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Postcoïtum : attention, orgasme public

Il est minuit quand le duo marseillais finit d'éjaculer son vertige existentiel sur scène. Comme à la suite d'un bon coït, je me sens bien plus détendu après la perf', si bien que je ne peux m'empêcher de proposer à la paire que je viens de découvrir une interview « post-coitum » de dernière minute.

Un soir de juillet 2017, à Paris. Alors que je pense passer une soirée tranquille à écouter de la musique, boire des bières et discuter entre potes, il est très exactement minuit quand je suis soudainement attaqué par une envie pressante : il faut à tout prix que j’aille travailler. Les vrais responsables de cette irrépressible envie de se mettre à bosser en plein milieu de la fête sont deux gus marseillais qui viennent de me clouer au plancher avec une performance animale qui m’a fait accéder sans même me prévenir au Graal suprême de l’existence humaine : l’extase. Mais comment s’appellent-ils, au fait ? Une amie du groupe que je hèle juste après le coït vient à ma rescousse: « ils s’appellent Postcoïtum ». Mieux qu’une longue bio qui donne envie de bailler au bout de 5 minutes, la douce voix féminine d’une copine souriante qui vous susurre à l’oreille que le nom du groupe qui vient de vous retourner sur place est une référence direct au rapport sexuel. J’aurais pas dit mieux, parce que j’étais justement en train de redescendre du 7e ciel après une heure d’orgasme sur la place publique. La recette de cette purge sonore aussi bonne qu’une partie de jambes en l’air ? Un battle absolument parfait entre deux mecs qui se vident sur scène comme si leur vie en dépendait : à ma droite, un batteur complètement fou dont l’idée fixe est de faire tout son possible pour éclater ses fûts à la vitesse de la lumière ; à ma gauche, un homme machine tout aussi fou, qui écrase les notes de ses machines synthétiques avec les yeux de Jack Nicholson dans Shining tout en hurlant de temps à autre quelques bribes de mots prophétiques. Plutôt que de se faire chier à écrire des paroles à la con qui feraient sans doute chier tout le monde, Damien Ravnich et Bertrand Wolff prennent le parti d’une éjaculation sonore sourde, pure et violente. Comme le sexe en plus propre, puisqu’il n’y a pas de Tampax à mettre à la poubelle à la fin. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, je me retrouve donc à taper la discute avec Postcoïtum, dont je ne connaissais pas l’existence une heure auparavant. Comme les meilleures orgasmes, c’est qu’ils arrivent le plus souvent sans prévenir.

Salut « Postcoïtum ». Comme je vous ai découvert là ya même pas 5 minutes, vous pouvez me faire une petite bio rapide à l’oral ?

Bertrand Wolff : (machines, synthés, folie): C’est un duo batterie-machines créé en 2011 à Marseille, autour de l’improvisation, des formes électroniques, des formes jazz, de multiples influences.. Damien Ravnich : (batterie, rythmes insensés): On a un parcours assez différent quoi..

C’est à dire?

Damien Ravnich : Moi j’ai fait une école de jazz batterie, après je me suis intéressé aux musiques improvisées, pour arriver vers du rock, du math rock.. Avec Neu ! et compagnie.. Des formes rock un peu free.

Ok, une formation très classique donc.

Damien Ravnich : Ouais, ouais. École de musique, Conservatoire.. Bertrand Wolff : Ouais, moi je viens des Beaux-arts au départ. Après j’ai fait le conservatoire en électro-acoustique, aux origines de la musique électronique avec les deux Pierre (Henry et Schaeffer, NDR), la musique concrète, acousmatique..

OK, Postcoïtum c’est donc pas un peu l’envie de mélanger cette culture « intello » avec un côté plus nerveux, plus primitif ? L’inaccessible avec l’accessible ?

BW : Ouais, un peu, c’est vrai.. Après c’est surtout l’idée comme disait Pierre Shaeffer, «d’amener des positions d’écoute différentes » (moi qui pensais ne jamais replonger dans ce jargon musico-scientifique à décorner les gazelles, NDR), c’est l’envie de départ, après je sais pas si on y arrive tout le temps.. Tu vois dans notre dernier EP « Learning To Be Me » y’a des titres très rythmiques et d’autres qui sont purement de la musique acousmatique. En live c’est pareil il y a une certaine recherche sonore, on travaille sur plusieurs points d’écoute..

« Mettre en scène les ébats »

Ouais je comprends bien, j’ai vu ça en fac’ de Musicologie. Ce qui est marrant c’est que le public ne s’en rend pas du tout compte de tout ça, mais il rentre dans la musique tout autant..

DR : Ben tant mieux parce que c’est le but du projet : l’expérience, l’improvisation dans l’instant..

C’est ça qui est intéressant. Il faut que l’expérience soit nouvelle à chaque fois. Sinon j’ai remarqué que vous avez une formation très rythmique, entre la batterie et les pads rythmiques..

