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THE STROKES
Connerie à Durée Déterminée

Face au barouf qui entoure la sortie de « Comedown Machine », difficile de savoir qui, des fans ou du groupe, s’avère le plus méprisable. Les uns, pour cet amour un peu crédule de la médiocrité faite profession, ou ces autres, pour l’opportunisme qui plane sur ce cinquième album ? Tant qu’à faire et en attendant le droit à l’euthanasie, mettons les tous dans le même sac, faisons un nœud et jetons le tout à la flotte.

Face au barouf qui entoure la sortie de « Comedown Machine », difficile de savoir qui, des fans ou du groupe, s’avère le plus méprisable. Les uns, pour cet amour un peu crédule de la médiocrité faite profession, ou ces autres, pour l’opportunisme qui plane sur ce cinquième album ? Tant qu’à faire et en attendant le droit à l’euthanasie, mettons les tous dans le même sac, faisons un nœud et jetons le tout à la flotte.

Ecrire de « Comedown Machine » qu’il a été fini à l’urine d’ivrogne est une porte ouverte qu’on n’enfoncera pas ici, pas tant à cause du fait que tirer sur l’ambulance procure finalement peu de joie, mais surtout parce qu’après plusieurs disques publiés dans le seul but de payer le coiffeur de Julian Casablancas, on est aujourd’hui en droit de dire que les Strokes n’ont rien publié de potable depuis « Is this it ». Remarquez qu’à l’époque on aurait déjà du débusquer le lièvre caché derrière les physiques de Ramones Replica, quand les charlots new-yorkais décidèrent, couilles au fond des chaussettes, de supprimer le titre New York City Cops de l’édition américaine, la faute à une phrase trop polémique (« New York City cops ain’t too smart ») après les attentats du 11 septembre 2001. Bref, on n’est pas là pour enfiler les perles ni jouer aux prof’ rock, l’image ci-dessous résume à mon sens mieux que n’importe quel métaphore l’état des Strokes après quatre disques dénués d’ambition.

costa-rica-paresseux-big

Complètement lessivés et à bout d’idées, les paresseux trentenaires n’ont pas, c’est un fait, l’étoffe des héros du siècle dernier. Là où leurs aïeux (Pixies, Sonic Youth, Red Hot Chili Peppers) parvenaient encore à enchainer une série d’albums plus ou moins respectables avant de plonger dans la quarantaine bedonnante, Julian (34 ans), Albert (32 ans) et leurs insignifiants copains d’école prouvent qu’on peut aujourd’hui se griller les neurones alors même qu’on est supposé être dans la force de l’âge. Ainsi plane sur « Comedown Machine » l’ombre des déambulateurs mal graissés, des couic couic métalliques des lits d’hôpitaux, une impression de déjà entendu qui flirte avec l’Alzheimer et la sénilité, quand bien même les Strokes semblent encore en pleine possession de leurs moyens. Si le procès, certes un peu partial, pourrait s’appliquer de la même façon à l’ensemble des groupes de leur génération (MGMT, Franz Ferdinand, Phoenix, la serpillère Doherty), on s’étonne tout de même que dans le cas des Strokes, nul n’ait été tenté de les prévenir qu’il eut fallu s’arrêter après « Room on fire », déjà un pastiche en moins bien (sic) de « Is this it », sorte de lumineuse fausse question qui trouve à posteriori sa réponse dans l’écoute de « Comedown machine ». This is it, definitely.

