Connect
To Top

SEVENTEEN AT THIS TIME
Le clip « Angel »

A l'heure où il devient commun d'apercevoir des clips conçus à l'arrache par des types probablement trop flemmards, faussement subversifs ou plus simplement qui le font sans trop se poser de questions, certains rebroussent chemin et contournent les lois de la traditionnelle période de promotion inhérente à la sortie d'un clip.

« Tokkoubana » des immenses Seventeen At This Time était à coup sûr un des meilleurs albums de début 2013 aux côtés du fou « Monsieur Délicieux » de Bernard Grancher. Loin des conventions, les Parisiens avaient sorti chez Cranes Records un trésor de sombres mélodies proche d’une certaine forme de la new wave et du mouvement gothique. Déjà différent à la racine, le trio composé de Roland Gesicht, Raphael Deur et du charismatique Frédéric Lenoir créèrent une œuvre intense et torturée vous prenant à la gorge pour mieux vous laisser seul dans vos pénates ensanglantées.

C’est ainsi plus d’une année après qu’un nouveau clip illustrant le titre Angel fait son apparition. Une fois de plus, la différence se fait sentir. A des années lumières d’une époque où l’instantanéité et la vitesse guident nos pas, le groupe prend son temps et ne choisit pas le moment d’attaquer en fonction du monde qui l’entoure.

Avec ses 12 minutes, ce clip dépasse la simple communication d’un album qui semble déjà lointain et se rapproche un peu plus de ce cinéma si particulier déjà représenté dans Everything I Touch Goes Wrong, premier clip paru fin 2012 avec l’intriguant François Delaive dans le rôle principal. Finalement, frôler le quart d’heure pour définir une chanson, n’est-ce pas trop long ? La réponse est NON. Angel en est la preuve. Ce n’est qu’au bout de 8 minutes que résonnera un premier larsen, départ de quatre minutes de shoegaze martial et industriel.

A l’image de la musique, la dureté humaine reste au premier plan de ce court-métrage. Au sein d’un complexe sportif, quatre jeunes hommes interprétés par les membres du groupe The Dead Mantra forment une équipe de Pom Pom Boys dirigée par un entraîneur sévère et infirme.
Au-delà de la simple épreuve sportive, ce personnage, que nous pouvons imaginer représentant l’autorité, exerce une totale emprise sur son équipe pour finalement dévoiler une dimension pédagogique basée sur le travail et la discipline. La tension est telle qu’une issue de secours et recherchée. La fuite d’un Pom Pom du terrain d’entraînement suite à une violente altercation bouleversera la suite des événements et démontrera l’aliénation d’une équipe éprouvée. Les rôles sont inversés et la chute prend les commandes au point d’humilier le coach et son handicap. Fatalement, l’ordre revient au sein des rangs malgré la révolte.

Un schéma finalement simple mais mis en image à merveille par Alexis Cherigny. Loin du divertissement, Angel est exigeant sous tous les plans. Exigeant envers l’auditeur dont on demande de dépasser la simple force évocatrice pour se forger sa propre interprétation de ce qui est montré. Exigeant car pouvoir écouter la chanson se mérite et demande de la patience. Exigeant par une forme de communication inexistante en apparence.

6a013486c547bd970c019102f01fd9970c-800wi

Seventeen At This Time réussit le tour de force de pointer du doigt une certaine vision de la société actuelle avec une finesse et une imagerie qui leur est personnelle. Une société où malgré ses dysfonctionnements, l’ordre finira toujours par se rétablir et toute révolte se retrouve avortée. Il y aurait finalement quelque chose de rassurant à rentrer dans un moule et faire ce qui est attendu de nous. Il est si important de se comporter comme des anges.

Toujours surprenant, le groupe fait régner l’anarchie en n’en faisant qu’à sa tête. On pourrait se dire qu’ils ont choisi un chemin plein d’embûches, je suis pourtant persuadé que justice leur sera rendu et qu’on se souviendra d’eux avant les autres pour plein de raisons, notamment le fait d’avoir fait danser les Dead Mantra avec des pompoms.

http://17att.bandcamp.com

Laisser un commentaire

A lire aussi