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L’âge d’or de Yan Hart-Lemonnier

« Le souvenir n'existe pas, il n'y a que ses échos », disait un penseur anonyme sauvé de l’oubli éternel par les moteurs de recherche des internets. Ca tombe bien : cet aphorisme résume à merveille le troisième album du musicien angevin Yan Hart-Lemonnier, chantre de la 8-bit récréative, qui s’offre aujourd’hui une parenthèse électro-nostalgique radieuse. On s’en souviendra.

Bermuda, baskets, chemise à fleurs… Lorsque l’on rencontre Yan Hart-Lemonnier en cette fin d’été, dans la langueur d’un dimanche après-midi familial marquant la clôture de l’excellent festival Teriaki, au Mans, le musicien angevin arbore la panoplie de l’éternel adolescent. Avec en prime sa barbe fournie et ses cheveux longs semi-attachés en catogan, ce grand bonhomme au physique de basketteur apparaît comme le crossover parfait entre un hippie et un skateur. En laissant notre imagination s’égarer probablement un peu trop loin, on croirait presque voir Demis Roussos (période Aphrodite’s Child) ressuscité en fan de hardcore mélodique… Mais rassurez-vous, musicalement, ça n’a rien à voir.

Patron pendant 12 ans du label de « musiques incongrues » Egotwister, Yan Hart-Lemonnier pratique l‘électronique instrumentale, tendance 8-bit désordonnée, foutraque et festive. C’est tout du moins ce qui a fait sa renommée, auparavant sous le pseudonyme d’Edmond le prince, puis sous sa véritable identité avec deux albums rafraîchissants, « La Fin de l’électricité » (2012) et « Valeurs Modernes » (2016). Mais ce troisième disque, baptisé « Souvenirs de l’âge d’or », marque un tournant. À 44 ans, l’ex-gourou du chiptune s’aventure en terres ambient, pop, voire à deux doigts du post-rock. Et il dévoile surtout, pour la première fois, une œuvre plus personnelle, intime et introspective.

Bâti comme une « chronique familiale » par un homme qui commence à voir le temps lui filer entre les doigts, ce disque empreint d’une forte nostalgie explore la notion de mémoire et interroge, avec toute la tendresse qui caractérise son auteur, la nature même du souvenir. La puissance évocatrice des compositions fait le reste… Et à l’écoute, on plonge aisément dans ses propres souvenirs pour contempler ou réinterpréter, à distance, les moments clefs de notre propre existence.

La bouche en cul de poule, en tripotant la branche de nos lunettes de hipster à mille balles, on pourrait lui demander sans une once de second degré, si ce n’est pas « tout de même, l’album de la maturité ? » Mais comme on a une très bonne vue et qu’on préfère éviter les questions de merde, on va plutôt lui avouer qu’on préfère largement ce Yan Hart-Lemonnier là à celui qui agite dancefloor. De quoi le chagriner un peu, mais pas trop. Alors, on fait le tri, Yan ?

Yan, de quel « âge d’or » est-il question dans ce disque ?

Oh bah pour moi, c’était assez évident : c’est l’enfance, tout simplement. Un âge d’or auquel on peut tous s’identifier, celui que l’on peut, pour la plupart d’entre-nous, idéaliser.

L’enfance, c’est ton âge d’or à toi en tout cas ?

Et bien, pas forcément en fait… Alors bon, je n’ai pas eu une enfance malheureuse. Mais je n’ai pas l’impression d’avoir eu non plus une enfance magique, idéale… Malgré tout, ça reste une période de ta vie où tu as moins de soucis et où tu as encore plein de rêves.

C’est donc la nostalgie de cette période là qui t’a poussé à composer ce disque ?