BW : Ouais c’est clair, j’ai tendance à faire pas mal de boucles avec mon pad en plus, haha.

Et du coup un autre point directement lié à celui-ci, j’ai trouvé votre musique très sexuelle alors que je connaissais même pas votre nom..

DR : Hum.. (il ne sais pas quoi répondre, Ndr) On nous a reproché souvent que nos morceaux duraient pas assez longtemps, du coup on a rallongé le set, et ça a l’air de convenir au public..

Et alors l’orgasme, il arrive pendant ou après le concert ?

DR : Il arrive pendant, complètement pendant.. Le « post-coitum » de fin de concert, c’est de se fumer une petite clope, comme après l’amour. BW : Après à l’origine, et c’est exactement le nom de notre 1er album « Postcoïtum/animal triste », le nom du projet vient de la citation latine « après l’amour tous les animaux sont tristes » ; on fait justement plus référence à la mélancolie de l’animal après le coït qu’au plaisir sexuel à proprement parler. DV : Les deux premiers albums ont des longues introductions un peu planantes qui reflètent cette mélancolie là. C’est moins le cas maintenant, d’où ton analyse sur le côté sexuel.

Intéressant. Sans même parler de sexe, tu as un côté « Ian Curtis » durant le concert, très nerveux, comme une espèce de purge cathartique, où tu te vides sur scène..

BW : Oui, oui oui, c’est vrai, ahaha. Après ça dépend de la partenaire….

Justement là t’as trouvé le bon. Et je trouve ça hyper beau de voir deux mecs se vider ensemble sur scène, comme une purge encore une fois..

BW : Oui, oui. Justement dans la construction des morceaux c’est peut-être un prétexte à créer cette situation là.. Mettre en scène les ébats, si tu veux.. DR : On est deux partenaires, de scène. BW : Arrête arrête..

Aussi lié à ces ébats, il y a cette idée de transe qui paraît fondamentale.

DR : Ouais on le travaille d’autant plus pour la scène, avec toujours de longues introductions. Une entrée de festival ça peut complétement s’y prêter, parce que tu fais monter la sauce petit à petit ; et puis quand tu sens que les gens ont besoin que ça envoie, ben tu envoie la sauce.

« Tu sais que tu te remplis pas les couilles là-dedans.. »

 Vous venez donc de Marseille. Vous avez des endroits cool à nous recommander ?

DR : On a bossé pas mal avec l’Embobineuse, la salle bien punk underground de Marseille, mais pas que.. Ils ont déjà fait joué Spaceman 3 ! Après il galèrent un peu, ils sont pas en centre-ville…

J’en connais une au nom marrant qui s’appelle la « salle gueule », c’est bien ça ?

DR : Ouais c’est associé en fait tout ça : l’embob'(ineuse), la salle gueule, Data, L’Asile 404.. Y’a un vrai réseau de potes dans cet esprit un peu punk, du coup c’est assez enrichissant pour nous, et je connais pas tout le monde encore. Après ce sont des salles « 3 euros les 3 concerts », tu sais que tu te remplis pas les couilles là-dedans.. BW : Contrairement à ce qu’on pense, Marseille est vachement riche.. Ce qui est dur c’est de gagner sa vie ! Il faudrait qu’on pousse plus notre côté mainstream, parce que pour l’instant même les SMAC elles veulent pas de nous..

Ahahah, il est bien caché pour l’instant. Pour finir est-ce que Gonzai pourrait avoir une petite exclu sur vos prochaines sorties ?

DR : Ouais alors le prochain truc à venir c’est un duo entre deux duos, nous et un autre groupe complètement obscur qui s’appelle Motto, des potes de Marseille. On a une résidence d’une semaine avec eux en septembre,  on va voir ce qui ressort.. Ca s’appelle Mottoïtum. Quant à Postcoïtum on prépare un nouvel album pour 2018. On bosse aussi pour le théâtre, le cinéma.

Ah, vous bossez dans le cinéma aussi ?

BW : Ouais, des musiques de film..

Quel genre de film, du porno triste logiquement ?

Postcoïtum : Malheureusement non, aha ! Non un film sur la jeunesse et l’adolescence.. Un film sur les proto-coitum..

https://www.facebook.com/postcoitummusic 

Concert de Mottoïtum le 29 septembre à l’Embobineuse

Nouvel album de Postcoïtum à venir en 2018.

3 Comments

  1. never never , only the nerves.

    23 septembre 2017 at 18 h 07 min

    j’fait 1 pqt pour vos courges ?

  2. Baron la queue de pelle

    24 septembre 2017 at 12 h 31 min

    Damien à la batterie et Bertrand aux machines. Et pourquoi comment ces initiales DV dans l’interview???

  3. Drone de vie

    25 septembre 2017 at 10 h 25 min

    Coupez-vous les, aucune excuse !

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