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Tombé du camion (1/10) : « Erosion Distillée » de Jacques Dudon

Ils ont raté le coche et ont été passés sous silence à leur sortie, mais après tout, n’est-ce pas le destin de tous les grands disques qui restent ? Tout l’été, Gonzaï rendra hommage à ces soldats inconnus tombés pour qui, la France ? Non, la musique. Aujourd’hui, un prénommé Jacques Dudon, auteur d’un incroyable album où le Polnareff des jeunes années croise la route de ce qui n’est pas encore Julien Gasc. Attention, chef d’œuvre arythmique.

Drôle d’histoire que celle de Jacques Dudon. Réédité l’année dernière à 1000 copies par Monster Melodies, « Erosion Distillée, historiquement sorti en 1969, pourrait inspirer des carrières, au moins 1000 elles aussi numérotées, à qui souhaiteraient montrer au monde ce qu’est la musique psychédélique dans ce qu’elle a de plus tordu, alambiqué, fou, et donc, cohérent.

C’est que si l’on regarde la « carrière » de Dudon, l’oblique forme une certaine ligne droite. Luthier de profession né à Villecresnes, dans le Val de Marne, Jacques a crée plus de 150 instruments aquaphoniques (des trucs utilisant le son de l’eau, quoi) dans les années 70 ; et si cette information vous semble déjà hors normes, sachez que ledit Dudon entamait déjà là sa seconde vie.

La première, cristallisée par miracle et sur acétate en 69, laisse entendre un musicien en roue libre, et en dehors de toute considération commerciale, qui tisse des notes sur sa guitare à la manière de Bert Jansch avec une voie si haute perchée qu’on a parfois peur qu’elle crève l’enceinte. Pas un hasard, gamin Jacques jouait – dixit la bio – la tête collée contre la caisse de sa guitare espagnole pour en percevoir toutes les résonances. D’autres jouaient avec leurs canards dans l’eau, lui pondra sans même le savoir une poignée de chefs d’œuvre qu’on découvre, sidéré, cinquante ans plus tard. C’est le son de la liberté en action, une série de ballons d’hélium qui exploseraient successivement dans la gueule, des pastorales acoustiques cachées derrière des structures faussement branquignoles. Pour la faire aussi courte que certaines des illuminations de « Erosion Distillée », c’est presque tout le son de guitare de Jeff Buckley en gestation, mais en beaucoup moins lyrique, et nettement plus influencé par les tablas indiens, l’envie des hauteurs et les camps de libération hippies qui fleurissent, à l’époque, un peu partout.

Il en résulte un Ovni à la hauteur du personnage qui tel un clou dans le béton armé, n’a jamais percé. Vendu par Henri Leproux, patron du Golf Drouot, comme le meilleur guitariste de blues de l’hexagone en 1968, Dudon refuse une proposition en or (jouer de la six cordes pour Johnny), gobe un acide, puis revient l’année suivante avec le mot PSYCHÉ gravé à l’intérieur de son corps ; on comprend mieux « Erosion Distillée » du coup ; et ses flutes qui sentent bon la lavande d’Ibiza [il n’y a pas de lavande à Ibiza, pas besoin de chercher Ndr] et des jams surréalistes où l’on entend parfois ce qu’aurait pu donner les élucubrations d’Antoine si elles avaient été au bout de leur logique.

Comment se relever d’un tel chef d’œuvre ? Impossible. La destinée étant une chienne, c’est la postérité qui lui renverra le bout de bois, cinquante plus tard. Entre temps, Jacques Dudon aura joué après Zappa au festival d’Amougies sans qu’aucune trace ne soit gardée de son passage, se sera fait dégager d’EMI parce que certainement jugé trop inclassable, puis aura grimpé dans le bus des hippies de la Hog Farm pour rejoindre Kathmandu en bus. Par la suite, Dudon deviendra temporairement gardien de chèvres puis boulanger, avant de finalement se stabiliser aujourd’hui en tant que – accrochez-vous – Président de Atelier d’Exploration Harmonique (AEH) dans l’Aveyron où, selon la légende, il superviserait des stages d’initiation à l’intonation juste.

On souhaite bien du courage aux apprentis rockeurs du monde moderne pour n’arriver ne serait-ce qu’à la moitié de cette histoire sans fin. Chez Dudon, le garde-fou était simplement insauvable. C’est vrai que c’est dur de redescendre quand on est monté si haut.

Jacques Dudon // Erosion Distillée // Monster Melodies. 
Dispo sur Discogs pour pas trop cher

1 Comment

  1. fuck le catalan

    9 juillet 2017 at 18 h 42 min

    é bin doudoudisdonc y’a wah-wah qui se les touchent les cogs?

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