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RECKONWRONG SE SERT DE SES LÈVRES POUR TE MONTRER OÙ EST SA BOUCHE

A 25 ans, la discographie d’Alex Peringer est comme les bonnes nouvelles : courte et pleine de surprises. "The Passions of Pez" est son troisième disque. Il vient de sortir chez Whities, le label qui s’occupe sa musique depuis deux ans. Une histoire courte mais assez singulière pour qu’on s’y intéresse : selon à qui vous posez la question, il est DJ, producteur et peut-être bientôt chanteur.

Les producteurs de techno font de la musique rien qu’avec un ordinateur. Souvent ils s’y mettent seuls, tâtonnent et lisent des tutos sur internet pour mettre au point leurs techniques, leurs habitudes. C’est comme ça qu’ils se différencient les uns des autres. Alex Peringer, lui, a d’abord appris la composition.

Son histoire pourrait commencer à 1h d’avion de Brixton, où il est né. A la rentrée 2012, le compositeur anglais Richard Ayres, qui vit aux Pays-Bas depuis la fin des années 80, le voit débarquer dans sa salle de classe du Conservatoire d’Amsterdam. Une décision de dernière minute, une nouvelle aventure qui l’a pris aux tripes par surprise en ouvrant sa lettre d’admission. Alex Peringer est accepté, il prend un aller simple pour Amsterdam.

Richard Ayres ne lui apprend pas à écrire la musique, ou pourquoi telle note serait plus belle qu’une autre. Ce n’est pas ça qu’on apprend en cours de composition. Ce qui lui va bien, il a rejeté depuis un moment l’idée que les morceaux compliqués sont les meilleurs. La technique est aussi « utile qu’intimidante » comme il dit, à mille lieux de l’instinct, de l’oreille et de la chance aussi. Richard Ayres lui apprend plutôt à développer sa créativité. Quand il rentre des cours, il allume son laptop, s’assoie devant son synthétiseur et s’essaie à la musique électronique.

En même temps qu’il met au monde Pez, son alias, il apparaît sur Soundcloud, on le découvre par hasard. A l’autre bout de la connexion, c’est le label hollandais Pinkman, dont le boss vient d’écouter la démo de Morton. Déjà, on écoute ses sonorités curieuses (Especially Fo You), rien à voir avec les musiques de danse purement fonctionnelles que l’on trouve au kilomètre sur le site suédois. Alex Peringer incarne le musicien moderne, le bagage théorique en plus.

Pour comprendre comment cet obsédé du pas de côté s’éloigne aujourd’hui d’une techno conventionnelle avec The Passions of Pez, que les plus érudits qualifient d’ “avant-pop”, il faut alors revenir à Londres.

Alex, pas encore Pez, pas encore Reckonwrong, n’a pas découvert la musique électronique aussi vite qu’on se tape la tête par terre à trop s’abrutir dans les mauvais clubs du quartier. Lui qui ponctue une phrase sur trois de « ha » ou de smiley le dit lui-même :  il était« plutôt un ado prétentieux ».

Enfant, il joue du trombone, du violoncelle, un peu de piano. Il se passionne pour Scriabin joué par Glenn Gould et On an Overgrown Path du compositeur tchèque, comme son père, Janacek. Et puis merde, à la fin. Même s’il s’intéresse de plus en plus aux petits trucs qui font les grandes oeuvres, Alex a 14 ans et va voir Death From Above 1979 et ça lui change la vie. Ce soir-là, Jesse Keeler est le truc le plus dingue de la terre. MSTKRFT qu’il forme ensuite le fait glisser vers la musique électronique, comme aussi les émissions de radio de John Kennedy sur XFM et celles de Mary Anne Hobbs sur Radio 1. Mais pas que. Sur son premier iPod, on trouve aussi Throbbing Gristle à côté des Libertines, entourés de morceaux de Venetian Snares qu’il télécharge sur les plateformes suspectes de peer-to-peer ou les forums spécialisés.

