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Too much too Spoon

Vingt ans après la ferveur Britpop et six mois après le Brexit, des Américains se la jouent plus royalistes que la reine sur « Hot Thoughts », excellent neuvième album d’une discographie à laquelle l’auteur n’avait jusque là rien compris. Britt (sic) Daniel, le leader, tente une explication de texte sur Spoon et ses 24 ans à l’ultra-marge de l’indie-rock.

C’est marrant comme en général les photos promos trahissent les modèles, et comment une image peut révéler bien des choses sur ceux qui se croient bien malins d’en avoir rien à foutre à poser devant l’objectif. Tiens, prenons l’exemple de Spoon. Vingt-quatre ans de carrière, huit albums dans la malle arrière avec quelques « tubes » ; et pourtant toujours pas foutu de sortir de ce bon vieux cliché (sic) selon lequel un bon groupe indie c’est : un leader au premier plan qui fait la gueule en donnant l’impression d’avoir été empaillé chez Madame Tussaud, et les trois autres derrière qui regardent dans tous les sens en faisant encore plus la gueule pour montrer que le rock est un sujet plus grave que la mucoviscidose et, qu’accessoirement, leur présence dans le groupe dépendra évidemment des relevés de vente du prochain album.

Avec ça, « Hot Thoughts », le dernier né, était bien parti pour finir comme la tête de Michael Schumacher sur un rocher. Sauf que vous vous doutez bien, parce que vous êtes tous des gros malins, que si on a pris la peine d’écrire tout ça, c’est évidemment parce que le disque dont il est ici question est une très bonne surprise. Pourquoi ? Parce que chaque chanson est un tube potentiel entremêlant les ficelles du rock à la papa et les codes plus mainstream qui stipulent qu’un refrain doit pouvoir se siffler en pissant, que l’ensemble est délicieusement putassier sans être rétrograde et surtout, que « Hot Thoughts » a ce doux parfum anglais que les anglais ont oublié depuis qu’ils font couler de la soupe radiophonique autour de leur beau pays isolé. Difficile de dire s’il s’agit d’un combo hybride entre les Doves et Stereophonics (ne partez pas !) ou de James croisant la route de Wilco, toujours est-il que ces originaires d’Austin réussissent là un exploit : capter l’auditeur au delà des trois premiers titres avec, en bonus, deux morceaux instrumentaux de toute beauté (Pink Up, Us) et loin des caciques.

À peine le temps de copier-coller la biographie Wikipedia et de tenter – en vain – de me faire un avis sur la discographie d’un groupe que j’ai découvert deux semaines avant qu’il s’est déjà l’heure de poser des questions que je n’ai, évidemment, pas préparé.

En général, les groupes de votre âge, pardon, avec une discographie aussi longue que la vôtre, se retrouvent face à des journalistes obsédés par le passé. Pas de bol, j’ai écouté aucun de vos précédents disques.

Britt Daniel (chant, guitare, leader) : Ahah bah écoute ça va nous changer un peu comme ça.

Et donc très illogiquement, je voulais commencer par vous parler du dernier morceau de « Hot Thoughts », Us. Splendide morceau instrumental, très loin de ce qu’on pourrait attendre d’un « groupe indie-rock ». Pour tout vous dire, ça m’a fait penser à Tuxedomoon.

Britt Daniel : Comment tu dis ?

Euh, Tuxedomoon.

Britt Daniel : Tu l’écris comment ?

Comme ça [je lui écris sur son iPhone]. Un groupe d’art-rock américain de la fin des années 70. Je crois que ça devrait vous plaire.

Britt Daniel : C’est quoi leur meilleur album ?

« Half-Mute », sans hésitations. Bon bref, je me demandais à quel moment les gens avaient commencé à penser que vous n’étiez qu’un groupe d’indie-rock. Quand j’écoute Us, j’entends plein d’autres choses.

