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Rencontre avec Lester Brome, le roi de Rennes

Entre les survivants de la troisième guerre mondiale de Chris Marker obligés de vivre sous la surface et le terrorisme poétique d'Hakim Bey en lutte contre la musique de supermarché et le contrôle de votre âme, que reste-t-il encore de l'underground? Pour faire le point, j'ai rencontré Lester Brome, responsable du label Kerviniou Recordz et activiste musical anarchiste bien connu des bars de Rennes.

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Qu’est-ce que ça veut dire pour toi, la musique underground en 2017 ?

Il s’agit peut être de la non visibilité médiatique, l’absence d’argent publique (subventions). La musique underground c’est juste de la passion, une certaine insouciance sans doute aussi quand il s’agit de sortir des disques, de faire tourner des groupes, d’organiser des concerts, festivals. Je ne sais pas trop ce qu’on entend vraiment par le terme underground. En tout cas, ce n’est pas un but à atteindre et puis on trouvera toujours plus underground que soi, je crois.

Quels sont les lieux, les gens qui représentent cette musique pour toi à Rennes ?

Des lieux atypiques comme l’Elabo par exemple et surtout des tas de gens qui se bougent pour organiser des choses. L’association Tendresse et Passion et son QG le Terminus, les agités du bocal, L’Alambik, Consternation. C’est toujours un peu chiant de lister parce qu’on va en oublier pas mal, d’ailleurs j’arrête la liste tout de suite.

« Si vous montez un label pour vous faire des couilles en or, il faut surtout arrêter tout de suite. »

Le festival, les concerts…. à ne pas manquer cet été en Bretagne ?

Le Binic Folk Blues Festival fin juillet, une programmation rock, blues, garage. La programmation est terrible et en plus ils réalisent l’exploit de la gratuité totale. Cette année on retrouve The Blind Shake par exemple, une grosse dose de rock’n’roll en pleine poire. Seb de Beast Records participe à la programmation, d’où chaque année un arrivage de groupes australiens assez conséquent. Il y a aussi le Festival Visions le premier week-end d’août au Fort de Berthaume dans le Finistère. Le cadre est formidable, la programmation plus qu’audacieuse, c’est sans doute le truc à ne pas rater cet été d’autant plus que l’ambiance est assez folle. Ce sont les gens des Disques Anonymes qui organisent ça, ils ont aussi un label. Un festival qui malheureusement n’aura pas lieu cette année mais c’est important de le signaler, le Tapette Fest à Campénéac dans le Morbihan parce que là pour le coup, c’est underground. C’est l’asso Tendresse et Passion qui s’occupe du festival.

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Rennes faisait figure de première de classe en terme de découverte musicale dans les années 90, aujourd’hui on a l’impression que les choses se sont beaucoup calmées, que les groupes jouent plutôt à Nantes. Est ce parce que certains lieux de concerts ont été fermés ? 

Ce n’est pas du tout ce que je vois à l’heure actuelle. Il y a des choses à écouter, à voir presque tous les jours à Rennes. Certes des lieux ont fermé mais d’autres ont ouvert. En ce moment il y a des lieux, des assos, des groupes, des labels, des disquaires, des webzines donc ça bouillonne pas mal. On ne galère pas beaucoup quand on cherche un lieu pour un concert et pourtant l’offre est conséquente. Je ne suis pas sûr qu’il y ait autant de bars concerts à Nantes en fait. C’est toujours assez bizarre cette rivalité entre les deux villes, surtout que tout le monde sait depuis longtemps que Rennes, c’est bien mieux, aha.

Tu fais partie de Kfuel, une association qui organise des concerts noise depuis plus de 20 ans, tu peux nous raconter cette aventure ?

C’est une vielle asso créé en 1994, moi j’y suis rentré en 2006. L’envie de départ n’a pas changé, on organise des concerts des groupes qu’on veut voir, ça peut paraître un peu simpliste mais c’est vraiment ça. Beaucoup de groupes ne joueraient pas à Rennes et ça nous obligerait à faire des kilomètres pour les voir et revenir dans la foulée complétement bourrés donc c’est mieux qu’on les fasse jouer ici. En fait on fait de la prévention routière quelque part. On a aussi une émission de radio sur Canal B, Kérozène tout les jeudis, les émissions sont toutes sur notre site avec les playlists, kfuel.org. Nous sommes actuellement une dizaine, certains quittent l’asso, reviennent parfois quelques années plus tard. Il y a pas mal de gens à être passé par Kfuel en 23 ans. 

« Nous n’avons pas de subventions et nous n’en voulons pas. »

En France, il y a très peu de gens qui arrive à produire de la musique ou des concerts sans subventions, c’est même plutôt la norme. Votre fonctionnement est plus proche du DIY américain ?

Je ne sais pas trop comment se passe les choses là bas mais les assos dont nous nous sentons proches font comme nous. On loge les groupes à la maison, on prépare la bouffe etc… Nous n’avons pas de subventions et nous n’en voulons pas donc on se doit d’être impec au niveau de l’accueil des groupes. D’ailleurs, ça se passe toujours très bien avec les groupes, il y a bien une ou deux exceptions mais je ne les citerai pas, ça leur ferait trop de pub. Dans Kfuel et dans Kerviniou Recordz, nous avons la chance d’avoir des musiciens, des techniciens aussi.. donc nous sommes autonomes. Il ne faut pas oublier que même sans subventions, on peut en profiter indirectement. Quand, par exemple, on organise un concert au Jardin Moderne, c’est un lieu subventionné donc on en profite un peu.

