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MY GREAT BLUE CADILLAC
Des tensions préventives

Lunettes noire et fièvre blanche, My Great Blue Cadillac écrit le mot "tension" à la pointe d'un glaçon sur votre nuque. Ça tombe bien, on rêvait de rétablir la guillotine pour les productions à 64 pistes par chanson. Envoyez le couperet.

Époque moderne, je te renie. On n’a jamais autant cité le mot « minimalisme » que depuis la recrudescence des groupe électro et/ou psychés inscrits sur Bandcamp. Partout se répand l’idée que rajouter des couches sur des scies musicales mille fois entendues était la ZE solution. J’en parlais il y a peu avec Martin Gore (oui je m’offre ici le luxe de vous dire que je ne parle musique qu’avec des gens dont l’avis élève un peu le débat) dont le dernier album est une insulte crachée au visage des Damon Albarn et autres peigne-zizis que sont Kanye West ou Win Butler. Arrangeurs, mon cul ! Je vais t’en donner de la scie, moi, et préviens tes moignons, elle sera plutôt égoïne. Heureusement, il reste des puristes pour qui le son qui jaillit d’un ampli doit rester naturel comme la foudre qui s’abat sur un cyprès. Même si ça pique les doigts. Louise et Eddy sont de ceux-là et, plutôt que de chercher à réinventer la roue d’un courant qui a l’âge de la retraite, ils ont préféré revenir aux basiques. Refaire le chemin qui va du cri primal à la domestication du feu.

My Great Blue Cadillac est un duo partageant la même brosse à dent, le même pieu, la même salive et – c’est là que ça devient intéressant – les mêmes instruments. Réduits au nombre de deux, une basse et une batterie, le couple se les échange comme on alterne qui-chevauche-qui dans une partie de baise volcanique où le souffle vient à vous manquer. « Tiens-moi la cartouchière pendant que je tire en rafale », semble plus l’esprit de la maison que « Maman est dans la salle de bain pendant que Papa range son établis », voyez-vous. Ici on tient le couteau à deux et on s’embrasse goulûment avant de le planter dans la gueule des mufles faiseurs de musiques mielleuses. Objectif : tracer à quatre mains la partition du post-punk non-dansant du (tout) début des années 80. Faire revivre les (dis)tensions dans une décennie qui a vu plus de slasher que de thriller. 
Côté réglages, on joue la complémentarité sans jamais chercher l’équilibre. La basse mord les lignes blanches, que ce soit dans les aigus ou dans les graves, et se bâfre parfois de distorsion tandis que la batterie martèle dans les basses et plonge dans l’écho caverneux. Mais si les armes sont à ce point limitées c’est pour ne pas avoir d’autre choix que de trouver des subterfuges, au nombre desquels :

1/ faire crier la basse sous les surcharges électriques ;
2/ écrire des partitions de tom basse comme un bombardement sur une réserve de sioux ;
3/ et surtout – surtout – trouver où poser la voix avec intelligence. Pendant que les instruments font rejouent les canons de Navarone, Eddy et Louise déploient des voix affutées de crooner cold-wave qui ne dénoteraient ni dans un juke joint blues, ni dans un cabaret expressionniste allemand. Merci, ça fait du bien par où ça passe.

Le groupe étant dans les premières années de sa vie, on se sent obligé de lui chercher des ascendances. Au rayon des influences, la noirceur torride évoquerait les derniers Birthday Party ou les premiers Bad Seeds, combiné à un goût non négligeable pour les syncopes et les sonorités primales du Sonic Youth des années no wave. Autant dire que c’est un peu le bœuf ultime de Jim Sclavunos aux baguettes et Tracy Pew à la quatre-cordes enrobé des voix de PJ Harvey et Blixa Bargeld.
 Il aura fallu 2 ans (seulement) pour que les montpellierains de MGBC trouvent le ton. Survivre dans le désert médiatique héraultais, où tout ce qui n’est pas world-clubbing, festi-guinguette, ou punk-à-roulette n’existe pas, est déjà une preuve de pugnacité exemplaire. Comme si cela ne suffisait pas, nos Sailor & Lula gazés au fréon ont rapidement su dégager tout ce qui n’était pas indispensable à leur musique et accouchent désormais d’une formule à la puissance de l’évidence. Sorti cet été chez les crépusculaires finlandais de Fairy Dust Records, le premier album « In the dust » est le résultat de performances live de plus en plus physiques accumulées sur la route comme des insectes sur les essuie-glaces. Des sessions dans l’exigüe studio de la TAF (bastion punk’n’roll de la culture nocturne montpellieraine) ont terminé le boulot, donnant vie à un album à l’éthique spartiate : pas (si) agressif mais refusant violemment de s’étaler. Une explosion figée, huit titres envoyés comme un train de marchandise qui chute au ralenti. Ça fait bam! dans ton ventre sans que les flammes aient le temps de te morde le visage. Régulièrement, l’aridité coldwave morfle sous les coups de génie qu’impose la restriction.
La contrainte, je l’ai déjà dit (en BD, en musique…) est un terreau fabuleux. Un bondage technique qui fouette le sang et excite l’écoute. Pendant que l’un invoque des fantômes, l’autre vous envoie des citernes d’azote liquide dans la gueule. La preuve que deux fanatiques feront toujours mieux qu’un prétendu génie vivant seul au milieu d’une chiée de machines. Point final.

My Great Blue Cadillac // In The Dust // Fairy Dust Records
https://soundcloud.com/mygreatbluecadillac

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