the-strokes_comedown-machineCar après tout, qu’entendons-nous sur « Comedown Machine » ? Des plans de guitares piqués à Stardust, eux mêmes volés à Chic, un recyclage éhonté de l’insouciance écrasée sous le poids de la célébrité, des solos même pas dignes de figurer sur une face B de Jane’s Addiction, des tics d’écriture érigés en méthodologie, un chanteur hagard tentant tant bien que mal d’articuler des évidences désincarnées avec sa mèche colorée tombant sur la gueule, le silence d’un paraplégique errant dans le vide astral ; pour résumer rien de plus qu’un groupe explosant en plein vol, le tout filmé en direct par des caméras avides de sensationnel. Rien de plus que les Twin Towers mordant la poussière, soit un cynique retour à la case départ.
Dans dix ou vingt ans, les musicologues se poseront certainement sur des titres tels One Way Trigger ou Happy Ending, petites chansons croquignolesques qui en dépit de leur absence de refrains pourront alors être considérées comme ce moment où la pop s’arrêta de considérer la production comme un fondamental. Parangon de la musique surcompressée, à la fois composée et produite pour des enceintes de bureau, défiant une à une toutes les règles de la science musicale, qu’il s’agisse de la dynamique du mastering ou de la nécessité d’arrangements, ces morceaux de rock 8-bits illustrent mieux que tout discours l’incapacité des Strokes à faire moindre effort pour mourir dignement. Nulle doute que l’auditeur aura bientôt droit au best-of de la séparation, quand 40 ans plus tôt les Beatles eurent au moins l’élégance de composer un dernier disque potable avant de se foutre sur la gueule. Pas de « Let it be » chez les Strokes, pas plus que de Get Back ; le rock bourgeois ne s’embarrasse pas des épitaphes ni de la postérité. Exception faite d’un seul titre décent (All the time) jeté à la foule comme un bout de barbaque aux fauves en cage, le cinquième album des Strokes ressemble à s’y méprendre à un bonhomme de neige qu’on aurait laissé trop près du four ; chaque écoute en révèle les défauts, chaque chanson brille par ses bâclages et le groupe, en pleine déconfiture humaine et musicale, de manger la boue après la poudreuse. La légende raconte que sur son lit de mort, Oscar Wilde déclara qu’il « mourrait au dessus de ses moyens » ; dans le cas des Strokes, l’honnêteté pousse à se demander pourquoi ces musiciens moyens ne sont pas morts avant.

The Strokes // Comedown Machine // RCA (Sony)
http://www.thestrokes.com

29 Comments

  1. Romain

    25 mars 2013 at 19 h 53 min

    C’est Abbey Road, le dernier album enregistré par les Beatles. Article réjouissant sinon.

    • Bester

      25 mars 2013 at 20 h 01 min

      Quelle truffe. Bon, histoire de passer pour un con je ne fais pas la correction dans le papier, ça m’apprendra.

      • Lara

        25 mars 2013 at 21 h 28 min

        j’voudrais pas faire ma chieuse (mais j’peux pas m’en empêcher), mais il vaudrait mieux corriger, du point de vue journalistique, hein.
        ;p

  2. Bester

    25 mars 2013 at 21 h 41 min

    Mais non, parce que sinon vos commentaires n’auront plus de sens. C’est tout réfléchi, je préfère passer pour un con (j’ai l’habitude).

    • Romain

      25 mars 2013 at 23 h 13 min

      T’aurais pu pinailler en répondant que c’était le dernier album paru. C’est donc tout à ton honneur. Nos commentaires resteront sur l’Internet pour l’éternité : j’en tremble !

  3. Matt Oï

    25 mars 2013 at 22 h 57 min

    Crise de rire la photo du paresseux. Sinon pas d’accord pour MGMT, preuve en est le temps qu’ils mettent pour sortir leur 3e album (oui c’en est une). J’ai jamais cru en ce groupe mais avec des chansons comme One Way Trigger, c’est le clou : ils ont 10 de retard sur toute la prod Elefant Records, le second degré et la qualité en moins. Le comble pour les représentants d’une ville censée être à l’avangarde musicale.

  4. Vernon

    25 mars 2013 at 23 h 41 min

    Je sauve 80’s Comedown Machine, perso. Et Room On Fire, il est très bien, ce disque.
    Bizou.

  5. Ground Control To Major Tom

    25 mars 2013 at 23 h 57 min

    Abbey Road est le dernier album enregistré mais pas le dernier sorti. D’où peut-être la confusion.

  6. Blandine

    26 mars 2013 at 11 h 14 min

    Rhooo t’es chiant, meeeerde… les Strokes c’est un peu facile quand même ! One way trigger est très bien, so far (j’ai pas tout écouté) Et même sur le précédent y’avait des chansons bien. Et Room on Fire est un super album, bordel !!!

  7. M.Pat

    26 mars 2013 at 12 h 06 min

    il devait y avoir de beaux débats avec B.Sabatier à Technikart…

  8. Thieum

    26 mars 2013 at 14 h 27 min

    J’ai même aimé Angles et j’ai l’impression que c’est comme demander un album de Genesis chez Exodisc. Quoi qu’il en soit, j’ai la vague impression que les Strokes est un groupe générationnel dans la mesure où il provoque une cassure entre les jeunes loups à boutons et les femmes à barbe. Et cette différence entre les gens de 35 et de 25 ans, je trouve ça bien.

  9. Peikaji

    26 mars 2013 at 19 h 23 min

    AAAhhh l’article sur les Strokes..l’exécution en règle.Les commentaires, tout ça… et encore ya pas le mec offensé par le ton de la critique. Moi j’aime bien tout ça.
    Sinon je suis plus trop le groupe, mais c’est le dernier « gros groupe de rock », merde la relève elle est ou?

