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Dick Rivers : « J’ai toujours été un avant-gardiste »

En 1967, l’ancien Chat sauvage s’envole pour le deep south américain et enregistre "The Dick Rivers Story" avec les musiciens d’Aretha Franklin. Une épopée arrosée au bourbon-coca où se croisent Mort Schuman, Neil Diamond et les hémorroïdes de Percy Sledge. Interview.

En 1968, vous publiez « The Dick Rivers Story », votre album « soul ». Pourquoi avoir choisi cette direction ?

DICK-STORY-1Dick Rivers : En 1967, la soul commençait à pas mal passer à la radio, surtout Stax avec Otis Redding, Wilson Pickett et aussi James Brown. J’avais donc choisi d’aller enregistrer à Muscle Shoals pour le côté rhythm’n’blues et l’intérêt du studio et des musiciens locaux, mais je n’avais pas d’idée précise de chansons. Je suis presque parti les mains dans les poches mais en chemin, je me suis arrêté à New York, où j’ai séjourné chez mon ami Mort Schuman. Il y avait un nombre faramineux de chats dans son appartement, c’était dingue. La France lui manquait beaucoup aussi. D’ailleurs, j’ai mangé avec lui le meilleur boudin-purée de ma vie à New York dans un restaurant qui s’appelait le Paris-Bordeaux, ou un truc comme çà. Mort Schuman m’a fait des musiques pour toutes celles que j’allais enregistrer à Muscle Shoals à l’exception de Je suis triste. À New York, il m’a aussi présenté Neil Diamond. C’était une vedette locale, il jouait dans les clubs et il avait son propre label, Bang Records. Je lui ai expliqué que j’allais à Muscle Shoals pour faire mon disque et il m’a donné deux chansons, Girl You’ll Be a Woman Soon, qu’il venait tout juste d’enregistrer et qui allait devenir Viens tout connaître en français, et Solitary Man, qui allait devenir Personne ne m’aime.

Girl You’ll Be a Woman Soon, qui allait être repris ensuite par Urge Overkill dans la BO de Pulp Fiction.

Oui, et Christine Fontaine, avec qui je travaillais à l’époque, l’avait très bien adaptée en français. Littéralement, ça veut dire « Fille, tu sera une femme bientôt », ce qui veut dire « je vais pouvoir te sauter ». (il chante le premier couplet) « Tu es enfant, pourtant demain tu seras femme, il le faut bien ». Un gars voit une jeune fille se former, et il pense « bientôt je te mettrai ». Ce n’est pas pédophile, mais limite.

Vous débarquez à Muscle Shoals, dans l’Alabama, en octobre 1967. Que découvrez-vous en arrivant sur place ?

Quin Ivy, qui était le patron des studios de Muscle Shoals, vient me chercher à l’aéroport, qui était aussi grand que mon salon. C’était un vrai bled. J’étais dans un petit motel à Florence, aussi à Alabama, mais de l’autre côté du pont. Chaque fois qu’on allait déjeuner, Quin Ivy avait dans sa poche une flasque de bourbon car l’Alabama était un dry state. On n’avait pas le droit de boire de l’alcool en dehors de chez soi. On pouvait en acheter et l’amener dans sa voiture, sous réserve qu’on ne voit pas que c’était de l’alcool. Un vrai truc de con. Pareil au restaurant et dans les boites. Du coup, tout le monde commandait des Coca et on se versait du bourbon dans le verre, sous la table.

« Tous les sons d’orgue extraordinaires qui nous faisaient rêver venaient d’un Farfisa, un truc réservé aux orchestres de baloche. »

À quoi ressemblait le studio d’enregistrement de Muscle Shoals?

Quin Ivy m’avait prévenu que je ne devais pas m’attendre au luxe des studios européens. Muscle Shoals ressemblait un peu à Sun, à Memphis. Vu de la rue, ça ressemblait à la devanture d’un magasin. Tu rentrais et il y avait une secrétaire. Passée la secrétaire, tu poussais une porte et c’était le studio, avec la cabine au fond et plein d’instruments fixes. C’était une sorte de cabane de luxe. Le truc qui m’a étonné, c’était que les sons d’orgue extraordinaires qui nous faisaient rêver venaient d’un Farfisa, un truc réservé aux orchestres de baloche, cloué sur un mur du studio avec une cabine Leslie. Un autre truc marrant : je chantais en live pendant que les musiciens jouaient, mais parfois, il fallait tout arrêter car le train qui passait tout prêt faisait trop vibrer la chambre d’écho à plaques. Sinon, quand on avait faim, la secrétaire passait un coup de fil et tu te faisais livrer des hamburgers et des trucs de dingue comme le steak’n’biscuit, un genre de scone à l’anglaise, une vraie tuerie, et tu continuais à bosser. C’était en 1967 et je n’avais jamais vu ça car en France, à l’heure de la bouffe, tout le monde se taillait au resto pour aller picoler.

