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Ride : l’interview guerre et paix

Le retour des vétérans de l'indie se poursuit. Après My Bloody Valentine, Jesus and Mary Chain ou Slowdive, c'est au tour du groupe d'Oxford de ressortir le médiator après 20 ans de silence avec « Weather Diaries ». Rencontre avec Mark et Andy, les David Gilmour et Roger Waters de l'indie.

De 90 à 94, Andy Bell et Mark Gardener, accompagnés de Steve Queralt (bassiste) et Laurence « Loz » Colbert (batterie), furent des icônes shoegaze avant de diversifier leur portefeuille d’activités. Alignant les hymnes (Drive Blind, Taste, Vapour Trail, Leave Them All behind,…), embarqués à bord du label Creation, les deux amis guitaristes et chanteurs se retrouvent par le biais du NME ou du Melody Maker à se disputer le leadership du groupe.

D’un côté, la belle gueule du gentil Mark Gardener. Celui a qui on prédisait tout et qui se retrouvera finalement en slip après la fin du groupe. Au point de perdre ses cheveux ? De l’autre, le méchant Andy Bell, dévoré par l’ambition et qui finira par devenir le bassiste des bibendums d’Oasis en 1999, puis de Beady Eye. Soit après l’Oasismania et le naufrage « Be here now ». Tout n’est évidemment pas aussi manichéen dans le monde de la pop ou du shoegaze mais la presse anglaise de l’époque aime les caricatures et les oppositions construites de toutes pièces, et les lecteurs se marrent bien en regardant tout ça. Balayés comme leur potes de cantine shoegaze par la vague britpop, Ride ferme boutique en 97 après une trilogie parfaite (« Nowhere », « Going Blank Again » et le très seventies « Carnival Of Light ») et un quatrième LP, « Tarantula », fraîchement accueilli voire démonté par quelques journalistes malgré un single efficace et l’apparition sur un titre de Jack Rieley, ancien manager des Beach Boys. 2017 : Tout ça est bien loin. Inutile de tenter de déterrer une hypothétique hache de guerre quand plus personne ne sait où elle a été enterrée. C’est sereinement que Ride vient s’expliquer sur son retour, et sur ce « Weather Diaries », très bonne surprise (l’imparable Cali, le magnifique et très Explosions in the Sky Weather Diaries,…) que personne n’attendait vraiment.

Premier album depuis presque 20 ans. En 2007, vous démentiez toute possibilité de reformation. Qu’est ce qui a changé ?

Andy Bell : Le temps, je pense. Même en 2012 ou 2013, je n’ai jamais pensé qu’on se reformerait. Nous sommes juste des hommes, on a le droit de changer d’avis. Même si ça peut parfois prendre du temps.

Mark Gardener : Les choses changent tout le temps, la vie est en mouvement. Et c’est bien ainsi.

Le fait qu’Oasis ait splitté en 2009 n’a pas influencé cette décision ?

Andy Bell : Pas vraiment, non. Ni à celle de Beady Eye. Nos retrouvailles, ça devait être pour quelques concerts étalés sur une période de 3 semaines. Qui se sont peu à peu transformés en 8 mois. A la fin de cette tournée, on avait joué pratiquement partout. On a alors senti qu’on était sur un vrai retour et qu’un nouvel album était envisageable. C’est venu progressivement. Faire un album pour faire un album, ça n’a aucun intérêt. On a laissé l’inspiration s’installer. Faire un album, c’est pratiquement comme réaliser un film. Tu as besoin d’avoir énormément d’idées. Et aussi de disposer de beaucoup de temps pour les concrétiser. Pendant les premières balances de la tournée, on avait des nouvelles séquences de batteries. On les jouait souvent, puis on a ajouté des guitares, ça a commencé comme ça.

Mark Gardener : C’est aussi dans la nature du groupe. Depuis nos débuts, dès qu’on est ensemble dans une pièce, on fait des jams, on essaye. Même quand on commençait à répéter pour les concerts, on avait plus tendance à chercher de nouvelles choses, à composer, qu’à répéter nos anciens morceaux. On a évidemment recadré tout ça quand les concerts se sont rapprochés.

Ce nouvel LP sort sur Wichita Recordings. Aucune major ne voulait de vous ?