Britt Daniel : Plutôt cool comme question, ça va me permettre de dire à quel point on chie sur l’étiquette indie-rock, et à quel point ce terme me fait toujours penser à une bande de branleurs tentant désespérément de paraître cool en faisant le moins d’efforts possible. Donc ouais, on n’a jamais joué dans cette cour, même si je peux comprendre qu’à nos débuts on ait été classé dans ce registre à cause du bon vieux guitare-basse-batterie. Bon putain, ça fait un bail quand même. « Indie-rock », c’est marrant parce que moi j’ai toujours considéré que c’était très commercial comme appellation. Et donc le morceau Us, oui, est très différent du reste de l’album. Je me disais que ce serait pas mal d’avoir une intro au sax ; on a donc invité un mec chez moi, on est descendu à la cave, on a branché le micro et le mec a simplement improvisé sur l’ensemble du morceau. Bon, c’était génial. Quand le mec s’est barré, j’ai tenté de bidouiller sa partie, en vain ; sa prise était juste parfaite. C’est un accident heureux, comme on les aime.

Et sans trop vous brosser dans le sens du poil, le reste de l’album est intégralement mainstream, au sens où il n’y a pas la fausse modestie qu’on entend souvent chez les groupes indie-rock américains.

Britt Daniel : Ouais, la fausse modestie est un autre synonyme d’indie-rock, aha. Ça tient peut-être à ma manière d’écrire. Au delà de Us, un morceau comme Pink Up n’est pas vraiment pop, dans la structure, mais en général quand je m’assois pour écrire il y a toujours, fondamentalement, des accords et une mélodie ; c’est la base. Je crois qu’on est bon dans cet exercice, en fait. Et pour te répondre, je crois qu’il y a des tubes sur « Hot Thoughts », aha.

Genre, pour ceux qui voudraient aller droit au but, lesquels ?

Britt Daniel : Do I have to talk you into it, par exemple. Et toi, t’en penses quoi ?

Jim Eno (batteur) : First caress.

C’est dur, pour un groupe ayant débuté sa carrière en 1993, d’échapper à son propre passé ?

Britt Daniel : Disons que jusque-là on a eu le cul assez bordé de nouilles pour pas avoir à se poser la question. À chaque fois qu’on a sorti un album, il a été bien reçu, et pas façon « oh tiens encore un album du même groupe qu’on a déjà entendu 1000 fois ». Aux USA même, on dispose d’un bon accueil.

Donc l’idée de splitter ne vous a jamais effleuré l’esprit ?

Jim Eno : si, une fois. Mais c’était il y a très longtemps…

À l’époque du fameux incident avec Elektra en 1998, quand « A series of sneaks » s’est gaufré et que votre directeur artistique [Ron Laffitte, à qui Spoon dédicacera une chanson] s’est fait lourder ?

Britt Daniel : Ouais. On sortait juste d’un enregistrement pour Matador (« Telephono ») qui s’était déjà bien ramassé, et celui chez Elektra a fait encore pire. On aurait du s’arrêter là, mais stupidement on a continué

Stupidement ?

Britt Daniel : La logique aurait voulu qu’on change le nom du groupe et qu’on recommence tout à zéro, avec de nouveaux membres. Mais notre manager et notre avocat nous en ont dissuadé. Bon bref, ça a donné cette carrière complètement inattendue, même pour nous.

« Pourquoi chacun de nos disques vend plus que le précédent ? Parce qu’on partait de très loin ! »

Depuis cet incident chez Elektra, et depuis le temps, votre avis sur le music business a-t-il changé ?

Britt Daniel : Ce qui est très drôle, c’est que la courbe de nos ventes n’a jamais cessé de monter depuis 1998, et ce alors même que l’industrie du disque se cassait la gueule !

Vous expliquez ça comment ?

Britt Daniel : Faut dire qu’on partait de très loin, aha ! Depuis nos débuts, les choses ont beaucoup changé d’un point de vue business ; la manière de consommer la musique, la manière d’en faire aussi.

