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Mustang : une soirée avec des rockers sans cause

J’ai récemment écrit un papier sur Mustang et plus particulièrement Jean Felzine. Le sujet : des mecs qui carburent quotidiennement à quelques plaisirs simples tels que le rock’n’roll, la clope, l’alcool et les femmes. Hasard ou pas, c’est exactement le sujet du nouvel album de Jo Wedin & Jean Felzine, “Pique-Nique”, qui sort ces jours-ci.

19h. Pluie et gomina. Une pluie fine s’abat sur la capitale en cette fin d’après-midi morose. Je décide donc de rentrer à l’intérieur de la salle pour voir ce qui s’y passe.. C’est alors que je me retrouve nez à nez avec le bassiste de Mustang. Tiens c’est normal, ils jouent ici ce soir. Johan Gentile est le premier des trois mousquetaires avec qui je tape la causette, et il ne sera pas le dernier : « je bossais dans un food-truck à Rock en Seine, juste à côté de la scène..  ». Le RAS classique du musicien semi-pro qui galère et qui se démerde comme il peut à côté, quitte à servir des hot-dogs à des festivaliers bourrés qui regardent d’autres groupes que le sien. Là-dessus un trio de rockers nous rejoint, il y a là Remi Faure, le batteur, et deux mecs de Entracte Twist, groupe culte à Paris mais qui ne dépassera peut-être jamais les frontières du 11e arrondissement.

S’ils ne sont pas tous gominés, les mecs de Mustang ont tous des trucs à dire : « on n’a plus de groupes de rock qui fédèrent depuis des années, à part peut-être Thee Oh Sees mais c’est déjà fini ». Et ouais mon gars, c’était mieux avant. So what ? La discussion continue. Johan, Rémi et leur manager Cyril causent business, et pas n’importe lequel : « combien de boîtes de cire tu pourrais ramener ? 50 pour commencer c’est pas mal ? ». Vous avez bien compris, il est question de lancer une ligne de crème à cheveux siglée « Mustang ». Ou comment le groupe clermontois entend répandre la bonne parole james-deanienne tout en essayant tant bien que mal de faire rentrer un peu de blé dans le réservoir. Sans mauvais jeu de mots, auraient-ils enfin chopé le sens des affaires ?

 

Alors que la causerie bat son plein, une silhouette familière s’approche à grands pas, chaussures noires cirées aux pieds et guitare à la main. Auteur-compositeur-guitariste-chanteur du groupe et rockeur sans cause bien connu des autorités du bon goût : un certain Jean Felzine. Il entre dans la salle pour en ressortir aussitôt : « putain on peut plus fumer à l’intérieur, ils font chier ! ». Sortir pour fumer et attendre pour boire : « et ils prennent pas la carte, non mais c’est quoi ce foutu bordel ! ». S’il n’a pas de cause bien définie telle que le soutien des migrants africains ou la sortie du nucléaire, il serait inexact de dire que le rocker milite pour rien. Ses grands combats à lui ? La clope bien sûr, sa compagne Jo Wedin et l’alcool.

20h. Ennui et alcool. Même dans les soirées les plus cools de la planète, et celle-ci en fait assurément partie, il arrive toujours un moment où tout le monde s’emmerde. L’ennui consubstantiel à toute forme de vie humaine et qui jaillit merveilleusement bien dans ces propos de Jean Felzine : « putain on joue que dans 3 heures, mais qu’est-ce qu’on va bien pouvoir foutre en attendant ? ». C’est vrai ça, que faire quand on joue pas et que l’on est pas en train de baiser sa nana ? L’alcool, cher à Apollinaire, Bukowski, Sylvain Tesson j’en passe et des meilleurs, est généralement le meilleur remède à cette désagréable sensation de vide intérieur. Avec modération, bien entendu : « putain mec, tu sais pas où y’a des loges pour picoler un peu, j’ai ramené mes bouteilles mais on va pas les sortir ici ? ». Alors que je lui réponds poliment que je n’en sais rien, Entracte Twist vide sa hargne rock’n’roll sur scène. Du Rock élégant et flamboyant scandé dans la langue de Jacno, dans la plus pure tradition new-yorkaise comme me le confirme le chanteur tout juste sorti de piste : « ouais le Velvet et Marie et Les Garçons.. Ils nous ont tout appris, d’ailleurs on a rencontré Patrick Vidal récemment, un honneur.. ». Avec un peu plus de chance, ils auraient même pu jouer avec lui : « il a annulé pour de multiples raisons.. ». (ils ont rejoué ensemble depuis, NDR) Une certaine forme de sagesse qui prouve une fois de plus que le rock reste avant tout un truc de jeunesse, n’en déplaise aux Rolling Stones qui se ridiculisent depuis des années devant des milliers de fans en délire, comme encore récemment au « U-Arena » de Paris. Si tu veux prendre le rock au sérieux, fais le vite. Et ça, les deux groupes qui jouent ce soir l’ont bien compris.

