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PEAKING LIGHTS
« Lucifer »

Quand il est annoncé dans les premières lignes de la biographie d’un groupe qu’il est composé d’un couple marié du Wisconsin et que l’enregistrement de leur dernier album a été influencé par la naissance de leur premier enfant, on se dit qu’on a déjà lu pitch plus attrayant. C’est le cas pour « Lucifer », troisième disque d’Aaron Doyes et Indra Dunis, qui amène pourtant le mélomane vers d’autres considérations. Tout le monde aime un bon yaourt. Montrez-moi quelqu’un qui n’aime pas et je vous montrerai un menteur.

Quand il est annoncé dans les premières lignes de la biographie d’un groupe qu’il est composé d’un couple marié du Wisconsin et que l’enregistrement de leur dernier album a été influencé par la naissance de leur premier enfant, on se dit qu’on a déjà lu pitch plus attrayant. C’est le cas pour « Lucifer », troisième disque d’Aaron Doyes et Indra Dunis, qui amène pourtant le mélomane vers d’autres considérations. Tout le monde aime un bon yaourt. Montrez-moi quelqu’un qui n’aime pas et je vous montrerai un menteur.

Repéré en 2009 par un des labels responsables de la résurrection du lo-fi et des cassettes audios, Not Not Fun, le duo publiait la même année son premier album, « Imaginary Falcons ». Sur les sept titres qu’il contient, certains continuent de planer un cran au-dessus, comme Silver Tongues, Soft Whispers et Owls Barning. Trois ans plus tard, je retiens surtout que ce disque constitue dans la discographie du groupe une note d’intention. Un brouillon qui fait taire la théorie selon laquelle les premiers travaux sont les seuls à mériter qu’on s’y attarde. Kraut-dub ? Dub-not-dub ? Dub-pop ? Peu importe, finalement. C’est à la même période que Cameron Stallones (Sun Araw), également signé sur Not Not Fun, apparaît avec ce même curieux mélange de dub, de kraut et de drone (voir par exemple Horse Steppin’ sur « Beach Head » et tout l’album « Heavy Deeds »). C’est, je pense, à ce moment que sont réapparus dans un bon paquet de chroniques les noms de King Tubby ou Lee Perry, comme si plusieurs groupes avaient décidé en même temps d’en finir avec l’obsession de leurs contemporains pour la cold wave.

L’année dernière, une part non négligeable de la critique s’était émue à la sortie de « 936 ». Plus d’un an après, et parce que le groupe compose le plus souvent une suite de mini-vortex et mantras plutôt que des chansons, je me rappelle des paroles du titre All The Sun That Shines qui font tout simplement « All the sun that shines, shines so bright ». Une évidence que l’on remarque encore en écoutant « Lucifer ». Avec « 936 », il était devenu impossible pour Aaron Doyes de cacher sa passion pour le delay, le groove codéiné et sa collection de disques jamaïcains. Si vous n’avez pas eu l’occasion d’écouter ce disque, essayez d’imaginer Watussi d’Harmonia sur « Musik Von Harmonia » pour le rythme, Spacemen 3 pour l’atmosphère et Vashti Bunyan pour la voix sensuelle, enfermés avec King Tubby dans son studio de Kingston, le Home Town Hi-Fi.

Aujourd’hui signé chez Weird World — la filiale de Domino qui avait déjà réédité « 936 » —, Peaking Lights semble prêt à passer une étape, vu l’engouement qu’a provoqué la stratégie du label depuis quelques mois : site aux couleurs de « Lucifer », mixtapes disséminées partout sur la toile et mise en écoute des titres en avance. Aussi, « Lucifer » apparaît comme un aboutissement après « Imaginary Falcons » et « 936 », un disque enregistré par un groupe sûr de ses intentions, entre pop et dub. De l’aveu de certains de mes amis, le groupe serait plutôt naze sur scène. Je ne les ai pas vus. Arrivé à ce stade de la lecture, vous vous demandez peut-être à quoi ressemble cet album, alors ? Il est relativement bref, huit titres en 45 minutes pour autant d’influences. Ici ou là, on entend la guitare de Whizz Kids de Spacemen 3 (Beautiful Son), et les amateurs reconnaîtront peut-être la grille de Cocaine de Dillinger (la basse de Live Love, le All The Sun That Shines de l’album). La recette, en tout cas, n’a pas changé, à peine l’ambiance générale est-elle plus sombre.

Au début du film Countryman de Dickie Jobson, le même Countryman sauve des eaux deux Américains, un homme et une femme, après que leur avion se fut crashé près de la côte jamaïcaine. C’est à lui que je pense lorsque j’entends la chanson Fisherman des Congos : « Row fisherman row, keep on rowing your boat, we’ve got to reach higher grounds. » Avec sa barque, il les emmènera dans la forêt et les initiera à la nourriture Ital, bien que certains prétendent qu’il soit impossible d’accroître son livity en mangeant du homard. Quoi qu’il en soit, le spectateur éloigné des principes du rastafarisme voit surtout dans cette scène des fruits, du poisson et de la weed en abondance. La vue à l’écran de toute cette nourriture divine me procure le même sentiment que l’écoute de la musique de Peaking Lights : la plénitude. Ça, ou l’impression de marcher pieds nus sur des Gervitas pendant les 45 minutes que dure l’album, soit « la subtile association d’un fromage blanc onctueux sublimé par une délicieuse mousse à la crème fouettée pour un plaisir plus aérien« .

Peaking Lights // « Lucifer » // Weird World
http://peakinglights.com

Peaking Lights – Live Love by Weird World Record Co

LO HI by Peaking Lights

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