Andy Bell : On avait plusieurs options. Major, indé, autoproduction en utilisant éventuellement les services offerts par une major, comme une bonne distribution par exemple. Wichita semblait la meilleure option. Parce qu’ils connaissaient très bien notre travail bien sûr. Mais aussi parce que Dick Green, l’un des co-fondateurs du label, avait déjà bossé à nos débuts quand on était chez Creation.   Wichita semblait donc l’option idéale pour faire le lien entre le passé et le futur.

Mark Gardener : Bosser avec Dick, c’est aussi une manière de payer notre dette pour ce qu’on lui devait, pour son implication à nos débuts qu’on avait pas forcément reconnu jusque-là. Et puis un label qui s’appelle Wichita avec un logo en forme de « lineman » est forcément cool pour quelqu’un qui aime Glen Campbell. C’était vraiment un morceau très spécial pour moi quand j’étais gamin.

Wichita est évidemment plus petit que Creation. Rien de frustrant là-dedans ?

Andy Bell : Non, vraiment. C’est plus petit, c’est vrai, mais ils font du très bon boulot. Ils ne sont que 4 ou 5 mais ils ont des licences avec des gros labels. Quand on commencé à évoquer le label qu’on voulait rejoindre, on ne parlait des gens avec qui on voulait bosser, pas de la réputation de tel ou tel label. A nos débuts, tout le monde associait Creation à Alan McGee. Mais il n’était pas tout seul dans le label, ils étaient au moins 3 ou 4. Un petit label, c’est cool, c,’est plus intime, on porte plus d’attention à ce que tu es, à ce que tu veux exprimer.

Mark Gardener : Au départ, Creation n’était pas un gros label. Bien sûr, il est devenu énorme avec le succès du premier album d’Oasis. Mais quand Ride a commencé, c’était pas du tout le cas.

Andy Bell : On avait aussi pour ce nouvel LP l’option de le faire sans aucun label. Mais ça semblait un pari un peu frustrant. L’idéal pour moi, c’est d’être dans un petit label, mais de pouvoir présenter le résultat de ton travail à tout le monde. Avec Wichita, c’est le cas.

Vous ne venez évidemment pas du DIY. Jusque-là, vous avez bossé avec des producteurs comme John Leckie ou Alan Moulder. Cette fois, c’est Erol Alkan, un choix assez surprenant.

Mark Gardener : Au début, on a commencé à le produire seuls. Mais à un moment, tu te rends compte qu’il faut laisser entrer une personne extérieure pour faire passer le truc à un niveau supérieur, pour le mener plus haut.

Andy Bell : Notre souhait, c’était aussi de pouvoir nous focaliser sur nos chansons, sur les compositions. Quand Erol est arrivé, on était déjà bien avancés. Mais on avait suffisamment confiance dans la qualité de ce qu’on avait pour laisser entrer quelqu’un de complètement nouveau dans le processus. On a de suite senti qu’il allait apporter quelque chose d’intéressant.

Pourquoi lui ?

On a pensé à plusieurs personnes, y compris Leckie, Moulder. Mais quand on a commencé à en parler sérieusement entre nous, on a compris que ce qu’on voulait, c’était vraiment du nouveau. Le nom d’Erol s’est pointé dans la conversation, et voilà. Je n’étais pas super familier avec son travail. Je le connaissais un tout petit peu, je savais qu’il bossait comme DJ. On s’est dit que ça pouvait être intéressant, mais ça aurait tout aussi bien pu ne pas l’être du tout. C’est quand même quelqu’un qui vient de l’électronique pure. C’est seulement quand on s’est retrouvés en studio que j’ai réalisé qu’il avait un gros background dans la production rock. C’était bien, ça a même rendu l’album un peu plus rock que ce que j’imaginais.

« J’ai eu peur, j’ai cru que tu allais nous parler de « Tarantula ». Chaque groupe a son moment d’enregistrement qui mérite un peu plus d’indulgence que les autres ».

Alkan a produit des groupes comme Mystery Jets, Late Of The Pier, Franz Ferdinand ou encore Klaxons.