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Quelle était l’ambiance de l’enregistrement ?

L’ambiance était très familiale et j’ai eu la chance de pouvoir bosser avec des musiciens extraordinaires : Roger Hawkins à la batterie, David Hood, le co-patron du studio, à la basse, Lyndon « Spooner » Oldham aux claviers, Eddie Hinton et Marlin Green à la guitare et Floyd Newman au saxophone baryton. Ils se partageaient le boulot entre Muscle Shoals et Memphis, ils avaient joué sur les disques d’Aretha Franklin, Wilson Pickett et tous ces artistes qui nous faisaient rêver. Quand le groupe était content d’une prise, ils appelaient n’importe qui, par exemple le laitier, et le mec donnait son avis. « Ouais ouais, c’est bien… Ah non, là j’aurais vu autre chose… ». Et les mecs retournaient en studio pour refaire la prise !

À l’époque, tout le ponde pensait que les musiciens de Muscle Shoals étaient noirs. Or, c’étaient des blancs originaires du deep south !

Oui, ils étaient tous blancs. En réalité, tout ce qui était rythmique était joué par des blancs, les musiciens noirs jouaient les cuivres et ils créaient les riffs. Gene « Bowlegs » Mille joue sur l’album et son nom est sur la pochette, comme ceux des autres musiciens car je me suis battu corps et âme pour qu’ils y figurent.

« Percy Sledge avait un piano électrique dans sa chambre et il m’a joué Out of the Left Field qui est devenu Je suis triste dans l’album. »

Vous avez également rencontré Percy Sledge, l’auteur de When a Man Loves a Woman, lors de votre séjour à Muscle Shoals.

J’avais expliqué que j’étais à la recherche de chansons. Il faut savoir que là-bas, les musiciens n’étaient pas payés à la journée ou à l’heure, mais à la chanson. S’ils mettaient deux jours à enregistre un titre, ils ne touchaient pas un dollar de plus. Quin Ivy m’a donc présenté un de ces artistes, Percy Sledge. On est allé le voir dans un hôpital de Florence, où il venait se faire retirer ses hémorroïdes. Quin Ivy lui a dit : « Dick is looking for some material ». Percy Sledge avait un piano électrique dans sa chambre et il m’a joué Out of the Left Field qui est devenu Je suis triste dans l’album.

Une fois les séances américaines terminées, vous rentrez à Paris pour terminer l’album.

Je suis reparti avec les bandes et j’ai fait les voix à Paris dans un studio rue de la Gaité. Mya Simille avait écrit des paroles en français, dont celles de Je suis triste, en hommage à Guy Magenta, qui avait composé plein de chansons pour moi et pour Eddy Mitchell, entre autres. On est ensuite parti à Londres, aux studios Olympic, avec Paul Piot et son orchestre pour finir l’album. Parmi les chansons, il y avait aussi Le Charlatan d’Eric Charden, qui écrivait beaucoup et avait déjà eu du succès avec Le monde est gris, le monde est bleu. « The Dick Rivers Story » est sorti en 1968 et il a plutôt pas mal marché.

Après cet album, vous allez enregistrer « L’interrogation », votre opéra pop « existentiel ». On a l’impression que vous aviez envie de vous démarquer de vos collègues rockeurs à cette époque.

Toute notre bande de rockeurs était cataloguée comme has-been. Cette époque était catastrophique. C’était après mai 1968 et avant Woodstock. On était dans les oubliettes, et pas dans les bonnes. Il n’y a que les cons qui me connaissent pas pour penser que je chante toujours Ma petite amie est vache. J’ai toujours évolué et j’avais quitté les Chats sauvages justement parce que j’avais évolué musicalement. Deux guitares, une basse et une batterie, ça ne me suffisait plus. Les textes, je m’en suis toujours foutu car pendant des années, la musique prenait le dessus sur les paroles, à tort ou à raison. Je n’aurais jamais été Prix Nobel comme Bob Dylan aujourd’hui ! Mes références à moi, c’était « A Tramp Shining » de Richard Harris avec Jimmy Webb aux arrangements, les Moody Blues avec « Days of the Future Past », ce qu’on appelait des albums-concepts. J’ai toujours été un avant-gardiste.

Dick Rivers // The Dick Rivers Story // Réédition CD/Vinyle/Digitale disponible le 24 novembre chez Warner.

5 Comments

  1. rick beaver

    20 novembre 2016 at 17 h 40 min

    Très drôle, surtout la fin :)

  2. baise bite

    21 novembre 2016 at 10 h 50 min

    NOYEUX DRAILLE!

  3. Rouge est mon nom

    21 novembre 2016 at 15 h 37 min

    En 2012 la revue SCHNOCK déjà sur le coup, même titre même accroche
    http://www.dicksite.fr/actu/schnock.htm

  4. thor

    22 novembre 2016 at 12 h 29 min

    tête de dick nique ta console!

  5. italie

    22 novembre 2016 at 21 h 37 min

    nissard!

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