  10. Jeremy L. Ringo

    26 mars 2013 at 20 h 47 min

    « One way trigger » est un tube, et en plus y’a un refrain. Un cadre musical d’une perfection chirurgicale, dans lequel Julian balade ses états d’âme mélancoliques. Pas un couplet ne se ressemble, et si les variations mélodiques de Jules Maisonsblanches emmerdent certains, moi elles me donnent envie de chanter encore et encore.
    Cette chanson va justement là où la musique aujourd’hui se trouve, le 8-bit, malheureusement, mais elle le fait d’une telle manière qu’elle met la concurrence hors-course. C’était déjà le cas en 2001, ça l’est toujours aujourd’hui.

    Lorsqu’ils reviennent visiter un rock plus classique, ils restent, là-encore, d’une terrible efficacité. « 50/50″ sent la pisse, même si c’est celle des pissotières dans un pub de bourgeois aux murs tapissés de velours rouge. De toute façon c’est le drame des Strokes ça, d’être des bourgeois. Mais, après tout, le rock n’est-il pas une affaire de bourgeois, lorsqu’il n’est pas joué pour des fous ?

  11. Albert Potiron

    27 mars 2013 at 0 h 24 min

    Bon les gars, ça ne va pas du tout tout ça. Une face A potable, une face B lénifiante, et au beau milieu, une putain de tuerie pop : je suis le seul à danser comme un dingue sur Welcome to Japan ou quoi?
    Bébert le légume vert.
    http://bandsmachine.blogspot.fr/2013/03/big-in-japan.html

  12. BSTR

    27 mars 2013 at 1 h 45 min

    Tous ces commentaires sont ma foi intéressant, j’y décèle un certain esprit de contradiction : on aurait encensé le disque, c’était le goudron et les plumes. Et la descente de police en amène certains à faire leur coming-out. Bref, le french paradoxe dans toute sa splendeur, même si au bout du compte le débat est plutôt drôle, intelligent.

  13. Yvon Sheraff

    27 mars 2013 at 14 h 48 min

    Si les Strokes ne se sont pas arrêté à Room On Fire, c’est qu’ils se sont faits baiser par RCA/Sony avec ce foutu contrat de 5 disques – qu’ils viennent de conclure avec la sortie de Comedown Machine. Ce n’est sans doute pas plus des branleurs que moi, toi, les autres; ils se sont juste fait baiser par une Major. Je ne pensais pas que ça existait encore ce genre de situation, le groupe prometteur qui signe chez un gros et qui se fait avoir en beauté, et pourtant c’est bel et bien ce qui c’est passé. Un bon article sur les Strokes devrait parler de cela, et du fait que cet album est le dernier qu’ils font les poings liés, et devrait cracher sur leur label plutôt que sur leurs fans.

    Call it Karma Call it Fate est une belle chanson. Le reste, autant ne pas l’écouter, ne pas en parler.

  14. sylvain fesson

    29 mars 2013 at 13 h 26 min

    Moi je le trouve tout à fait réjouissant ce Strokes. Pop, rock, électro, radio : il fait feu de tout bois avec de bonnes mélodies à chaque fois sans se demander si c’est « rock’n’roll credible » ou je sais pas quoi. Juste des bonnes chansons à chaque plage, comme une bonne station de radio. Pas besoin de zapper. Des disques comme ça j’en veux plus souvent pour me lever le matin, etc. I do get satisfaction !
    Sylvain
    http://www.parlhot.com

  15. millord

    2 avril 2013 at 14 h 14 min

    Je ne comprend pas cette constance journalistique du
    parti pris ultra marqué, à croire que tout est toujours
    tout noir ou tout blanc…surtout quand les considérations
    sont principalement extra musicales…franchement, un
    mélomane qui pense avec ses oreilles et sans prendre la
    pose, ne peut pas adorer « IS THIS IT » tout en détestant
    « ROOM ON FIRE » ou même l’intégralité du dernier album..!
    Ca sent vachement l’analyse ultra parano et pleine de préjugés,
    un truc biaisé qui place toujours en haut du podium du bon goût
    l’illusion de l’authenticité, comme les rappeurs avec leur vieille
    street crédibility ringardos. Il faut vivre avec son temps, voir la
    beauté des paillettes et du digital, du disparate et de l’impureté

  16. millord

    2 avril 2013 at 14 h 25 min

  17. José Mourigno

    6 avril 2013 at 23 h 46 min

    Vous auriez pu vous contenter d’écrire que les Strokes c’est trop main stream pour être sérieusement appréhendé sur Gonzaï.