Mark Gardener : A part Franz Ferdinand, je crois qu’on a jamais écouté un seul de ces groupes. J’avais juste acheté un cd de ce qu’il faisait. Un live à la Fabric, je crois. C’était de l’électro. Un peu flippant pour Ride, mais en même temps très intéressant. On savait ce qu’on avait déjà été capables de faire. Peut-être pouvait-il nous apporter autre chose ?

Andy Bell : La première fois que j’ai rencontré Erol, c’était justement à la Fabric. Il avait vraiment fait un fantastique set techno, de une heure à 5 heures du matin. J’étais là par hasard grâce à un ami. C’est aussi cette nuit là que j’ai rencontré Daniel Avery et Ghostpoet pour la première fois. Et tous me disaient être fans de Ride. J’en avais aucune conscience jusque là, mais le groupe a quand même marqué un peu de monde. Même si Daniel Avery est une sorte de magicien techno, sa musique est très onirique. Un peu comme la nôtre par moments. Erol, c’est pareil, quand il sort Hold on love, c’est de la techno minimale assez somptueuse. Être allé plusieurs fois là-bas, ça m’a donné des idées. James Murphy a aussi un club avec 2 Many Dj’s, le Despacio. C’est vraiment intéressant. Ils ont construit un incroyable soundsystem avec du matériel McIntosh. Dans ce club, le dancefloor est entouré d’enceintes et d’amplis, c’est dingue. Ils ne jouent que des vinyls, à des tempos assez lents. Le son est lourd, mais tu peux quand même parler à ton voisin, c’est très étonnant. Ils ne poussent pas du tout les amplis à fond. J’ai aussi croisé Erol là-bas.

Parlons un peu de « Carnival of Light », votre troisième LP. Il tient une place à part dans votre discographie, c’est un peu votre album de classic rock. Vous le surnommiez « Carnival of Shite »…

Mark Gardener : J’ai eu peur, j’ai cru que tu allais nous parler de « Tarantula ». Chaque groupe a son moment d’enregistrement qui mérite un peu plus d’indulgence que les autres… Pour nous, c’était ça. A l’époque, Andy et moi étions sur des longueurs d’ondes assez différentes. « Carnival of light », ça allait encore même si on se sentait moins unis comme groupe. On devait déjà sentir qu’on finirait pas splitter.

Andy Bell : Je me souviens qu’on avait assez peu tourné pour le promouvoir mais on était passé en France, pendant la saison du beaujolais nouveau ! C’est assez étrange, la plupart des gens qui nous ont découvert avec cet album ont un fort attachement pour lui.

Mark Gardener : « Tarantula » par contre, ça avait vraiment été difficile à faire pour moi. Mais les autres, ça reste des souvenirs exceptionnels.

« Coucou c’est nous »

« Carnival of light », c’est un hommage aux Beatles ?

Andy Bell : Oui. Ils avaient composé ce morceau expérimental, Carnival of light, qui n’est jamais sorti nul part. Je ne l’ai jamais entendu, je ne sais même pas s’il existe vraiment. C’est marrant, parce qu’on était à Abbey Road il y a quelques semaines. Sur un mur, il y avait un questions/réponses de «Georges Martin sur les Beatles. Le mec derrière moi le lisait à voix haute et tout à coup il dit « Pensez-vous enregistrer Carnival of light un jour » ? (Rires)

« Notre première clope, on l’a partagé ensemble, ça crée des liens ».

A cette période, le groupe n’allait pas fort. En quoi est-ce plus facile aujourd’hui ?

Andy Bell : Ca nous dévore moins de l’intérieur. On a des familles, etc. Mark et moi, on a mené des vies assez différentes depuis 20 ans. C’est vraiment une chance, un truc inouï que nous ayons encore envie d’évoluer en tant que groupe, de faire grandir Ride à nouveau. C’est beaucoup plus zen aujourd’hui, fini les histoires de clans.

Mark Gardener : J’ai commencé à revoir Steve (ndlr : bassiste) il y a quelques années. On a même joué avec son fils et son père. On jouait, trois générations dans la même pièce. Ca m’a donné envie de continuer. On était déjà ensemble à l’école, on se connaît depuis qu’on a 13 ou 14 ans. Notre première clope, on l’a partagé ensemble, ça crée des liens.

Les médias ont toujours associé Ride aux guitares. La basse de Steve est pourtant essentielle dans les mélodies du groupe.

