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LES OLIVENSTEINS
Compilation Born Bad : back from Nowhere

Plein de vice, des couleuvres en réglisse. Aimer danser sur son fauteuil de bureau sous l’impulsion de Fashion, David Bowie… Pourtant, il y a sept ans, nous étions dans la grisaille d’une ville de province dont chaque pierre pesait un peu plus sur notre moral. Le voyage Paris – Rouen, c’est 1h10 de no man’s land sans espoir sinon celui de pas  trop raquer au péage. Quand on quitte Rouen, on prend rarement son billet de retour. Et pour cause.

« Nous sommes Rouannais et nous sommes fiers. » Quelle blague. Le régionalisme, une grande composante du rock en France. Le rock français, c’est Paris. Le reste, c’est du folklore, n’est-ce pas ?

Toulouse = Zebda ?
Bordeaux  = Noir Désir ?
Marseille  = IAM ?
Le Havre = Little Bob MON GARS ! Oui, venir du Havre c’est certainement l’une des choses les plus difficiles dans notre pays.

Et puis il y avait Rouen et ses ruines qui brillent encore ici et . En 1994, Rouen ressemblait à un nombril sale, bourré de poussière et d’odeurs de produit détergeant. Je me souviens encore de ce liquide blanchâtre aux forts effluves de Withe Spirit qui coulait le long des caniveaux. A 7 ans, l’atmosphère nous défonçait littéralement le cerveau.

«Bonjour les enfants, aujourd’hui nous accueillons dans notre belle ville un nouvel élève : Thomas. Alors Thomas, comment trouves-tu notre ville ? Tu sais comment on surnomme Rouen ? – Oui Madame : le pot de chambre de la France !»

Privé de récré mon pote… Le premier jour de classe.

La débilité, la consanguinité… on laisse souvent cela au Pas-de-Calais. Pas de bol, j’ai passé les six premières années de ma vie à Lille. A l’époque, le vieux Lille était une ruine. Ce qui est devenu dès 1994 un petit pied-à-terre pour Londoniens en mal d’exotisme, on vivait les derniers moments de la Grande Dépression industrielle. Le Lille du début des 90’s, c’était l’architecture flamande noircie au charbon, les bars à putes avec comptoir en formica, et un terril sur lequel on ne pouvait pas encore faire de ski. Les buissons des parcs publics étaient infréquentables pour nous, gamins : trop de chance de riper sur la seringue d’un héroïnomane séropositif sodomite et chômeur.

Les légendes urbaines ont la vie dure dans les jardins publics. Échangisme gay, deal, combats d’animaux… «Maman, c’est quoi le bout de plastique dans le bac a sable ?» Dans ces villes, les gosses comprennent vite que le chômage est une épidémie, la pédophilie une menace, l’ennui une constante. Lille, Rouen, même combat : les petites roues du tricycle sautent haut sur les gros pavés du centre-ville. Les punks puent la bière et portent des mitaines trouées grosses comme des pièces de 5 Francs. On apprend à regarder ses lacets en marchant car les merdes de chiens sentent fort sous la semelle et les caniveaux sont toujours à sec : impossible de s’y laver le pied.

Pourquoi parler de tout cela ? Parce que celui qui n’a jamais pensé au suicide avant ses 10 ans pour des raisons d’ennui dominical forcené ne peut comprendre la musique des Olivensteins. Le son de ces chansons a tout de ma ville « de cœur », comme j’aime la charrier : désabusé, lourd, sans charme sinon celui du pathétique. Rouen, c’était la fierté portuaire française, les derniers débarcadères à être accessibles par la Seine. La fin du voyage en bateau pour les marchandises, avant le grand saut dans la capitale. Rouen, si proche et si loin de la lumière. Mais le drame rouannais, ce sont les centaines de dockers laissés sur le carreau par la fin de l’activité du port. Les dockers rouannais, c’était « le cœur de la ville » comme le disent les anciens. Le 25 novembre 2006 est lancé un appel à ces vieux combattants (à lire ici : http://appelauxanciensdockersrouennais.blogspot.com/2006/11/appel-aux-anciens-dockers-du-port-de.html). Ces héros populaires sont les gangsters, les outlaws, les révolutionnaires de la ville. En Mai 68, ce sont de gros bras tatoués qui ont foutu sur la gueule aux CRS… pas des chevelus, mon pote.

