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EPHEMERALS
Ephémère pour l’éternité

Ephemerals, c’est la combinaison de l’excès d’émotion dans la voix de Wolf, et de l’insuffisance d’argent dans les poches de Nic. Un groupe qui ne se voit jamais, condamné à être créatif, et qui invente à l’arrache une Soul spontanée et définitive. En exclu pour Gonzaï, à la fin de cet article : la rivière qui a inspiré ‘Egg Tooth’, leur nouvel album.

Wolfgang Valbrun claque des doigts. « La vie ça fait ça : ça disparait en deux secondes. Et on ne se rend pas compte. Et on oublie un truc essentiel, c’est l’amour, c’est le partage, c’est la communication, ne serait-ce que l’amour de soi-même. Prendre soin de son esprit, de ses émotions. J’espère que je contribue à ça par la musique. Parce que les gens ne le font pas assez pour eux-mêmes. »

Il m’a rejoint au Fleurus, a commandé un hamburger, et pris la parole pendant une heure non-stop. Il ne s’est interrompu que pour demander à la serveuse d’emballer ce hamburger auquel il n’a pas touché. Wolf, franco-américain d’origine haïtienne, est le chanteur de Ephemerals, qui sort son troisième album (« Egg Tooth ») en trois ans. Le groupe est basé à Londres. Comme l’interview se passe sans questions, j’ai demandé à Nic Hillman Mondegreen, auteur-compositeur-leader du groupe, de venir planter quelques punchlines dans le flow sans fin de Wolf.

Wolf : Ephemerals c’est une rencontre de hasard. Je jouais avec mon groupe avant celui de Nic. Après leur concert il me dit « ça te dirait de faire de la musique avec moi ? » il me propose de venir à Londres, mais je n’y croyais pas trop. Trois mois plus tard, il m’envoie un message Facebook, il me dit « alors tu as pris tes billets ? on t’attend à Londres, j’ai réservé le studio ». J’étais surpris parce que quand on te propose un plan comme ça, les trois quarts du temps, c’est du vent. J’arrive à Londres et on entre en studio. Et on a trois jours. C’était direct.

Nic : Ouais j’ai rencontré Wolfie à un concert. J’allais quitter mon groupe parce que j’avais réussi à m’embrouiller avec mon agent, le chanteur et le label, hahahaha. Et j’ai parlé à Wolf, et j’ai rassemblé des musiciens avec qui je pouvais m’entendre. Le premier jour où tout le monde s’est rencontré était aussi le premier jour de l’enregistrement de l’album.

Wolf : Maintenant on arrive au troisième album et on n’a pas changé de méthode. On arrive en studio pour trois jours, il nous envoie vaguement des pistes, ou il chante, voix-guitare, rien n’est prédéfini, il arrive en studio, et là il te dit : 1,2,3, Magie ! C’est léger, c’est agréable, c’est magnifique, c’est intense. De 8h30 à 22h. Et on dort dans une auberge de jeunesse.

Wolf : La place de Nic dans cet album, c’est chef d’orchestre. Il nous dit « ressens-le, entends-le, le sentiment derrière ». Il nous a trouvé une vidéo d’un mec qui est dans la forêt amazonienne, et qui est dans l’eau et qui fait des sons absolument bizarres, avec une espèce de flûte. Il s’inspire de ce genre de chose. Ou comme le jazz à l’ancienne ou les mecs sont complètement tarés, et où ils font quelque chose qui n’est pas audible pour quelqu’un de normal, et ça devient magnifique. Même moi, je ne comprends pas tout l’album.

Nic : Ouais putain, c’est Hermeto Pascoal’s Musica Da Lagoa. S’il te plait mets le lien dans ton article, comme ça tout le monde pourra voir ce type et ses musiciens ahahaha, avec les papillons et tout. C’est proche du paradis pour moi, juste il manque quelques filles. Je pense que j’ai presque généré à moi tout seul le un million de vues. C’est une source d’inspiration.