23h. Mitt Homann Vs Jean Felzine 

Comme je m’y attendais, Mustang fait le boulot. Des chansons, du rock et de la sueur devant un public tout aussi jeune qui swingue (presque) en rythme avec lui. Mais ça, je le savais déjà. Ce que je ne savais en revanche pas encore, c’est que Jean Felzine n’en avait pas fini avec moi. Après avoir essuyé sa banane trempée, il me retrouve au bar. Et comme dirait mon ancien patron dans la restauration, il n’est visiblement pas là pour attraper des mouches : « ta dernière interview c’était de la gnognotte, on va parler vraiment ». Passablement éméché mais tout à fait conscient de ce qu’il raconte, le rocker sans cause en a gros sur la patate. Enfin un mec qui me dit ce qu’il pense vraiment, et ça fait du bien. Le psyché ? Pas vraiment sa tasse de thé: «  j’en ai rien à foutre de ça, je préfère écouter Harry Nilsson, surtout que c’est fait par des mecs qui prennent pas assez de drogues ». Mustang, un groupe rétro? Il est temps de remettre les choses à l’endroit: « plus que n’importe qui je me suis pris l’adjectif rétro dans la gueule, parce que j’avais une banane et machin ;  mais attends, qu’est-ce qu’il y a de plus rétro que Tame Impala ? C’est beaucoup plus rétro que ce qu’on a fait nous.. Putain nous on a fait une reprise d’Aphex Twin en français. Désolé on a jamais été vraiment rétro quoi.. ”.

Depuis le début, une musique d’ambiance accentue le côté dramatique du moment, scène finale de ma soirée avec des rockeurs sans cause qui tutoie les cimes du romanesque. Des rockeurs sans cause, et sans maison de disque : « tu vois, on a été déclassé. On n’est plus rien ». Déclassé ou pas, une chose est certaine, pas question de se la jouer working class: « non j’ai pas fait d’études, mais je m’en fous de ça, je suis pas un prolo, mes parents étaient profs.. ». Comme il me l’a répété un bon paquet de fois, ce qui compte, c’est la musique. Et les grandes chansons. Mais c’est quoi, au juste, une bonne chanson? Je tape dans le mille: « ah, c’est une bonne question ! Genre One de Harry Nilsson, ça c’est une super chanson.. ».

Plus qu’une simple chanson, un tube: « ça défonce. C’est une chanson, c’est un tube quoi ; j’aime bien les tubes.. T’aimes pas les tubes ? Si on te mets Dancing Queen en soirée tu kiffes non ?”. Gare à ceux qui n’aiment pas les tubes: « Ils font chier les mecs qui aiment pas les tubes.. ce sont des mecs pénibles.. ». Et à ceux qui n’aiment pas les Beatles: « A peu près tout ce qu’ont écrit les Beatles est génial, moi je comprends pas les mecs qui aiment pas… ». A ce moment précis, un pote fait irruption dans la discussion exaltée avec Jean Felzine. Le rockeur gominé est déjà passé à autre chose : il est avec sa compagne, Jo Wedin, qui est aussi son alter égo dans Jo Wedin & Jean Felzine. Les deux tourtereaux rock viennent justement de sortir un album qui s’appelle « Pique-Nique ».  Putain Jean t’oublies toujours de sortir ta guitare ! C’est encore à moi de le faire ! » éructe Jo devant la salle alors que l’intéressé fume une blonde avec sa bande. Faut pas déconner non plus.

Jo Wedin & Jean Felzine // Pique-Nique // At(h)ome (Wagram)
https://www.facebook.com/jojowedin/?fref=ts

Le duo sera en concert le 7 décembre aux Bars en Trans (Rennes), avant une petite tournée:

08/12/2017 : Le Coquelicot, Fougères
13/12/2017 : Le Divan du Monde Paris
19/12/2017 : La Laiterie, Strasbourg

 

2 Comments

  1. Carole

    3 décembre 2017 at 13 h 53 min

    Le duo s’appelle Jo Wedin et Jean Felzine, pas l’inverse. Et c’est elle qui bosse le plus dans ce duo. Ne dites pas le contraire ou vous allez l’énerver.

  2. Ivry-ta-mere

    3 décembre 2017 at 19 h 31 min

    il y a des con-gérès a tout va, alors j’enfourche pas ta mustang @ 2 balles.

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