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MAN & A MACHINE
Le rythme digital

En 2008, l’Europe redécouvrait le rythme. La même année, les machines finissaient leur travail. En France, on se passionnait pour les batteries, le mois d’après c’était plusieurs milliers de banquiers qui perdaient leurs emplois. A l’orée des années 2010, le rapport homme / machine n’a jamais été aussi près de l’autruche et du couteau. Face au mur : le suicide.

En 2008, l’Europe redécouvrait le rythme. La même année, les machines finissaient leur travail. En France, on se passionnait pour les batteries, le mois d’après c’était plusieurs milliers de banquiers qui perdaient leurs emplois. A l’orée des années 2010, le rapport homme / machine n’a jamais été aussi près de l’autruche et du couteau. Face au mur : le suicide.

Après ce beau chapeau sans queue ni tête (auriez-vous idée d’évoquer les têtes en décrivant la musique électronique ?), la compilation A man & a machine prend tout son sens. Non pas qu’elle exprime un nouveau point de vue sur la condition africaine des Européens dès le début des 70’ (danser, se perdre, transpirer : sacrifice) mais force est d’admettre qu’au beau milieu du spleen hivernal, la banquise se détache. A sa surface, évitant les failles, une révélation : l’homme blanc ne sera plus condamné à pasticher l’alter-rythme des autres continents. Début d’une relation éternelle entre le marteau et le poignet.

Il y a bien évidemment les glaçons qu’on n’espérait plus revoir à la surface du globe (à facettes), comme Warm Leatherette, et puis quelques moments de grâce sans âge. De ces moments de bravoure intenses mais froids, Euroman de JJ Burnel (Sordide Sentimental, le label, qui plus tard inspirerait Steeple Remove) se place en tête de liste ; vision européenne, désincarnée. Désincarnée, je répète le mot. Plus loin, Hot on the heels of love fait coucou en binaire, seul titre écoutable de Throbbing Gristle en trente ans de carrière. Je vois des bras d’honneurs au fond de la classe. Rassurez-vous, Google Inc et le réseau vous aspireront. Comme tous les autres.

Sorti en septembre de l’année dernière, A man & a machine n’est pas à proprement parler un album de l’actualité. J’en vois ici et là qui pleurent la mort de Ron Asheton. Qu’ils se rassurent, la reprise du travail le lundi matin saura leur faire oublier tous leurs tracas. Tout au plus subiront-ils une panne d’Intranet et l’absence décharnée d’un guitariste obèse prendra soudain des airs de futilité. Man, Machine. Le combat.

Dire que cette compilation comporte un nombre de titres désespérément outrageant (plus de vingt), c’est un symbole. Cliché du nouveau monde où l’excès n’a plus de limites. Pourquoi censurer l’octet, lorsqu’un scroll suffit à updater l’univers, hein ? « Jean-Marc, resserre-moi trois URL de conneries sur la crise boursière, s’il te plaît. Tu trouves pas qu’Internet déconne ce matin ? »

Au-delà du décès sponsorisé par l’AFP annonçant le bug de tel ou tel, un titre résonne comme trois continents africains prêts à engloutir la map monde, deux drakkars destination Bamako, une voix pour aspirer les consciences : Moonshake, de Can. Perfection du style, binarité des drums, chanson parfaite pour l’hiver. Blowin’ in the wind, les mains dans les poches, le col près du cou. Les pieds près du cœur.

A Man & a Machine // Compilation // Le maquis
http://www.maquismusic.com/

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