Wolf : Nic va arriver avec The Beginning, premier titre de l’album, et c’est vachement pensé. La mort c’est la naissance du morceau, et là ça part dans une espèce de cacophonie orchestrée, ou tout le monde est en train de jouer, et à ce moment, Nic arrête la session, et il dit « vous êtes trop en train de vous prendre la tête. Arrêtez, faites, et on verra. Ok le morceau est écrit mais si vous ne l’interprétez pas comme bon vous semble, ça perd son sens. Donc montrez-moi ce que je n’ai pas écrit, ce que je n’ai pas vu dans mon propre morceau. » C’est comme lire un livre sans savoir lire. Et du coup tu es obligé de créer ta propre histoire avec.

« J’aime quand les musiciens deviennent bons pendant l’enregistrement du morceau, et que ça commence à bien sonner à la moitié. »

Nic : Le meilleur dans la vie, c’est la spontanéité. J’aime quand les musiciens deviennent bons pendant l’enregistrement du morceau, et que ça commence à bien sonner à la moitié. L’art n’a d’intérêt que parce qu’il est produit par des humains. Et avec notre façon de faire, tu peux voir cette humanité créer cette forme artistique. Tout n’est pas écrit à l’avance. Il y a la place pour les idées des autres. On n’est pas un boys band où tout le monde se ressemble. Il y a tellement de différences entre nous sept que les gens pensent souvent qu’on fait tous partie d’un groupe différent.

Wolf : Chacun fait des sacrifices, moi j’ai quitté tout ce que j’avais pour pouvoir faire cette tournée par exemple. Je n’ai plus de travail. Mais ça m’a semblé naturel. À la base, je ne savais pas ce que j’allais faire de ma vie. J’ai arrêté le lycée en terminale, je n’ai pas eu mon bac. J’ai eu des expériences de vie reloues. J’ai traversé des choses qui ont été relativement dures. J’ai fait un burnout, et je suis parti au Venezuela pendant 8 mois. Quand mes parents se sont séparés, je ne me suis retrouvé en France, mon père aux USA. Ma famille dispersée, avec une relation bizarre. Je suis quelqu’un d’excessivement émotionnel. J’ai traversé une dépression, j’ai raté plein d’occasions parce que je n’étais pas bien avec moi, et je n’étais pas d’accord avec plein de choses autour de moi. Avec ma famille ça a été très compliqué, des mots ont été dits, à des âges vachement jeunes, qui ont faits que… Je me suis reconstruit une famille en France. Et quand j’ai rencontré Ephemerals, j’en ai rencontré une autre. Ils ne me devaient rien, j’étais un mec qu’ils ne connaissaient pas, alors que tous les anglais du groupe se connaissent depuis la fac. Quand ils m’ont donné cette chance, je n’avais jamais eu la confiance de quelqu’un à ce point. Jamais quelqu’un n’avait eu l’audace de dire « t’inquiètes mec, ça passe ». Tout ce que je peux faire par rapport à ça, c’est de donner. C’est pour ça que je suis aussi impliqué, physiquement, psychiquement, émotionnellement. J’ai l’impression que si on me l’arrache, je perds tout d’un coup. J’ai mis tout mon amour là-dedans. J’ai arrêté de fumer pour ce groupe ! Quand je fais des sacrifices, ce n’est pas pour rien. Quand j’écoute l’album, je me dis ça vaut le coup. Je n’ai pas fait de concessions, j’ai tout donné, je me suis saigné.

Nic : C’est important de ne jamais utiliser le mot « carrière ». Quand on enregistre ou qu’on est en tournée, on produit de la magie, et c’est rare aujourd’hui. Je pense vraiment que la plupart des gens n’ont pas ce type de magie avec leur copine ou leurs parents. Le groupe est bon. C’est sûr que j’ai dû lutter avec ma santé mentale et je pense m’en sortir grâce à la musique, cette lutte pour avoir ma propre expression, pour être indépendant. Quand TOUT LE MONDE te dit de ne pas faire ce truc, tu fais le contraire non ? L’INDUSTRIE de la musique est complètement dégradante. Tout est dégueulasse. Littéralement tout ce qu’on dit sur ce milieu est vrai, et tu réalises ça à mesure que le temps passe et que ces choses t’arrivent, à toi. Je pense que le vrai sacrifice serait d’avoir la voix démente de Wolf et de ne pas l’utiliser. J’espère qu’il va rester avec nous encore un peu sinon on va devoir le tuer et maquiller le meurtre en accident, hahaha.