Andy Bell : Avant Ride, Steve jouait dans un groupe de reggae. Il joue de la basse comme s’il jouait de la guitare. La distorsion qu’on entend dans notre musique ne vient pas que de nos guitares, elle vient aussi de sa basse. C’est évidement un élément essentiel du groupe, comme peut l’être Debbie Googe dans My Bloody Valentine.

Andy, Steve était guitariste et il est devenu bassiste. Tu as suivi le même chemin quand tu as lâché la guitare de Ride et d’Hurricane N°1 pour devenir le bassiste d’Oasis.

Andy Bell : A l’époque, je ne me suis pas vraiment posé la question. C’était cool. Un nouveau truc à apprendre.

Mark Gardener : j’ai aussi fait pas mal d’essais à la basse pour des groupes, ou avec Loz à la batterie. Je crois que j’aurais beaucoup aimé être un bassiste. J’adore cet instrument.

Ride ou l’art de poser naturellement pour l’objectif

En devenant bassiste d’Oasis, tu quittais le leadership d’un groupe (NDLR : Ride, puis Hurricane N°1) pour devenir le membre plus anonyme d’un autre groupe.

Andy Bell : A ce moment là, ça ne me posait pas de problèmes. J’étais heureux de retrouver un peu d’ombre, même si c’était pour rejoindre un groupe en pleine lumière. Les responsabilités du groupe ne pesaient pas sur moi, c’était cool.

Mark Gardener : Je comprends aussi très bien ce qu’a pu ressentir Andy à cette période. D’une autre manière, je ne suis moi aussi pas sorti intact du leadership du groupe. Quand on a splitté, je suis venu passé quelques années en France, dans des endroits parfois très reculés. C’était une réaction normale.

« Rester anonyme en étant membre d’un groupe qui marche, c’est du boulot. Faut s’appeler The Residents ou Daft Punk pour y arriver ».

A cette période, les rapports avec les médias étaient plus tendus qu’aujourd’hui. Est-ce que ça a joué un rôle dans la séparation du groupe ?

Andy Bell : L’histoire de Ride dans les médias était toujours racontée de la même manière, des copains d’enfance qui avaient monté un groupe. Ride, c’était une histoire d’amitié. Voilà l’angle des médias à l’époque dans quasiment chaque papier. Alors quand tout s’est terminé, ça a été difficile, on avait aussi l’impression que notre amitié s’achevait. Pendant quelques temps, nous sommes devenus un centre d’attention médiatique dans le mauvais sens du terme. Quand le tsunami s’est calmé, on était vraiment heureux de passer à autre chose. La fin de Ride, ça a été très dur pour nous quatre je pense. C’est étrange, au début du groupe, on réclamait de l’attention médiatique en permanence. Puis cette exposition est arrivée et parfois c’était franchement inconfortable. On nous faisait dire des choses, on transformait nos propos. Plus on grossissait, plus on avait l’impression de ne plus être des personnes normales, mais des superstars de plus en plus chiantes et prévisibles. Mais ce n’est pas nous. Ni Mark ni moi n’étions Elvis. Nous sommes plutôt timides, en réalité. C’est le revers du succès. Le prix à payer. A la fin, on voulait juste que tout le monde nous laisse tranquilles.

Mark Gardener : J’ai évidemment pas eu le parcours d’Andy après le split, mais je le dis sans regret, ce que je n’aime pas dans la musique, c’est tout le cirque qui va avec.

Andy Bell : Rester anonyme dans un groupe qui marche, c’est du boulot. Faut s’appeler The Residents ou Daft Punk pour y arriver

Mark Gardener : Je connais un des Daft Punk, et c’est vrai que leur manière de faire, leur trajectoire depuis leurs débuts, leur vision…Tout est incroyable. Je connais aussi le leader du groupe Assassin. Il m’a fait découvrir beaucoup de musique française, et ne voulait pas trop s’exposer non plus. Quand je vivais en France, les mecs du coin où j’étais étaient complètement fous de ce groupe de rap. En partant vivre en France, je pensais me nourrir uniquement de fromage et de vin. J’avais évidemment tort.

« Ride avait le songwriting, Primal Scream l’attitude. Oasis avait les deux… »

Impossible de vous quitter sans évoquer « Tarantula », votre album de 1996 qui s’était fait détruire à sa sortie par les médias.