Jim Eno : La conclusion à laquelle j’en suis personnellement arrivé, après toutes ces années, c’est que tu ne peux compter que sur toi. Ton label te conseille que dalle, ton manager non plus, et en tant que groupe tu dois contrôler les choses du mieux que tu peux pour t’émanciper de tout ce bordel et regagner ta liberté.

Vous aviez un groupe en tête quand vous avez commencé ? Un modèle ?

Britt Daniel : Wilco et Radiohead étaient de bons exemples à suivre ; ce sont des groupes qui ont su rester authentiques tout en touchant un large public.

C’est marrant que vous citiez Radiohead, parce qu’à l’écoute de « Hot Thoughts », et ne connaissant rien de que vous aviez fait avant, j’étais quasi sûr que vous étiez un groupe anglais. Pardon. Le son de ce disque, la production, tout faisait penser qu’il était impossible qu’un groupe américain ait pu produire un truc pareil.

Britt Daniel : Les gens pensent toujours qu’on vend plus de disques en Angleterre, et en Europe, qu’aux Etats-Unis. Big deal, aha ! Bon, le fait est que j’ai grandi avec la musique anglaise dans les oreilles ; ça a dû jouer, mais mes groupes de chevet c’était les Beatles, Led Zeppelin, Julian Cope, The Damned…

Même le nom de votre groupe est européen, si on regarde bien.

Britt Daniel : C’est à dire ?

Bah Spoon, en hommage à CAN [nom d’une chanson du groupe allemand écrite en 1985, Ndr].

Britt Daniel : Ah ouais, ok. Oui, c’est vrai. [Bon en fait Britt s’en tape un peu de CAN, Ndr]

Vous avez fait vos débuts à Austin, 24 ans après, vous y vivez toujours ?

Britt Daniel : Affirmatif.

Ca ressemblait à quoi au milieu des années 90, avant que le Levitation Festival et les Black Angels transforment la ville en temple hippie-rock ?

Jim Eno : tout était beaucoup plus abordable, déjà.

Britt Daniel : Là c’est devenu hors de prix, comme partout je suppose, mais l’esprit musical était déjà là, notamment grâce aux universités avoisinantes.

Vous avez déjà joué au festival Levitation, d’ailleurs ?

Britt Daniel : Non jamais putain, mais j’adorerais !

Tout de même paradoxal quand on sait que vous êtes des artistes locaux.

Britt Daniel : Et le pire, c’est que je connais très bien Christian [Bland, des Black Angels].

Bon, pour conclure, quand un groupe américain disposant de plus de trois albums à son actif vient faire de la promo en France, ça se termine toujours par une citation convenue sur le fait que le dernier en date est forcément le meilleur. Bon alors, « Hot Thoughts », c’est vraiment le meilleur disque de Spoon ?

Britt Daniel : Il y a pas mal d’arguments qui tendent à le prouver… Les chansons sont bonnes, la production regarde vers le futur. Ce qui ne veut pas dire que les autres albums étaient à chier hein !

Of course. Bon et faites-moi plaisir, écoutez Tuxedomoon. Entendons-nous sur un code caché : si vous accrochez, appelez l’un de vos prochains morceaux Bester, je comprendrai le clin d’œil.

Britt Daniel : Évidemment !

Spoon // Hot Thoughts // Matador
http://www.spoontheband.com/

5 Comments

  1. 'can the can'

    20 mars 2017 at 12 h 18 min

    ‘can the can’

  2. piggidy

    20 mars 2017 at 18 h 11 min

    let the sunshine fuck you

  3. moon

    20 mars 2017 at 21 h 49 min

    ils trempent leur spoon comme bruno le roux avec ses 24 filles a contrats ?

  4. Pigasse roule-t-il pour Macron ?

    23 mars 2017 at 15 h 29 min

    Les groupes Brit-Pop ? ILS SE SONT CARAPATÉS ! CA-RA-PA-TÉS !

  5. mechanic gun

    23 mars 2017 at 21 h 47 min

    $POON from U.S.A, not FUCKING £

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