« Mon but n’est pas de plaire à la masse, mais de toucher les gens. »

Wolf : C’est la première fois que de moi-même je répétais tout seul, dans le studio ou j’habite avec ma mère. C’est bizarre de répéter seul, déjà je n’aime pas m’entendre chanter. Quand je suis sur scène, je n’ai pas besoin de beaucoup de retour. Parce que c’est un truc qui me stresse. Je considère que chez les chanteurs, il y a trop de simagrées. Trop d’images. Ça doit être le moment le plus sincère possible. Ma mère, elle peut mourir demain, le soir même je monterai sur scène pour chanter. Je vais tout donner parce que c’est tout ce que j’ai. Et c’est maintenant que ça se passe. Si je ne le fais pas maintenant ce sera trop tard, je ne peux pas me trouver d’excuses. La vie n’est pas faite de « si ». Il y a autre chose : j’étais fiancé. Elle travaillait dans le cinéma, donc avec les tournées et ses tournages ça n’a pas marché. C’est là que j’ai réalisé tout ce que j’étais prêt à sacrifier pour ça. Parce que c’est ce qui me tient en vie. Si la musique disparait, si je n’ai plus de voix demain, je perds tout. Je suis prêt à tout donner, j’espère que les gens sont prêts à tout recevoir.

Wolf : Par rapport aux albums d’avant on était dans la Soul. Là cet album va plus vers le jazz, Alice Coltrane, tout ça. Quand on écoute Brel, Barbara, Aznavour, ces gens, ils se saignaient. Brel en live dans Ces Gens-Là, il le vit, ce n’est pas du spectacle, aujourd’hui ce qu’on voit n’est pas aussi sincère.

En France on a cette tradition de musique qui sort des tripes. Et qui n’est pas faite pour plaire. Le manque de sincérité de certains artistes rétrécit le monde. Les gens de Daptone, ils sont allés chercher des chanteurs qui avaient plus de cinquante ans pour trouver de l’authenticité. Moi mon but n’est pas de plaire à la masse, mais de toucher les gens. Je ne veux pas que les gens disent c’est génial, je veux qu’ils se disent ça me fait du bien.

Nic : Je ne suis pas un entertainer, je suis un artiste. Bien sûr j’essaye de rester divertissant. Je ne suis pas un de ces connards qui envoient chier le public, mais je suis, avant tout, un artiste. J’essaye de déstabiliser les gens, juste un peu, pour voir quelles questions ils se posent. Ecoute The Omnilogue: ça commence doucement par une séquence méditative, et le groupe joue trois accords complexes, puis le calme revient. Qu’est-ce que tu ressens ? Tu es obligé de te demander pourquoi c’est construit comme ça. Mais toi seul à la réponse ! C’est ça l’art. Ce morceau est très Alice Coltrane. Ça vient de Om Supreme quand elle parle à John Coltrane de l’endroit où ils vont se retrouver dans leur prochaine vie.

Nic : Parler d’influences musicales c’est un peu chiant non ? Pour cet album mon influence principale c’est la rivière à côté de laquelle j’habite.  Je ne joue que des clochettes sur cet album. C’est le son de cette rivière ! Et c’est la pensée philosophique de The Omnilogue. L’arbre mort descend la rivière et se disloque. Mais il fut un temps où c’est l’eau de cette même rivière qui le nourrissait. Qu’est-ce que ça évoque pour toi ? De toutes les pensées qui passent par ton subconscient, y en a-t-il une qui perce jusqu’à ta conscience ? God, quelle heure est-il ? Je devrais arrêter de parler de moi. On se voit à Paris, si on survit à la tournée, ah ah !

Ephemerals // Egg Tooth // Sortie le 21 avril chez Jalapeno Records
http://www.ephemeralsmusic.com/

1 Comment

  1. Josy de la compta

    3 avril 2017 at 15 h 40 min

    en concert au Point éphémère ? LOL

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