Walking Shadow

Ici, on dit « je descends en ville » car la ville est en cuvette. Ici, on va rue Massacre avec la nostalgie d’un temps que l’on n’a pas connu. Ici, on regarde la place Dominique Laboubée avec fierté, car il est l’incarnation électrique de notre ville. Oui, Dominique c’est l’autre versant à connaître pour comprendre la musique des Olivensteins. Little Johnny Jet, il l’a chanté, pour Tony Truant certainement. Et le Little Johnny Jet de Gonzaï est né de ce pot commun. Regardez à 1min42 de cette vidéo, vous le verrez même naître en direct :

Gamin, cheveux courts, tee-shirt Celio : la découverte des Dogs allait nous foutre la claque nécessaire pour comprendre que la vraie classe, c’est de faire comme si de rien n’était. Français, Normand, accent merdique… Du moment qu’on a le son, l’envie et la rage, il n’y a pas de souci. N’est pas Ray Davis qui veut ? Vraiment. Fuck It ! comme j’aime que l’on me dise. Tu vas voir un peu de quel bois on te chauffe. Cabot, galeux… Tant que mes pantalons sont plus serrés que les tiens. Et j’ai déjà la Rickenbacker, mec…
En trois albums, vous aurez toute les teintes de gris que peut contenir cette ville : Legendary Lover pour l’ambiance générale, Too Much Class For The Neibourghood pour les moments de bonheur (toujours nuancés vous remarquerez) et Walking Shadow pour les nuits éthyliques. Parce que les nuits, bourrés dans cette vieille ville, sont vraiment dures. A côté, les Stinky Toys se torchent dans de la soie.

Maintenant que nous tenons toute l’équation sur le tableau noir, enclenchez la touche Play sur la réédition des Olivensteins. Ne retrouvons-nous pas la même élégance romantique dans la mélodie de Je suis négatif (je ne parle même pas des fins de refrains, 100% Dogs) ? Le côté désabusé et agitateur de vide dans Fier de ne rien faire ? Un sursaut d’élan vital et d’humour résigné dans Euthanasie ? Ce n’est pas rien (cf. Jacques Chardonne). Musique de singes, certes, mais de la branche directe des Flaubert et Maupassant. Tout cela, c’est du même cru. L’architecture bourgeoise n’a même pas changé depuis le XIXe siècle. Écoutez Je hais les fils de riches. Plus aristo-prolo, tu meurs.

Petit message aux groupes du renouveau Novö :

Mettre Jacno, Christophe et Alan Kan en haut de la liste des dandys électriques relève du nationalisme… rien de plus. Aimer ces groupes jusqu’à les citer comme influence majeure est aussi étonnant que de crier sur les toits que l’on aime le Saindoux : on le fait par éducation et non par goût. Guerre Froide, Gazoline, les Olivensteins ne sont pas des groupes importants. Ils le sont uniquement car nous sommes français… Pire : provinciaux. Il faut en parler avec nostalgie et respect, certes, mais jamais avec sérieux. Talking Heads, Television ou même le Bowie de Scary Monsters resteront toujours plus importants. Qu’on le veuille ou non.

Extrait de mon carnet personnel :

26/02/10 : Retour à Rouen : déprimé

27/02/10 : Retour à Rouen : pense au suicide

28/02/10 : N’ai pas tenu un jour de plus

Les Olivensteins // LP 30ième anniversaire // Born Bad
Livret 24 pages / titres Inedits/ remasterisés.

14 Comments

  1. Blandine

    21 mars 2011 at 10 h 07 min

    Ils étaient en ‘dédicace’ à la soirée Born Bad (déprimante) de la nouvelle salle (déprimante) de musiques actuelles de Rouen, il n’y a pas longtemps. Une fierté provinciale c’est vrai! Ceci dit les Dogs quant à eux sont quand-même allés au-delà des limites de l’agglo hein, tu sais?
    Sinon purée, ça donne vraiment pas envie de vivre à Rouen ton truc, là 😉

  2. martin rahin

    21 mars 2011 at 10 h 29 min

    when you’re growin’ up in a small town
    you know you’ll grow down in a small town
    there’s only one good use for a small town
    you hate it and you’ll know you have to leave.

    Songs for Drella.

  3. sylvain fesson

    21 mars 2011 at 18 h 13 min

    Les Dogs, ça c’était du bon rock agglo-saxon !
    (warf warf warf)

    wwww.parlhot.com

  4. Blandine

    22 mars 2011 at 13 h 11 min

    Ah ah ah… pfffffffffffff…..