Non. En fait à la base je voulais faire quelque chose en hommage aux souvenirs de mes parents. Quelques morceaux leur font directement référence. Mais d’autres choses se sont greffées dessus. Tout est parti d’un morceau qui évoque pour moi ce que pourrait être ton humeur à la fin de ta vie, un moment un peu crépusculaire où tu regardes en arrière, en repensant à tes souvenirs les plus lointains, mais qui parfois ne t’appartiennent presque plus tant tu as changé. Par exemple, quand je repense à moi à 15 ou 16 ans, j’ai l’impression de ne plus être cette personne ! Donc ce sont presque des souvenirs de souvenirs. Ça peut être aussi des choses fantasmées. C’est ça idéaliser le passé : t’as des souvenirs marquants mais tu ne sais plus dans quelle mesure tu les as enrichis ou exacerbés. Et puis, si chaque titre évoque effectivement quelque chose de très précis pour moi (un endroit où j’ai habité, un trait de caractère de mon père ou la naissance de ma fille… ), comme j’écris de la musique instrumentale et non des chansons – pour moi la nuance est très importante – et bien ces histoires que je raconte, personne n’est obligé d’y voir ce que j’ai mis dedans.

Tu cherchais depuis un moment à écrire ce disque plus intime, plus introspectif. Pourquoi maintenant ?

Ce disque aurait dû être mon deuxième en fait. J’avais commencé à bosser dessus mais à l’époque, ça ne venait pas… Et finalement, j’ai réussi à l’écrire alors que j’essayais au départ d’en faire un autre ! Donc, difficile à dire… Je ne sais pas, c’est peut-être, oui, la naissance de ma fille. Je l’ai fini alors qu’elle n’était pas encore née et dans ces moments-là tu te poses plein de questions sur la vie, le temps qui passe… Voilà, le moment devait être propice.

Est-ce que cette démarche explique aussi que ce disque soit musicalement un peu différent de tes précédents ?

Oui, probablement. C’est vrai que ça part un peu dans tous les sens : il y a deux morceaux basse-guitare-batterie, deux morceaux dans une veine électronica, d’autres plus ambient sans rythmique… Mais je crois que ça reste quand même assez cohérent. Alors effectivement, mes deux albums précédents, étaient assez proches d’un point de vue sonore et thématique. Mais c’étaient peut-être plus des « compilations », sans une direction globale, si ce n’est le côté rigolo, récréatif. Là, sur ce disque, il y avait une ligne conductrice de A à Z. Je voulais vraiment qu’il transmette un truc précis. Alors que les autres, je voulais juste qu’ils soient un bordel joyeux.

Ce disque me semble beaucoup plus accessible que les précédents, en tout cas pour un public pas forcément de culture électro, comme moi. Du coup, faut que je t’avoue un truc. Perso, je préfère nettement ce Yan là à celui d’avant. Ça te chagrine ?

Effectivement, j’ai l’impression que ce disque attire un peu plus de personnes que les précédents… Ce qui me fait plaisir ! Mais ça m’attriste aussi un petit peu parce que je mets autant de « noblesse » à faire une musique plus enjouée ! Mais je ne sais pas… Les gens ont l’air de préférer les choses nostalgiques et tristes. J’aimerais bien d’ailleurs jouer de la musique plus calme en concert. Le problème, c’est que pour l’instant, je ne sais pas comment adapter ce nouvel album pour la scène. Donc je vais continuer à faire mes petits lives bourrins et rigolos. Mais je jouerai quand même deux morceaux de ce nouveau disque.

En commande (vinyle) et en téléchargement à prix libre sur bandcamp :
https://yanhartlemonnier.bandcamp.com/album/souvenirs-de-l-ge-dor

Dates de concerts à venir :

30 sept. 2017 – Angers, Le Héron Carré – Guinguette angevine
6 oct. 2017 – Nantes, le lieu unique (officiel)
7 oct. 2017 – Clisson, Petite Maison Utopique
22 oct. 2017 – Angers, Festival D, Bar du Quai
18 nov. 2017 – Bordeaux, Wunderbar

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