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LA FEMME
La Femme a des couilles : interview

A l’heure où je commence à écrire ces lignes, on nous a déjà longuement rebattu les oreilles avec Liz Taylor qui vient de craquer son muscle vital. Plus de cœur pour la « sublime salope ». Elton John, coutumier des cérémonies, ouvre son petit cahier de commandes et coche la case à côté de Diana ; la vente d’un portrait warholien va faire un heureux (presque) imprévu, ou bien révéler au grand jour un délit d’initié majestueux.

En ces jours difficiles, nul besoin de préciser que mon fil d’actualité a été largement pollué par des hommages d’apprentis cinéphiles ou de cultureux, façon confiture, pour dire combien elle nous manquera à tous… Personnellement, je m’en bats les couilles. J’ai pas envie d’être le porte-flambeau d’une génération que je n’ai pas connu, ni de passer mon temps à prétendre me sentir concerné par la disparition d’une (ex ?) ivrogne sous prétexte qu’elle avait les yeux mauves. Il s’agit moins d’inculture de ma part que d’une volonté d’être majoritairement le témoin d’une époque qui m’est propre. Une femme s’en est allée, La Femme prend le relais. Vivons avec notre temps, vivons avec nos références.

Être au bon endroit au bon moment, pour pouvoir se dire un jour, « putain, j’y étais », et être du coup assez crédible pour la ramener quand un hommage se fera nécessaire. La Femme, c‘est un pari sur l’avenir, et ces petits jeunes me semblent assez bankables pour pouvoir entrer dans mon cercle d’intérêts, très restreint je vous l’accorde.
Quand Bester m’avait proposé de rencontrer le groupe dans le cadre de la soirée Gonzaï/Actionnaires à Bruxelles, je m’étais jeté à l’eau, bien que je n’eus encore jamais entendu parler de La Femme à cet instant précis. Ma première intention, en fait, était de cesser d’avoir l’impression d’être un correspondant du plat pays pour Gonzaï. Relier Paris à Bruxelles était la meilleure idée possible pour mettre fin à mon impression d’isolement, renforcée par les affiches démentes des soirées Fear & Loathing qui se passaient si loin, là bas, chez les frogs. Assurer cette soirée c’était donc, symboliquement, rencontrer des cyber-copains que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam. Les joies de la génération internet.

Le soir venu, je débarque en plein sound check au Café Central à Bruxelles.

Moi qui m’attendais à un quatuor au maximum, je suis assez surpris. Pas moins de sept marmots sont en train de faire un potin d’enfer. Trois meufs attirent l’œil, deux blondinets décolorés façon « le village des damnés » assurent le ratio visuel masculin, et deux autres musiciens, plus discrets, complètent la bande. Je rencontre Marlon, l’un des deux peroxydés aux manettes de La Femme. Il a la gueule du petit cousin un peu cool de la famille, celui à qui on aimerait filer des tuyaux pour s’éclater et qui vous rigole à la gueule dans la seconde en vous faisant déjà passer pour un vieux con. Merde mec, j’ai que 27 ans… Je m’installe à leur table encombrée de bières, whisky-coca et picole en tout genre. J’ai à peine la place pour poser mon bic. J’ai envie de râler, ils m’énervent déjà ces gamins. Trop de fricotages, trop de chahut. Y a moyen de bosser en paix oui ?

On parle du band, de la tournée aux States qui vient de s‘achever, d’auto-production et de collectif façon système solaire. Je suis admiratif de leur détermination sans faille. Pas de prise de tête, pas d’esthétisme tapageur, pas de discours avant-gardiste qui justifierait la touche rétro de La Femme ; juste de la musique, de l‘énergie, du sexy en diable, des évidences, des raccourcis pratiques et de l’ambition.

Ça commence avec une bande-son pour un documentaire orienté surf, la musique au service de l’image, et ça se termine avec des images au service de la musique. Des images bien souvent censurées : un clip osé et une couverture de maxi plus charcutée qu’édulcorée pour iTunes, qui n’est pas sans faire écho au cas Frode Steinicke vs. Facebook. Des opportunités live, un line-up qui s’agrandit au rythme des rencontres, pioché dans les bandes de potes. Une tournée presque improvisée via quelques contacts implantés de l’autre côté de l’Atlantique. De nouveau un line-up qui évolue. Sûrement beaucoup de fêtes chargées de libido primaire et d’autres trucs foutrement cools d’adolescents qu‘on ne sera plus jamais.

Après une séance photo façon « nouveaux blasés », La Femme monte sur scène. Teen porn movie on stage. Debbie Sherry from L.A. prend les choses en main et sait manipuler les foules dans son petit shorty. Les bombinettes fraîches et sexy, envoyées par trois Ronettes acidulées et déjà higher, s’enchaînent et font sourire niaisement comme le souvenir de la première main (étrangère) glissée dans notre pantalon. Un romantisme libidineux à trois francs six sous se dessine dans les volutes de fumée du Banana spliff qui passe de main en main, comme un trophée de cool attitude forcée. La formation est polymorphe et le concert s’organise à la façon d’une énorme chaise musicale entre les membres du groupe. Ça touche à tout, ça chipote, ça tourne les boutons, ça voyage sur scène, ça change la balance en cours de set dans une inconsistance et une immaturité qui les rend finalement sympathiques, à la façon de tous ces kids qui jouent dans leur garage. BB grimpe sur La Planche. Le Péril Jeune fluo sous la pluie grise de Bruxelles. Les Stinky Toys portent du Quicksilver. Anti-taxi en cavalier seul entre les plaines Billy et les nouvelles vagues. Le Central, bondé, répond à l’appel des sirènes.

Je recherche des sensations, je ressens des sensations.

La Femme, c’est le groupe qui risque de plaire aux vieux et aux aigris, en plus des autres. C’est une boîte de Pandore proustienne qui nous renvoie dans un passé mille fois fantasmé, rempli de soleil, de plages, de nanas, de bouteilles de bières vertes, de frime, tandis qu’on conduisait nos premières mobylettes sous la pluie avec une fille moche qu’on a failli foutre en cloque accrochée à la taille, et un seul but dans la vie : celui d’acheter un chien pour se sentir moins seul. La Femme, comme le chien, le meilleur ami de l’homme ? Je vais chercher un pack de six bouteilles vertes et je vous réponds…

Photos: Noah Dodson

http://www.myspace.com/lunaetlescontacts

LA FEMME – SUR LA PLANCHE (official music video) from George Trimm on Vimeo.

3 Comments

  1. Pingback: MATHIEU LESCOP ::: A la sortie d’Asyl, toujours en exil | Gonzai

  2. Disso

    19 avril 2011 at 17 h 09 min

    J’aime beaucoup cet article qui retranscrit, mieux que je ne le dirais jamais, exactement ce que je pense du groupe. Sinon, il parait qu’en live c’est encore très jeunot, dommage.

  3. Pingback: ROUTE DU ROCK 2011 ::: Saint-Malo en trois actes | Gonzai

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