  5. Nash

    23 mars 2011 at 20 h 41 min

    C’est que je viens de Rouen, moi aussi… Et en plus, je suis un vieux…

  6. Nash

    23 mars 2011 at 20 h 44 min

    « ..Parce que les nuits, bourrés dans cette vieille ville, sont vraiment dures… »
    Je confirme. Et me permets d’ajouter : « parfois virilement douloureuses… »

  7. Victoria

    24 mars 2011 at 15 h 45 min

    « Ici, on va rue Massacre avec la nostalgie d’un temps que l’on n’a pas connu. Ici, on regarde la place Dominique Laboubée avec fierté, car il est l’incarnation électrique de notre ville.  »
    C’est quand même étrange, j’ai vécu à Rouen après Mélodie Massacre, et j’ai du en partir peu de temps après l’inauguration de la place Laboubée. Dont je n’ai jamais été fière, en passant.
    Parce qu’entre ces 2 époques, il s’est quand même passé des choses, à Rouen. (Un vivier de groupes, des assos qui organisent des concerts à la pelle, qui font venir des groupes qui viennent des 4 coins du monde. Et pour avoir vécu 17 ans à Dieppe, crois-moi, Rouen, même avec ses merdes de chien et le square Verdrel, on ne crache pas dessus.)
    Et des Dogs, outre quelques titres, j’en retiendrais des vieux aigris qui regardaient tout le monde de haut depuis le zinc du Prado.

    « Ah, mais, c’était mieux avant! »

  8. sylvain fesson

    24 mars 2011 at 19 h 12 min

    Nan mais c’est juste que Little Johnny Jet affectionne la saleté, les coins poisseux, tout ça. A chacun sa mythologie hein, et son niche-chienne de vie ahaha

    Sylvain
    http://www.parlhot.com

  9. Ben Casbah

    26 mars 2011 at 11 h 17 min

    « Mettre Jacno, Christophe et Alan Kan en haut de la liste des dandys électriques relève du nationalisme… rien de plus. Aimer ces groupes jusqu’à les citer comme influence majeure est aussi étonnant que de crier sur les toits que l’on aime le Saindoux : on le fait par éducation et non par goût. »

    c’est sacrément bien pensé et bien dis, une sage parole. bravo

  10. BSTR

    26 mars 2011 at 11 h 35 min

    C’est certainement bien dit mais tout de même sacrément faux. Si pour atteindre la cime des palmarès il suffit d’être édenté, pisser de la bière et ne rien connaitre aux solfège, well alors oui toute la clique des ventripotents – avec tout le respect que j’ai pour eux – dépasse nos dandys en costume blanc.

    Ce sont deux écoles, deux visions; les opposer est à mon sens strictement absurde, on ne compare pas les tissus d’Italie et les T-Shirts mouillés.

  11. Johnny Jet

    27 mars 2011 at 20 h 07 min

    Mais de quoi parles-tu?

    « Si pour atteindre la cime des palmarès il suffit d’être édenté, pisser de la bière et ne rien connaitre aux solfège, well alors oui toute la clique des ventripotents – avec tout le respect que j’ai pour eux – dépasse nos dandys en costume blanc. »

    Bowie, Talking Heads, Television…

    J’oppose ici une culture française qui reste « insignifiante » (bien que adorable pour nous) à des groupes qui resteront majeur.

    C’est tout.

  12. serlach.

    27 mars 2011 at 21 h 43 min

    yep sauf qui si tu veux mon avis jet c’est un peu en dehors des clous cette conclusion et pour tout dire, je ne suis pas vraiment rentré dans ton cerveau sur ce papier, no offence mais trop perso sur le coup (c’est la qualité de ton défaut de ta qualité). Pour la culture française j’aimerai simplement souligner que tu peux considérer que le résultat musical n’est pas à la hauteur de tes fantasmes mais par contre historiquement la culture française a été une source d’inspiration énorme pour Bowie, Talking heads et television (un certain verlaine par ex).
    Pour les Olivensteins on parle de punk et dans ce cas là il n’y a pas photo, l’influence des situationnistes est simplement primordiale sur les petits anglais et même les new yorkais.

  13. Johnny Jet

    27 mars 2011 at 21 h 53 min

    Ce que tu dis est vrai.

    Je voudrai juste précisé ici que ce texte ne parle en rien de mes « fantasmes » .
    Pas de projection et d’idéalisation des « coins poisseux ».

  14. Pingback: LES OLIVENSTEINS ::: Eric Tandy, anatomie d’un punk rouennais | Gonzai

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