    Après tout c’est que des vendeurs de Converse pour les petits branleurs de cette fause scène indé qui obstrue tant les vrais groupes… au fait, bonne année 2004 les mecs.

  18. regis

    3 mai 2013 at 19 h 36 min

    Tout à fait d’accord avec le contenu de cet article si ce n’est le passage sur jane’s addiction… Je fais naturellement l’impasse sur les oubliables albums de « reformation », au moins jane’s addiction a été génial sur plus d’un album.

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  20. Pingback: DAFT PUNK ::: Retour vers le passé | Gonzai

  21. jim

    26 octobre 2013 at 3 h 32 min

    je suis triste pour l’auteur de cet article, et pour tous les sourds mourrant sur la planète

  22. Nevan

    20 novembre 2013 at 23 h 38 min

    J’ai beau être une fan incontestée de The Strokes, je peu comprendre que les gens n’apprécient pas leur musique. Mais là, non. L’urine d’ivrogne est certainement la chose qui m’a le plus interpelée.
    Je conçois donc, mais rien que le fait de faire des comparaisons avec d’autres groupes me dérange. Oui je prends leur défense, bien que, je l’avoue Is This It est un album génialissime, et que oui je trouve que Angels est moins bien que les autres, sans pour autant être mauvais, je dirais justement qu’ils s’en sortent plutôt très bien sur leurs deux derniers albums en étant moins proche du style d’Is This It et quand même propres à leur image. Concernant le coiffeur de Julian, je n’insulterais pas même si ce n’est pas l’envie qui manque, mais je trouve que justement leur look rock n Roll de vielle école est ce qui convient le plus au style de leur musique. Pour finir, et là je ne me retiendrais pas. Pour en revenir à la pisse d’ivrogne, je pense que quelqu’un qui fait un article comme celui-ci sur un artiste, même s’il ne lui plait pas forcément, devrait être capable de faire la part des choses et une critique digne de ce nom, et non un texte pathétique qui force les gens qui, se posent peut-être des questions sur ce groupe qu’ils ne connaissent que de nom à s’en désintéresser complètement. Et donc oui je me permet de le dire réellement, est-ce Comedown Machine qui a été terminé à la pisse d’ivrogne, ou l’auteur de cet article pitoyable?
    Donc oui, je suis fan, je suis même plus que ça, mais en général je suis plutôt pour la neutralité ou la critique constructive. Je ramène rarement mon grain de sel, mais quand je vois quelqu’un d’incapable tenter de se rendre intéressant sans être même réussir à pondre une critique concrète et digne de c nom, ne prononce que des insultes à l’égard de musiciens qui se cassent le cul à partager leur passion une idée me vient en tête: fait mieux et ensuite tu pourras la ramener abruti.

  23. Someone

    22 octobre 2014 at 14 h 12 min

    C’est assez marrant de lire une critique aussi peu constructive. Un listing d’arguments ad-hominem pour quelqu’un qui aime bien les « chemises hawaïennes » : c’est vrai qu’on note un acquittement du travail fidèle à son image, un article paresseux qui puise dans sa haine pour obtenir quelque chose aussi vide de sens que d’arguments. On a l’air d’avoir affaire avec un adepte du « à qu’est-ce que c’était mieux avant.. » qui se permet de cracher copieusement sur toute une génération de nouveaux musiciens, qui sont de nos jours plus nouveaux et inspirent des milliers de groupes. Bien que tout les gouts soient permis dans ce monde, cette manière pleine d’auto-suffisance d’écrire un « article » enlève le peu de crédibilité qu’il aurait pu posséder à la base. Au moins on ne peut pas enlever le coté bénéfique de ce papier qui est de faire ressortir les vrais et bons articles. Si on commence dans la démonstration de connaissances populaires, en montrant à quel point nous sommes des génies incompris en citant Oscar Wilde, on peut également trouver des citations assez célèbres faisant totalement écho à cette chronique « J’adore parler de rien, c’est le seul domaine où j’ai de vagues connaissances ». Bingo, on a trouvé sur quoi se repose tout ce listing d’arguments se ressemblant tous autant que les autres.
    Adepte du rien, cet article est fait pour vous.

  24. Pat

    4 janvier 2015 at 4 h 08 min

    Someone bravo ! Perso je ne comprendrais jamais les gens qui ecoutent un seul style de musique ou que des qu’il y a changement dans un groupe qu’ils apprecient , crashent sur le groupe ! J’imagine meme pas ce que vous pensez de tyranny ! Bref j’ai vu ca au casino de paris c’etait impressionnant et puis c’est tout

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