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LES VICTOIRES DE LA MUSIQUE
Ce que vous avez (comme c’est dingue) raté

Quand il s’agit d’évoquer une émission de télévision aussi fédératrice que les Victoires de la Musique, il convient de s’adresser aussi bien à ceux qui la produisent (les gens du « métier ») qu’à ceux qui la regardent (le grand public). Ce soir-là, j'étais dans la seconde catégorie. Pourquoi ? Parce qu'il est toujours instructif de prendre le pouls de la musique populaire en fRANCE. Vendredi soir, donc, c’était Victoires, canapé et bière aromatisée aux agrumes.

Je suis devant ma télé : je sais, c’est mal. Je suis un mélomane qui s’apprête à regarder les Victoires de la Musique : je sais, c’est maso. Mais enfin, les grands médias nous le disent pourtant : les Victoires, c’est l’anti-NRJ Music Awards, une sorte d’équivalent des Césars pour la musique, défendu en France par « un collège de 600 professionnels » qui désigne les nommés, puis les gagnants. Ces Victoires « relèvent d’un choix éditorial et qualitatif, et n’ont pas vocation à refléter les performances commerciales d’un artiste »… Soit ! Installons-nous confortablement.

Ouverture : Vianney se propose de rendre hommage à Michel Delpech via une relecture de Quand j’étais chanteur. Concept indestructible : la Nouvelle Star rencontre le Père Lachaise, ou comment niveler par le bas un classique impérissable de la chanson. Virginie Guillaume est ravie. Ah ! Virginie Guillaume… Sa bonne humeur, son sens de la répartie, son côté MILF d’à côté. Elle me rassure, c’est bon de savoir qu’il y a des choses qui ne changent pas à la télé. Ce soir, elle présente l’émission avec Bruno Guillon. Je ne le connaissais pas. On me souffle qu’il vient de Fun Radio : je le crois volontiers. Louane fait maintenant son entrée sur la scène du Zénith. Zut ! Je n’ai pas vu La Famille Bélier. Totalement passé à côté… C’est vrai qu’elle est mignonne, et elle a un joli grain de voix, délicieusement éraillé. Serait-ce la nouvelle Cœur De Pirate ? En tous cas, elle vole mon cœur d’adolescent avec sa chevelure de lionne, et tout cela me rappelle cette fameuse nuit où… Bon, Véronique Sanson prend la suite. Que vient-elle faire ici ? Recevoir une Victoire d’honneur ? Non : concourir dans la catégorie « artiste féminine ». En 2016. Je sens que la soirée va être longue.

Catégorie « album rock de l’année »

Sont nominés ! JC Satan Lou Doillon ; Aline Les Innocents ; Drame Rover

Et la Victoire revient à… aux Innocents les mains pleines.

Ça commence fort. Le meilleur album rock français de 2015 a été enregistré par Les Innocents. Je n’ai rien contre vous messieurs, vous êtes très sympathiques mais, euh, comment dire ? Il n’y avait pas un peu de place dans les autres catégories pour fêter ce retour aux affaires ? Puisque c’est ça, puisque le rock est mort, je m’en vais écouter du hip-hop, du vrai. Maître Gims vient d’envahir la scène avec tous ses copains. Crédibilité absolue : il vient d’un groupe qui s’appelle Sexion D’Assaut (vous noterez la subtile et subversive astuce nominale qui anticipait avant tout le monde la réforme de l’orthographe) et assume une garde-robe colorée qui ferait passer les collections de Kanye West pour une dernière démarque chez Pantashop. Sur fond de confettis et de choré chaloupée, Maître Gims ose la fusion de l’autotune et du coupé-décalé : la France peut être fière de son avant-garde. Pour l’arrière-pays, tendance « je soutiens les manifs agricoles en chantant », on m’avait parlé de Zaz. Voici que je la découvre enfin à l’écran – véridique ! Je ne regarde jamais les spectacles des Enfoirés. Mais c’est qu’elle présente bien, cette petite… Que ne m’a-t-on pas raconté comme sottises ! Moi qui m’attendais à une bouseuse avec du poil sous les bras et du tofu entre les cuisses, je suis bien surpris ! Cette charmante jeune femme se plie volontiers aux exigences du live bien propret. Et rien ne dépasse – j’ai bien regardé.

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Catégorie « album de musiques électroniques ou dance »

Sont nominés ! Rone St Germain ; Superpoze The Avener ; Housse De Racket The Shoes

Et la Victoire revient à… la plus grosse entourloupe de 2015.