Andy Bell : Je crois qu’ils n’avaient pas vraiment besoin de nous le dire. L’accueil était rude. Ce n’était pas du tout une bonne période pour nous. Quelques personnes nous ont défendu, je me souviens que le mec du Herald Tribune adorait Black Nite Crash.

Mark Gardener : C’était le temps de notre crash.

Ce n’était pas uniquement le vôtre, mais celui du shoegaze, remplacé par la britpop. A l’époque, on avait l’impression qu’avec « Tarantula », vous tentiez d’attraper le train de la britpop au passage.

Mark Gardener : Je ne partage pas du tout cet avis.

Andy Bell : C’est vraiment atroce de l’entendre présenter ainsi. Mais je peux comprendre qu’on essaye de l’expliquer comme ça a posteriori. Ce qui est sûr, c’est qu’à ce moment là, je n’écoutais quasiment plus qu’Oasis. Leur premier album, c’était un truc fantastique. Ils sont apparus vers 93-94, et on a écrit les chansons de « Tarantula » vers 95. Ca a forcément eu une influence importante. J’adorais leur approche « Back to basics ». Mais on n’a jamais voulu faire de britpop avec « Tarantula ». C’était surtout une réaction à « Carnival of light » qui avait été très long à enregistrer. On voulait quelque chose de plus sec, de plus immédiat. En plus on avait mis des plombes à le faire et ensuite on avait peu tourné pour le défendre. C’était frustrant, on ne voulait surtout pas s’embarquer dans le même process. « Tarantula », c’était notre « Back to basics » à nous. Du rock’n’roll, vite fait. Ca marchait bien sur Black Nite Crash mais la plupart des autres morceaux (NDLR : tous écrits par Bell, sauf un par Gardener/Rieley) ne fonctionnaient pas aussi bien. Le résultat final n’était en tout cas pas celui d’une stratégie consciente pour faire de la britpop, mais seulement du processus d’enregistrement d’un album.

Vous étiez sur le même label qu’Oasis. Eux en pleine bourre, vous en pleine chute. Vous n’étiez plus la priorité d’Alan McGee, le boss du label, si ?

Mark Gardener : Forcément. Mais c’était normal. Le succès d’Oasis a été si massif, si rapide. Ca a tout changé pour le label.

Andy Bell : Faisons un peu d’histoire. A notre arrivée sur Creation, le label était situé ailleurs, dans d’autres locaux. C’était encore très innocent, ça sentait les débuts. La sensation que j’avais, c’était qu’Alan et Dick était en phase de construction, que le label se développait progressivement. House of Love et Jesus and Mary Chain les avait quittés pour tenter de devenir un énorme groupe sur une major et ça n’avait pas complètement fonctionné. Quand on a commencé sur Creation, on n’était pas encore très gros, mais on était persuadés qu’on deviendrait au moins aussi gros que les Beatles. Ou Primal Scream si tu préfères. En Angleterre, ils étaient déjà énormes. Mais trop drogués pour être des rockstars. C’était évidemment des rockstars, mais bien trop rock’n’roll et indisciplinés pour exploser dans le monde comme Oasis le fit ensuite. Ride avait le sonwriting, Primal Scream l’attitude. Oasis avait les deux, l’attitude et un la maîtrise du songwriting classique. Celui des Beatles. Des morceaux faciles d’accès, courts, mélodiques, universels. Pour Alan et Dick, c’était forcément le groupe ultime pour Creation.

Pour toi, ce fut donc quelque chose de naturel de les rejoindre ?

Quand Ride a splitté, je n’ai pas immédiatement rejoint Oasis. Entre temps, j’ai monté Hurricane N°1. On avait sorti deux albums. Notre chanteur se faisait tout le temps chambrer par les Gallagher. Deux mecs du groupe se sont barrés en plein milieu d’une crise et Oasis m’a proposé de les rejoindre. C’était vers 1999. J’ai accepté. Quand j’y repense, c’est marrant de les avoir rejoints ainsi alors qu’ils critiquaient tout le temps Hurricane N°1 dans les journaux.

Ride // Weather Diaries // Wichita Recordings (PIAS)
https://www.thebandride.com/

 

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