Comme tous les ados du début des années 2000, Alex Peringer est une éponge, il se nourrit de tout, de musique classique autant que de musique indie ou électronique et trouve sa singularité : autant ne pas choisir son genre et tout ingurgiter, par honnêteté. Une démarche qui lui donne toujours un temps d’avance sur l’auditeur, si l’on écoute son dernier mix pour FACT Mag jusqu’au bout. On y croise Ron Hardy, Psychic TV, I Jahbar et Shit & Shine, des noms qu’on auraient pas imaginé jouer des coudes dans un seul mix avec autant d’évidence. Pour ce roux aux cheveux courts qui ne cesse de sourire en racontant son histoire, c’est normal : « l’ambiance super morose, sérieuse, qu’on retrouve dans pas mal de musique d’aujourd’hui, ou toute la techno industrielle qu’on peut écouter en ce moment, me rebute pas mal. Emotionnellement, c’est tellement irréaliste. Et souvent, c’est pas très amusant ». Un point de plus pour Reckonwrong.

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On l’entend souvent, pour être le roi du monde il est conseillé de commencer par son quartier. En 2015, alors que tout son entourage a quitté Amsterdam, qu’il perd son temps dans le café qui l’emploie, le voilà revenu à Londres. Il s’y sent mieux, retrouve ses amis et l’ambiance des clubs qu’il aime, moins distant que ceux qui fleurissent aux Pays-Bas. Il ne revient pas les mains vides, il a dans ses bagages l’intégralité de son premier EP pour Whities, prêt à sortir à peine descendu de l’avion qui le ramène à la maison.

Programmateur des Boiler Room à Londres et présentateur sur NTS de l’émission 88 Transitions, Nic Tasker vient de prendre les commandes du label, sous-division de Young Turks (Jamie XX, FKA Twigs…). A écouter les gémissements fainéants du très post-punk Magical Journey, Reckonwrong amène tout de suite une autre dimension au label, déjà bien fourni en révélations (Terron, Minor Science). Il apporte un peu plus de dérision, d’humour dans un genre qui s’y croit souvent un peu trop. Il dénote si bien que FACT Mag, encore eux, le choisit dans la liste des 10 producteurs à suivre en 2016. Sa musique a pris de l’épaisseur, elle est maintenant riche et généreuse. Et surtout, Alex Peringer prend confiance en lui.

Sur la pochette de The Passions of Pez, il pose torse-nu sous sa veste, une rose à la main, façon Blitz Kids de la techno. Il a quelque chose d’Arto Lindsay, il me cite la phrase qu’il préfère du pape no-wave. Elle se trouve dans More Light des Ambitious Lovers: “I use my lips to show you where my mouth is”. Bien vu, on n’aurait pas pensé à lui donner la parole s’il ne s’était pas mis, lui aussi, à dire quelques mots par dessus sa musique. Quand on sait qu’il zézaye, on s’étonne même de ne pas trouver sa voix noyée sous une tonne d’effet, comme avant.

The Passions of Pez est une chanson bancale, un morceau ultime pour les désossés, les désarticulés qui attendent autre chose qu’un banger bête et méchant sur les pistes de danses. “J’ai envie d’aller plus loin dans cette direction, même si j’ai commencé par travailler sur The Passions comme un titre de club. Ca a eu du sens d’apporter ce côté pop à un moment, en ajoutant les paroles. Pour être honnête je trouve toujours que c’est un titre club, mais un titre club un peu chelou”.

Comme tous les musiciens qui débutent, Alex pense déjà à la prochaine sortie, “ha”, mais n’est pas encore vraiment satisfait du résultat. Parfois, l’impatience prend le dessus mais une petite voix lui dit de prendre son temps. On revient à Richard Ayres, son professeur qui lui avait conseillé de toujours aller en musique là où il y a le plus de caractère, loin de ce qu’on attend de lui. Une bonne idée quand on est loin d’avoir tout dit, qu’on chante “ne t’en fais pas chérie, ça pourrait très bien tomber à l’eau” et que sa discographie est encore courte comme 3 EPs.

Reckonwrong // Whities 009 // (Whities)
https://soundcloud.com/reckonwrong

 

 

2 Comments

  1. moderne ?

    8 décembre 2016 at 10 h 56 min

    est ce qu’ils l’ont dans le choppe de risk ?

  2. MOSCOW

    9 décembre 2016 at 10 h 21 min

    D PETS, DU FRIC-, D TEUBES-

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