Deuxième catégorie, deuxième plantade. Reprenons : The Avener a remporté le jackpot l’an passé en ajoutant un beat « club » (le mot « house » est ici totalement proscrit) et quelques motifs de tapisserie murale sur des morceaux qui ne lui appartiennent pas. En principe, on appelle ça un remix. Lui en a fait un album sous son nom, et beaucoup ont mis ensuite un pied dedans – il paraît que ça porte bonheur. Le garçon a d’ailleurs l’air très joyeux à l’annonce de sa victoire : embrassades, accolades, tapage de mains mon pote, c’est la fête. Puisque c’est ça, puisque la musique électronique est morte, je m’en vais écouter du hip-hop, du vrai (bis). Nekfeu met le feu (je m’adapte) au Zénith avec tous ses copains. Comme Maître Gims, dont il incarne le versant « France de souche » (au cas où on n’aurait pas compris), Nekfeu est un lover « hein hein », qui clame « Je n’en ai rien à foutre de rien, on verra bien ! » (hein hein). Bruno Guillon le questionne sur ses appétences pour la grande littérature française, et salue la « création » à laquelle il vient d’assister. Mais c’est Bruno Guillon.

Interlude : hommage à David Bowie.

Ça c’est pour la caution « on sait ce que c’est que la grande musique ». Quelques images d’archives essentiellement extraites de la période Ziggy – ben voyons, c’est bien connu : Bowie se résume à ça. La prochaine fois, abstenez-vous : c’est pêché.

Exit la planète Mars, retour sur la terre ferme, les pieds bien ancrés dans la France d’aujourd’hui. Comme beaucoup d’autres utopistes, je pensais qu’on en avait fini avec les périodes les plus sombres de l’histoire. Comme beaucoup, j’ai cru que le bon sens et la foi en l’être humain avaient eu raison des cauchemars auxquels notre époque se trouvait confrontée et… et je me suis trompé, car Matthieu Chedid est de retour. Et en famille. L’horreur absolue : ils se reprennent les uns les autres, le patriarche, la petite dernière, et vas-y que je tape le bœuf, que je te prête mon instrument contre le tien, que je demande de l’amour et des bonnes vibrations au public… Assez, assez ! J’aimerais tenir jusqu’à la fin de l’émission ! Oui, la musique et le talent coulent dans vos veines ! C’est un truc qui se transmet de père en fils, héréditaire, voilà, on n’y peut rien. On ne peut pas lutter. Donc : puisque c’est une affaire de famille… Il faut que ça reste en famille, d’accord ?

Kendji Girac, c’est un peu le George Michael de Tarascon

J’espère ne pas avoir pensé trop fort : la famille Chedid quitte la scène, sous les superlatifs de Virginie Guillaume. Je pense qu’il faudrait maintenant songer à la bâillonner, mais je ne suis pas à la place de la production. Voici qu’arrive la nouvelle sensation de ces dernières semaines, nommée dans la catégorie « album révélation » : Jain. Si son nom ne vous dit rien (tu m’étonnes : il se noie dans la masse des produits jetables que l’oreille ne retient pas), vous l’avez sans doute aperçue au détour d’une émission, car cette jeune fille ne laisse personne indifférent. Voici son histoire : il était une fois une gentille petite chanteuse, toute de noir et blanc vêtue, qui s’était inventé un « univers » féerique dans lequel on pouvait croiser des paroles sombres et des refrains guillerets, de la guitare acoustique et des boucles électro… C’était magique ! La gentille petite chanteuse au visage pur savait tout faire : écrire, chanter, composer… Tant et si bien qu’un jour, le prince charmant, qui travaillait au marketing de chez Sony Music, lui proposa de venir jouer dans son royaume. « Oh oui alors ! » répondit Jain, toute émoustillée à l’idée de se faire connaître. Seulement voilà, une fois arrivée à la porte du royaume, la gentille chanteuse eut le terrible malheur de tomber sur… le loup ! Celui-ci sortit d’un coup d’un seul sa grosse artillerie, bien saillante, bien huilée, car il voulait rentrer bien à fond dans son « univers » et… Zut, j’en ai foutu partout. Satanée encre.

