et boire quelques bières en écrivant. Même à la maison quand j’écris à l’ordi, ça m’arrive de boire un peu, comme ça, pour me détendre l’esprit. Le meilleur moment c’est quand tu es enfin en vacances, que tu viens tout juste de finir de bosser, tu prends ta première bière et « Wouah ! », c’est comme un petit feu d’artifice. J’adore. C’est les bières que je préfère. Mais ces dernières années j’ai aussi vécu quelques moments où j’étais bien bourré. Communicate parle donc de ça : être dans un pays étranger et boire.

Dans Communicate tu dis aussi que ce qu’il y a de triste dans tout ça c’est que les gens ont besoin de boire pour oser sortir de leur coquille, aller les uns vers les autres. C’est un triste constat.

Mais c’est vrai. Je veux dire, regarde dans chaque bar, chaque boîte de nuit, chaque ville de ce monde (rires) ! C’est une pratique sociale largement répandue. Ca aide les gens à se réunir et à communiquer. C’est ce que décrit cette chanson : si tu rencontres une fille dans un bar alors que tu es un peu ivre d’un coup tu vas mieux communiquer avec elle, à la fois verbalement et physiquement, que si tu la rencontrais sobre dans un autre contexte. C’est aussi pour ça que la chanson parle ensuite de quitter le bar et de faire l’amour dans la rue (rires) !

C’est du vécu ?!

Non, malheureusement je dois avouer que j’ai fantasmé cette partie de l’histoire ! Je crois que ça c’est passé après un concert en Australie. J’étais assis dans un bar, je regardais cette fille, et tout en buvant ma bière j’ai écrit ce texte. J’ai imaginé ce qui aurait pu se passer si j’avais eu le courage d’aller lui parler (rires) !

Crédit: Magali Boyer

Dis-moi, j’ai appris que tu avais déjà tenu quelques petits rôles dans des films français…

Oui, j’ai travaillé sur quelque chose… J’essaie de me frotter à ça… J’aurai peut-être plus de rôles dans le futur.

Est-on venu à toi où est-ce une démarche personnelle ?

On est venu à moi.

Pour ta belle gueule ?

Je ne sais pas, je n’ai aucune idée de ce qui les a poussé à penser à moi, mais c’est cool. Etre acteur c’est un job facile. J’aimerais faire ce job.

Tu trouves ça facile ?!

Oui, vraiment facile ! Et ce que je préfère lors des séances de tournage, c’est le catering, ces grandes tables de nourriture qu’on dresse rien que pour nous. Toute la journée tu peux y manger tout ce que tu veux !

Il y a aussi des catering pour les musiciens…

Oui, mais les catering de musiciens ne sont pas aussi fastueux. Et quand ils proposent des choses intéressantes les autres membres du groupe ou de la salle les ont souvent mangées avant même que tu ne les voies. Alors que sur un plateau de cinéma, à tout moment de la journée tu peux demander des cookies, des sandwichs au poulet…

Tu finirais énorme si tu devenais acteur à temps plein !

Mais j’aimerais être gros. Je veux être gros.

Tu veux être gros ?!

Je n’ai jamais été gros.

Tu veux jouer avec ton image ?!

Je veux jouer avec mon estomac.

Mais on ne te proposerait plus de rôle si tu étais gros !

Tu penses ?

Je ne sais, j’imagine ! Penses-tu qu’être gros affecterait ta musique ?

Oui, elle n’en serait peut-être que meilleure car j’aurais plus de coffre, plus de voix.

Oui, et de toute façon comme disait je ne sais plus quel poète, « la main n’est pas différente de ce qu’elle dessine »…

Peut-être… Je n’ai juste jamais eu l’occasion d’être gros…

Sans doute parce que tu as toujours plutôt été sportif, en témoigne notre précédente rencontre sur ton amour du surf…

Non, je dirais que c’est plutôt lié au fait que mes parents étaient pauvres et qu’on ne mangeait pas toujours à notre faim.

Que faisaient-ils ?

Ma mère était prof d’anglais à l’Université et mon père était architecte.

Il l’est toujours ?

Non, il est mort.

Ah, j’ignorais.

Pas de problème. On meurt tous un jour.

Es-tu toujours en contact avec Leonard Cohen qui t’avait hébergé un temps chez lui à Los Angeles durant l’enregistrement de ton premier album solo ?

Oui, mais la dernière fois que je suis allé à Los Angeles, il n’y était pas car il est en tournée depuis environ un an et demi.

Comment s’était passée votre rencontre ?

En fait, je suis ami avec sa fille, Lorca, une personne vraiment charmante et c’est par elle que j’en suis venu à le rencontrer. J’étais à Los Angeles et comme je n’avais nulle part où loger, elle m’a proposé de m’installer quelque temps dans leur maison. Et j’y suis resté assez longtemps. C’était cool. Ils sont vraiment adorables.

Elle, que fait-elle ?

Elle tient un magasin de meubles, et est aussi chef cuisinier.

As-tu discuté musique avec Leonard Cohen ? T’a-t-il donné des conseils ?

Oui, et c’était très intéressant de discuter de tout ça avec lui. C’est quelqu’un de très gentil et de très intelligent. Dès fois, quand on était au restaurant par exemple, il me demandait où j’en étais de mon disque. Je lui disais que je travaillais actuellement telle ou telle chanson. Alors il me disait : « Lis moi ton texte que je t’aide à le finir ». C’était super gentil de sa part et ça me faisait plaisir de voir un homme de son âge toujours aussi vif d’esprit.

Tu aimerais vieillir comme lui ?

Je veux garder la flamme tout au long de ma vie. C’est dur de vouer sa vie à l’art, tu ne sais pas pour combien de temps tu vas avoir la flamme, ni si la société ne va pas un jour te l’ôter en t’assignant à autre chose. Ca semble même une très mauvaise idée, mais quand tu vois que quelqu’un comme lui a réussi à mener sa barque là-dedans et qu’il a toujours la flamme à son âge, tu te dis : « Mince, j’aimerais avoir cette vie à son âge ! » Il est beau à voir.

Photos: http://www.magaliboyer.com/

Troy Von Balthazar // How to live on nothing // Third Side
http://www.myspace.com/troyvonbalthazar


4 Comments

  1. LE_POULPE

    12 octobre 2010 at 7 h 50 min

    J’aime beaucoup TVB, bravo pour l’entretien !

  2. sylvain fesson

    12 octobre 2010 at 9 h 00 min

    Que répondre à un commentaire qui ne fait pas polémique ? Je suis désarçonné là.

  3. LE_POULPE

    12 octobre 2010 at 9 h 49 min

    Ah merde ! C’est pas un article de Bester … je retire ce que j’ai dit ! 😉 Pour te faire plaisir j’ai essayé de trouver LA grosse fôte d’ortho … et même ça, j’y suis pas arrivé donc … bon boulot. Point.

  4. sylvain fesson

    12 octobre 2010 at 9 h 56 min

    Bester ne pouvait même pas me tenir la main (ni rien d’autre) durant l’écriture de cet article car il n’est pas (attention, euphémisme) friand de TVB. Mais bon comme y’avait pas (trop) de fautes d’orthographes il a dit ok. C’est ma technique de persuasion!

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