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LYDIA LUNCH
Déséquilibres synthétiques

La punk new-yorkaise a le vent en poupe. Son Big Sexy Noise s’apprête à sortir un nouvel opus et le Diable publie un ouvrage, Déséquilibres synthétiques (« Will work for drugs », en version orginale), signé de la Big Mama herself. Depuis 1997 et Paranoïa, on attendait sa plume acide au tournant. La revoilà, pour le meilleur, et surtout pour le pire. Quand la drogue, justement, ne suffit plus.

Vidé par la lecture de son roman autobiographique, Paradoxia journal d’une prédatrice, le lecteur de Lunch peut se rassurer (ou être déçu) : Déséquilibres synthétiques ne secoue ni les nerfs, ni l’estomac. Sorte de recueil de pensées, souvenirs, interviews menés par Lunch, le livre surprend d’abord par sa construction incohérente. Divisé en quatre parties elles-mêmes chapitrées, Déséquilibres synthétiques enfile les textes les uns après les autres sans véritable lien. Alternant des fictions (La piste du diable, L’Homme mort), des passages autobiographiques sur l’enfance de Lunch (sans doute les pages les plus acérées qui rappellent la verve fielleuse de ses premiers écrits) et des réflexions para-philosophiques (la maternité, la guerre…), ce livre porte superbement son nom. Mais l’agencement aléatoire (synonyme: florilège copier/coller invertébré) n’est malheureusement pas le seul écueil du « livre » – je n’arrive même pas à trouver un mot approprié, peut-être « coup éditorial » serait-il plus adapté.

Les mini-nouvelles, issues de l’imaginaire de l’auteur, peinent à émerger d’un style pesant qui colle à la langue comme un vieux chewing-gum pâteux. Les phrases y apparaissent longues, entichées de comparaisons gigognes qui finissent par fatiguer la lecture. La langue lunchienne coup de poing laisse trop souvent la place à un verbiage ampoulé, sans tripe et sans âme. Seules les réminiscences de son passé (ses souvenirs familiaux) étreignent par leur simplicité, levant subrepticement le voile sur l’enfant Lydia Koch. Dommage que l’introspection ne dure pas. On aurait voulu savoir plus, connaître mieux, mais le personnage Lunch se masque systématiquement derrière ses histoires trash qui rejouent sans parvenir à les dépasser la plongée infernale que représentait Paradoxia.
Déséquilibres
se clôt sur des interviews (Hubert Selby Jr et Nick Tosches entre autres) parcellaires, qui reflètent peu l’ambiance électrique qu’on imagine de ces rencontres.

Textuellement synthétique, semblant sortir d’une usine de préfabriqué, Déséquilibres montre les limites d’une entreprise de publication sans enjeu, ni axe. Hétérogène, le texte devient indigeste et ferait presque oublier les qualités d’écriture – indéniables – de Lunch. On dit parfois que l’appétit disparait après une trop longue attente. Dont acte. Lunch is served but now it’s cold.

Lydia Lunch // Déséquilibres synthétiques // Au Diable Vauvert

1 Comment

  1. gigolo

    29 septembre 2010 at 18 h 10 min

    Yes, bien branlée cette descente en flèche, j’ai l’impression que mémé est encore meilleure derrière un micro, thanks comme on dit.

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