Jain après son arrivée à la rédaction par voie postale

Jain après son arrivée à la rédaction par voie postale

Catégorie « album de musiques urbaines »

Sont nominés ! Abd Al Malik Booba ; Odezenne Nekfeu ; Oxmo Puccino Youssoupha

Et la Victoire revient à… Nekfeu (« fennec » en verlan, si-si)

Belle trouvaille marketing : après le hip-hop pour les gamins des cités, le hip-hop pour ceux qui n’en sont pas. Malin ! Les classes moyennes aussi ont droit à leurs bad boys, ne ghettoïsons pas. Nekfeu est content, il se fait littéralement gang banger par ses potes à l’annonce du résultat. Remercie le « neuf cinq », ses parents, sa petite sœur… Quelque chose me dit que c’est un garçon sensible… Un bon séjour en taule et on en saura un peu plus. Ah ! Voici enfin Kendji Girac ! Depuis le temps que mon neveu m’en parle ! Il connaît ses chansons par cœur, et tous ses copains de classe préparatoire aussi ! C’est un amour ce Kendji : il vient nous interpréter une chanson qu’il a écrite pour sa maman… Et puis c’est vrai, non y’a pas à dire… il est charmant. Les filles l’adorent. C’est un peu le George Michael de Tarascon, c’est « Ken » en version Gypsy King, il est si beau avec sa barbe bien taillée… Chouette produit de niche qui a su fidéliser bien au-delà de ses compétences : quel talent ! Virginie Guillaume en profite pour caler son deuxième placement produit après une banque. Attention Virginie : c’est louche.

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Soudain, il est question de William Sheller.

Ciel, de la musique ! Combien de temps avons-nous attendu, mes frères ? L’espoir renaitrait-il ? Non, il s’effondre : c’est Louane qui le reprend. Pauvre William : il est dans l’assistance, tremblant, les mains serrées. Il pense : « Cette jeunette peut-elle ne pas trop massacrer mon répertoire ? » Par chance, Jeanne Cherhal prend la suite et relève le niveau, avant que Véronique Sanson ne rende à qui de droit ce bel hommage concerté. J’aime Véronique Sanson. Tout me plait en elle : sa rupture avec Berger, sa liaison américaine avec ce fou-furieux de Stephen Stills, sa tentative d’assassinat du même homme après avoir connu l’alcool et la poudre… Respect ! Et c’est une formidable interprète et pianiste, vibrante, vivante, c’est vrai. Séquence émotion : Sheller s’empare enfin du piano pour jouer « Un homme heureux ». Sa voix est un peu défaillante, on croit par instants qu’il va faire un arrêt cardiaque, mais non ! Il va chercher sa Victoire d’honneur. Enfin, ça ne m’enlèvera pas de l’idée qu’il sera le prochain à se faire RIPer de toutes parts sur les réseaux sociaux. On me souffle que non : ce serait Johnny.

La caméra est maintenant pointée sur la nouvelle ministre remaniée de la culture, Audrey Azoulay. La pauvre est accueillie sous les sifflets, ce sont les joies du direct. On enchaine avant malaise, et dans la famille « Christine & The Queens », je demande… la suivante. Même topo à peu de choses près : Jeanne Added fait dans la pop électronique aux accents R’n’B, en un peu plus branché quand même (la coupe de cheveux). C’est pas désagréable, c’est même moins pire que l’autre, mais ça ne sert pas à grand chose. Les Inckultes doivent adorer. Vianney se repointe, il présente bien ce garçon, et sa musique est à son image : inoffensive. Votre copine va fondre, votre belle-mère aussi, car c’est un modèle de gendre idéal. Ni trop jeune, ni trop vieux, ni trop classe, ni trop décontracté : il est parfait.

Catégorie « album révélation »

Sont nominés ! Flavien Berger Jeanne Added ; Perez Jain ; Feu ! Chatterton Louane

Et la Victoire revient à… Louane bien sûr !

Pas de doute, on est bien en France aux NRJ Music Awards. Message : oui, « The Voice » peut non seulement mener à être nominé aux Victoires (Kendji, Fréro Delavega) mais aussi à les gagner. Bon, c’est vrai, je suis un peu dur avec Louane… si dur. Je m’en veux, elle qui a l’air si fragile dans sa petite robe à motifs bleue, dont un seul souffle de vent pourrait suffire à… Il faut que je lui mette une cartouche ! Oui, mon imprimante n’a plus d’encre ! Vite, il faut que j’en trouve une. Par bonheur, je ne vais rien rater d’important : ce sont les Fréro Delavega qui arrivent. Oui, je sais, ils sont jeunes et beaux, dégagent le parfum naturel de la campagne… mais honnêtement, ce ne serait pas tout simplement des Zaz au masculin ? Et vous en avez deux pour le prix d’un. Il y a le « beau tout court », et le « un peu moins beau mais qui a du charme », ils sont complémentaires, lequel préférez-vous ? Un jour ou l’autre, ils se détesteront.