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(C) RÈmi Goulet-Stojanovi

Quel est ton meilleur souvenir de concert en tant qu’organisateur ?

N’en citer qu’un c’est dur alors je vais plutôt raconter une anecdote. C’était en 2005 ou 2006 avec une asso qui n’existe plus, on a programmé Cheveu au Mondo Bizarro et on a fait 9 personnes dont deux payantes mais les deux personnes sont reparties avec un disque. Personne ne connaissait encore Cheveu et on s’est bien marré avec eux, depuis on se voit régulièrement notamment avec les autres projets de certains membres du groupe. S’ils repassaient au Mondo Bizarro maintenant, je crois qu’on pourrait viser les 18 entrées.

Vous avez aussi une émission de radio sur Canal B qui s’appelle Kérosène et récemment tu as monté ton label, c’est un aboutissement ? 

Un aboutissement non. D’ailleurs l’histoire du label part d’un barbecue chez des amis, au cours de la soirée on s’est mis à quelque uns à chercher un nom de label bien pourri, Kerviniou Recordz est apparu et quelques mois après on sortait un premier disque, « Spit In The Air And Take Out Your Umbrella » de Tom Bodlin conjointement avec le label palois A Tant Rêver Du Roi. Depuis, on s’est pris au jeu et on doit être à une bonne douzaine de sorties.

Est ce que c’est possible d’avoir un label sans faire appel aux subventions?

Oui bien sur mais il faut bien avoir conscience de deux trois choses. On ne peut pas sortir tout ce qu’on souhaite et surtout il ne faut pas craindre de perdre de l’argent. Si vous montez un label pour vous faire des couilles en or, il faut surtout arrêter tout de suite et se lancer dans les pompes funèbres, ça au moins, c’est rentable.

https://kerviniourecordz.bandcamp.com/

Le reste de la région Bretagne et de la France entière est à retrouver dans le nouveau numéro de Gonzaï spécial Gaule Underground. 

Gaule

 

15 Comments

  1. jean-fraançois Pauvros

    18 juin 2017 at 13 h 53 min

    çà doit pas tout les jours rigoler a table avec sa gueule de riz de veau.

    • Demeko

      18 juin 2017 at 16 h 51 min

      Sur son lit de polenta… On voit bien que tu ne connais pas bien notre chef saucier…

    • KristyMarlanaWallace

      18 juin 2017 at 19 h 22 min

      On peut voir la tienne?

    • jean pierre marsal

      19 juin 2017 at 10 h 15 min

      je pensait pas que la répartie de Marine Le Pen pendant le débat de l’entre deux tour aurait autant d’influence sur les guitaristes expérimentaux, à croire que les attaques méchantes et gratuites deviennent la norme…ou alors que les gens vieillissent de plus en plus mal…tristesse

    • Jean-François Pauvros

      19 juin 2017 at 21 h 29 min

      Je ne suis pas l’auteur de cette plaisanterie bien peu amusante et je n’emploierais jamais le mot « gueule » sauf pour parler d’animaux ou de fleur. Quoiqu’il en soit l’usurpation d’identité est un acte anti-libertaire, aujourd’hui les usurpateurs ont un parti: « En marche », rejoignez-le, si ce n’est déjà fait.

      • Yves le driant (usurpé?)

        20 juin 2017 at 9 h 21 min

        ce ne doit pas être les j f p vu l’ortographe, mais des gueules dans le chaud bizz du ‘jazz’ & ‘ruck’ y ‘a tom novembre, e, jaumet, ch couture, capdeveille, e Mitchell, j, Halliday, j Dutronc, f cabrel, r devos, fr Fernandel, dick rivers, , bourvil, , si t’as une ‘gueule’ serre t’en , mais surtout pas que sur ton portrait livre sur les réseaux,

  2. Lester Brome

    18 juin 2017 at 15 h 03 min

    Je suis plus flan que riz de veau.

    • pänzër in the bäth

      19 juin 2017 at 11 h 09 min

      popiettes de cerfs!!nah!!

  3. Dino Kun Nawashigerii

    18 juin 2017 at 16 h 34 min

    Ceci me semble bien être une bonne vision de ce qu’on définit d’artiste ou musique underground. Pas de visibilité médiatique, absence voir refus de subventions. L’art reste à l’état sauvage

  4. SYD

    18 juin 2017 at 21 h 46 min

    La tronche à Pauvros, elle donne envie d’être végétarien par contre.

  5. [email protected]

    19 juin 2017 at 10 h 25 min

    De la guitare chez Hanouna ! Putain nickel les attaques sur l’apparence physique. Chouette interview sinon !

  6. Greg Reju

    19 juin 2017 at 10 h 31 min

    J’adore les riz de veau !
    C’est vrai Lester, quand même, nous imposer ton visage ingrat sur un webzine, c’est pas très fair play. Mais t’es mon ami, alors je te pardonne.

  7. Paboeuf

    20 juin 2017 at 10 h 34 min

    Moi, je le trouve bien cet interview !

  8. Pingback: Release party de Ex-Fulgur au Mondo Bizarro – Analogic

  9. JohnnyK

    24 juin 2017 at 13 h 00 min

    L’attaque absurde sur le physique provient certainement d’un membre frustré d’un groupe que Kfuel ou Kerviniou n’a pas fait programmé.
    Et peut-être même nantais.

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