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OG
« La transformation », nostalgie du futur

Lorsqu’il m’arrive d’être en manque, fatigué par l’overdose d’albums éphémères et sans avenir, je prends rendez-vous chez mon dealer de vinyles. Moi je me sens sale et pouilleux, à peine plus de 26 dollars dans la main, j’attends mon mec.

Lui m’accueille toujours très gentiment, il est toujours à l’heure ; le drôle de médecin me prescrit alors à doses homéopathiques des disques collectors, des raretés, des albums perdus au fond des tiroirs du passé, tous remplis de mélodies lumineuses à 60€ la dragée. Shoot extatique pour échapper aux temps présents, oublier l’instant d’une face A que le vintage est un cercueil gavé de soldats inconnus. Pas sûr, pourtant, que le disque d’Og atterrisse sur ses étagères, avant dix ans au moins. La raison ? La transformation est un album d’aujourd’hui, l’une de ces rares excroissances qui n’a pas d’âge et qui pour cette seule raison reste condamnée à errer dans les limbes d’un futur conditionnel. Pour la datation au Carbone 14, vous repasserez.
Faut dire qu’au royaume des introuvables, Og se pose tout de même là. Une identité mystérieuse, un référencement Google inexistant, et puis ce titre, qui évoque davantage l’illustration d’un documentaire animalier des seventies – genre l’accouplement des papillons à l’automne – que le nom d’un LP sorti la même année que le split du Ben Laden All Stars. En creusant la surface, on apprend que derrière le groupe à deux lettres se cache un réparateur de synthétiseurs ayant composé l’intégralité du disque dans son garage belge, tel un superman-one-band passionné par la contemplation du jour qui passe, le cul rivé dans un rocking chair. Voir le temps passer, littéralement, et décider de retracer le périple quotidien du soleil sur partition.

La transformation, soit quinze titres de musique instrumentale de toute beauté à ranger sans hésitation aux côtés des plus glorieuses pépites de Library music française des années 70. Illustré par Philippe Druillet, l’homme derrière les pinceaux de Pilote et Métal Hurlant, la soucoupe de Og réveille tous les fantômes de la période des trente glorieuses : arrangements tout en cordes à la Nino Ferrer sur L’hiver par la fenêtre, psychédélisme méridional au croisement du label Motors et Gong sur Le Matin Triomphant, piste d’aurore Zeppelinienne – période Presence – sur L’Epreuve/La Metamorphose/L’Accomplissement. Og parvient à s’inspirer des grands maîtres du clair-obscur sans pour autant céder la moindre concession au plagiat. L’humeur, les couleurs et l’organique sont autant de clefs pour cet LP naturaliste qui permet de dépeindre la beauté d’un soleil couchant ou de l’humus au réveil, le romantisme d’une végétation sous la bruine ou la violence d’un pick-up jeté à tout berzingue sur les maigres routes de Wallonie. Un rêve de cow-boy à l’étroit sur le vieux continent, une bande-son mégalomaniaque qui rend hommage aux territoires perdus, un disque de solitude qui magnifie le son mat des instruments en apposant sur chaque note un mot, une émotion, sans jamais rien perdre de sa cohérence. Pas beau bizarre, non, mais plutôt beau brutal.

Des disques comme ça, il n’en sort presque plus jamais. Libéré du carcan commercial et des impératifs de concision et de conformisme, La transformation a plus de 33 tours dans son sac ; on y croisera pèle-mêle violons, orgues, chœurs tragiques, guimbardes et envolées électriques, batteries bâillonnées et génie en otage, récit désorganisé d’un perfect day à convertir le surréalisme de mère Nature en sentiments humains. Sous le dépravé, la plage, et derrière Og l’illustration parfaite de la beauté muette. Vingt-cinq ans après la mort de Michel Magne, les braconniers collectionneurs peuvent dormir tranquille ; La transformation trouvera certainement son public aux abords de 2020. Et restera condamné, d’ici là, à prendre la poussière sur quelques étagères sélectives. Dura lex sed lex : la destinée des grands disques est ainsi faite qu’ils ne choisissent que très rarement leur époque d’adoption.

OG // La transformation // Freaksville
Plusieurs titres en écoute sur http://soundcloud.com/freaksvillerecords

4 Comments

  1. sylvain fesson

    10 mai 2011 at 16 h 32 min

    Tu es la Mimi Cracra de la critique rock, que dis-je le Jean-Louis Costes de la chose. Heureusement que tu passes parfois à la douche ahaha.

    Sylvain
    http://www.parlhot.com

    PS : j’ai une platine depuis quelques semaines…

  2. BSTR

    10 mai 2011 at 16 h 38 min

    Clair que ça vaut pas un bon vieux titre d’Elbow et de tous ces musiciens caniches passés au carwash, ah ah ah!

  3. Matt Oï

    13 mai 2011 at 16 h 48 min

    Finalement c’est une musique qui a eu la chance de ne pas avoir de voix/e.

  4. LE_POULPE

    13 mai 2011 at 17 h 54 min

    Ben moi j’en redemande à volonté. Je trouve ça ENORME, il est où l’esprit Rock n’Roll les gars ? Je vous le demande. Bah, chacun son approche hein … Bisous.

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