Que c’est long. Ça n’en finit pas. Vous trouvez aussi ? Comme je vous comprends, c’est une torture. Courage, mon garçon. Voici Yael Naim, tu vas pouvoir respirer un peu. Elle, tu sais qu’elle fait sa petite affaire correctement, sans tricher, de façon artisanale. C’est honnête. Elle a déjà eu une Victoire par le passé : c’est bien, mais ça montre aussi que le cheptel ne se renouvelle guère. Que vient-elle cette fois-ci chercher ? On va le savoir, car elle est nommée à l’instant !

Catégorie « artiste féminine »

Sont nominés ! Yael Naim (pourquoi pas ?) ; Mansfield.TYA Véronique Sanson ; Soko Zaz

Et la Victoire revient à… Yael Naim et la bande à Tôt Ou Tard.

Ah ben c’est plus clair : elle vient officiellement fêter les vingt ans du label indépendant Tôt Ou Tard. Qui est venu avec Yael, mais aussi Vianney. Ah, et puis aussi JP Nataf des Innocents, même s’il est depuis repassé chez Sony Music. Ce soir, c’est donc la fête à Tôt Ou Tard. Notez, c’est mérité : ils ont à leur actif un réel travail de rafraichissement de la chanson française. Champagne ! Et bière de mon côté. En allant au supermarché du coin, cette après-midi, j’ai en effet eu la chance de découvrir une nouvelle variété de bière. Je n’avais jamais goûté à ça : une bière blanche à base d’agrumes, avec une pointe de miel ! Brassée dans les Alpes autrichiennes depuis plus de trois siècles ! J’ai d’abord hésité à prendre la variante aux fruits rouges, et puis je me suis ravisé : le miel serait plus doux pour mon palais. Alors j’ai pris un pack.

Soudain, mon écran s’anime. Un jeune groupe vient de monter sur scène, Hyphen Hyphen. J’en avais vaguement entendu parler comme d’un truc à la Kitsuné… Effectivement, c’est tout à fait ça : un vrai produit de saison. Je cherche en vain une mélodie dans cette débauche d’énergie vaine, mais je ne trouve qu’un refrain façon Coldplay du pauvre (c’est dire l’ampleur des dégâts). Synthés, guitare, peintures de guerre sur le visage… Ah c’est pour rire ? C’est bien ce que j’avais compris. Et cette chanteuse qui se prend pour Beth Ditto… Sans sucres ajoutés. Non franchement, allez-y : vous ne risquez rien à les voir sur scène. Ils transpireront plus que vous. Bruno Guillon : « wouaw, quelle claque ! ». Mais c’est Bruno Guillon.

Voici qu’arrive maintenant la star française intouchable de ces deux dernières années… Christine & The Queens. Encore ? Oui : parce qu’après l’album et la consécration l’an passé, il y a depuis eu la tournée ! J’ai d’ailleurs pu assister à l’une de ses prestations à l’occasion d’un festival. Elle imite très bien les pas de danse de Michael Jackson. Oh, et puis je suis sûr que dans le privé, c’est une charmante jeune femme ! Non, c’est juste que là, j’en peux plus. Je demande une amnistie aux radios généralistes. Un cessez-le-feu. Je ne veux plus l’entendre quand je me balade au rayon surgelé. C’est mon intimité.

French singer of the band "Christine and the Queens" Heloise Letissier (R), flanked by French TV host and Master of Ceremony Virginie Guilhaume (L), smiles as she received the best newcomer live show award and the best video clip award during the 31st Victoires de la Musique, the annual French music awards ceremony, on February 12, 2016 at the Zenith concert hall in Paris. AFP PHOTO / BERTRAND GUAY / AFP / BERTRAND GUAY

Catégorie « album de musiques du monde »

Sont nominés ! Tiken Jah Fakoly ; Ballaké Sissoko & Vincent Segal ; Hindi Zahra

Et la Victoire revient à… Ballaké Sissoko & Vincent Segal  Hindi Zahra

Bon, pas grand-chose à dire : pourquoi pas. Mais tout de même, une Victoire attribuée à Ballaké Sissoko & Vincent Segal, ç’eut été plus élégant, non ? Tiken Jah Fakoly et Hindi Zahra font le même truc depuis des années, et ils sont soutenus par des majors. La rencontre entre le joueur de kora Ballaké Sissoko et le violoncelliste Vincent Segal est autrement plus singulière, et leur dernier album a vu le jour sur une petite structure au nom sans équivoque (No Format). De là à penser que ce sont les plus gros qui tirent les ficelles… mais non, voyons. The Avener vient maintenant nous montrer ce qu’il propose pour son « live » en invitant le groupe de Phoebe Killdeer (juste retour des choses, puisqu’il a connu le succès en utilisant une de ses chansons). Clairement, tout le boulot est fait par le groupe. La démonstration est éclatante : The Avener ne sert à rien.

Catégorie « clip vidéo »

Sont nominés ! On s’en branle Christine & The Queens ; On s’en tape Stromae ; On s’en cogne The Do

Et la Victoire revient à… Christine & The Queens (on s’en fout)

Putain, 4° ! Non mais c’est quoi cette arnaque ? Je me suis vraiment fait avoir comme un bleu ! Alors voilà, vous êtes un consommateur lambda, vous aimez vous taper une petite bière à l’occasion, vous écoutez gentiment tout ce que l’on vous raconte pendant la pause pub, et vous vous retrouvez au final avec une bière de baltringue pour votre émission préférée du vendredi soir ! Comment vais-je faire moi, hein, pour m’enfiler le reste des Victoires sans trouver le temps long ? Mais ça ne va pas se passer comme ça ! La prochaine fois, j’irai demander conseil à ceux qui connaissent vraiment la bière, ceux qui l’aiment, pas ceux qui la vendent ! Hein ? Quoi ? Dominique A vient de monter sur scène ? Bon, ça va, je reviens m’asseoir… C’est vrai que j’avais été content, il y a deux ans, quand il avait enfin reçu une Victoire : son parcours est exemplaire. En même temps, c’est bizarre, je me sens un peu gêné de le voir à nouveau ici. Faudrait pas qu’il s’habitue.

Catégorie « spectacle musical/tournée/concert »

Sont nominés ! Francis Cabrel Louis, Matthieu, Joseph et Anna Chedid ; Chassol Christine & The Queens ; Etienne Daho The Do

Et la Victoire revient à… Encore elle, « ça ne tient pas debout ».

Christine vient chercher sa Victoire en sautant comme un petit cabri, tourbillonnant, roulant par terre. C’est éreintant de la voir s’agiter à l’écran dans tous les sens, je demande une amnistie à ses pieds. Si un jour elle prend de la coke, elle fait un arrêt cardiaque. S’il vous plait : protégez-là avant qu’il ne soit trop tard.

Interlude : hommage à ceux qui nous ont quitté.

Un classique. Les inconnus du métier n’ont pas droit à leur photo, les connus si. Trente secondes montre en main. RIP la dignité. Heureusement, Faada Freddy, un Sénégalais qui donne dans la soul urbaine vitaminée, vient nous remonter le moral. Bon : c’est plutôt pas mal.

Catégorie « artiste masculin »

Sont nominés ! Chassol Kendji Girac ; Alain Chamfort Vianney ; Dominique A (oui)

Et la Victoire revient à… « PAS LÀ ! PAS LÀ ! Mais par pitié, PAS LÀ ! »

Vous l’aurez noté : j’essaie de faire plus court. Je me mets à votre place : assis devant mon écran de télé, en attendant vaguement que quelque chose se passe, je constate qu’on en arrive à un certain degré de grand n’importe quoi. Vianney est le nouveau Bénabar : il va faire carrière, soyez-en certains. Peut-être même qu’il aura le temps d’écrire une ou deux chansons pour Johnny, notre Johnny national, qui apparaît maintenant à l’écran pour interpréter De l’amour en formule resserrée avec ses musiciens. La séquence a été enregistrée, car Johnny, qui jouait ce soir à Périgueux, s’apprête en réalité à arriver d’un instant à l’autre. Pourquoi diable se donner autant de mal après un concert par définition fatigant ? Johnny est-il au moins sûr qu’il va gagner une Victoire ? Mystère !

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Catégorie « révélation scène »

Sont nominés ! Quetzal Snakes Faada Freddy ; François & The Atlas Mountains Hyphen Hyphen ; Feu ! Chatterton (oui)

Et la Victoire revient à… Virginie Guillaume (« Ces Victoires sont absolument prodigieuses ! »)

Feu ! Chatterton vient à l’instant de donner un aperçu de son talent sur la scène du Zénith, avec un chanteur très habité dans son registre (entre Bashung et Brel) et servi par un groupe impeccable. Mais non, c’est Hyphen Hyphen qui remporte la Victoire. Sa chanteuse est en transe, court pieds nus comme une tarée pour venir chercher son trophée… Elle a pris du poppers ou quoi ? Elle dit n’importe quoi, c’est la fête du slip français dans sa tête. Les Innocents viennent à leur tout faire une chanson, et tous les copains à Hyphen Hyphen s’agitent comme des damnés derrière. J’en peux plus.

Catégorie « album chanson »

Sont nominés ! Bertrand Belin Frero Delavega ; Alain Chamfort Johnny Hallyday ; Pharaon De Winter Yael Naim

Et la Victoire revient à… Johnny qui ne s’y attendait pas du tout.

Je dois l’avouer : j’ai donné quarante-deux euros il y a quinze jours pour aller voir une dernière fois avant fermeture définitive une première fois Johnny Hallyday en concert. Et j’ai trouvé qu’il assurait bien avec son groupe de pistoleros dans un registre plus rock que d’ordinaire – malgré la machine parfaitement huilée, malgré le merchandising à gerber, malgré ses interventions orales servies au millimètre pour flatter l’auditoire (« Le blues, il a été inventé à Marseille ! »). Mais bon : une Victoire pour son dernier album, c’est un peu gros. Johnny vient dire quelques mots, Laetitia est ravie, Yodelice (qui a composé l’album) enchaine pour assurer les crédits et les remerciements. Au moins, c’est fait correctement. Hindi Zahra offre un dernier petit morceau pour la route… Au fait, il reste des bières ?

Catégorie « chanson originale »

Sont nominés ! Attention c’est sérieux Johnny, Louane, Maître Gims, Nekfeu

Et la Victoire revient à… MAITRE GIIIIIIIIIMS (consternation)

Nous en sommes là : Maître Gims est le grand gagnant des 31e Victoires de la Musique, du moins dans le cœur du public (qui a voté pour cette seule et dernière catégorie). Dimanche soir, il aura droit à son 20h, en ayant le droit de s’adresser aux Français sans avoir à ôter ses lunettes de superstar supertoc. Que représente Maître Gims ? Le hip-hop français ? L’exception culturelle française ? Non : le divertissement. L’espoir. L’illusion. Enfant issu de l’immigration et des foyers sociaux, il a bataillé dur pour se faire sa place dans le système. Et il a réussi, quitte à retourner sa veste (de survêt) contre un manteau de vison, quitte à faire de la daube, bien plus odorante encore que celle qui lui sert de modèle (aux Etats-Unis). Pas grave : les gamins l’adulent, il offre aux « petits frères » une échappatoire dans le marasme ambiant… et la violence est contenue dans les cités. En votant en masse, le jeune public a donc entériné son statut. Doit-on en vouloir au jeune public ? Bien sûr que non : si on lui sert tous les jours de la daube au déjeuner, alors il finira par la plébisciter. Johnny, Louane, Maître Gims, Nekfeu. Les Victoires ont le public qu’elles méritent. Jeune ou pas.

http://www.lesvictoires.com/

4 Comments

  1. Jérôme Vaillant

    19 février 2016 at 17 h 02 min

    Punaise quelle épreuve. La regarder à notre place et tout et tout.

  2. Marie P.

    19 février 2016 at 20 h 22 min

    HAHAHA. Merci.

  3. Monk

    20 février 2016 at 3 h 15 min

    Le chanteur de Feu! Chatterton « entre Bashung et Brel »… rien que ça !
    Mais bon, en même temps, ça vient d’un pseudo critique qui ne connaissait pas Hyphen Hyphen avant 2016 (c’est à dire avant qu’ils se mettent à faire de la néo-Eurodance de merde), donc bon… (et bravo pour la comparaison Santa/Beth Ditto, façon « ouah, les grosses, la honte ! ». Décidément, c’est vraiment niveau cour d’école, cet article. Vous êtes encore au collège, en vrai, c’est ça ?).

  4. madonnasummer

    20 février 2016 at 23 h 49 min

    Juste un truc qui me dérange : « bravo pour la comparaison Santa/Beth Ditto, façon « ouah les grosses la honte ». Vous n’avez décidément rien compris.
    En revanche pour tout le reste (pseudo critique, niveau cour d’école collège etc..), vous êtes totalement dans le vrai. Lol.

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