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LA DAME NOIR
« Paris ! Paris ! On t’enc**e ! »

Des politiciens véreux, un club de foot aux abois, des poubelles qui débordent, des cigales qui chantent avé l'accent, ce putain de Marcel Pagnol, des jeunes en survêt' de Milan armés de kalachnikovs: dis-toi bien que la nouvelle compilation dance du label La Dame Noir ne va pas changer l'idée que tu te fais de Marseille.

L’histoire? La Dame Noir c’est un club sur le Vieux Port de Marseille, dans des caves. Pour te faire une idée de l’intérieur, c’est comme le Silencio à Paris, sans David Lynch : la lumière est rouge, les chiottes sont pourries et tu as une chance d’y rentrer. La dernière fois où j’ai passé des disques là-bas, un mec de quarante balais complètement bourré me gueulait dessus sans arrêt : «mais paaaaaaasse Depeche Mode, putain, y a personne qui danse, là!». Il y avait aussi un mec qui est resté collé tout contre moi tout la soirée, en me hurlant à l’oreille : «Fafa, tu connais pas Fafa ?! C’est mon cousing’ ! ». La Dame Noir, le seul club où on taxe des clopes au DJ, et où, passé une certaine heure, c’est réellement un très gros bordel. En 2015, à l’heure de la Pitchforkisation des esprits, cela devient quelque chose de sacré.

La nuit, on peut y croiser en vrac : des homos en marcel échancré, les kékés de La Ciotat en total look G-Star, des graphistes en K-way fan de Jamie XX, la cagole niçoise au bras d’un mafieux corse, les bikers de La Joliette, des blogueuses de merde, des hipsters de 2009 ou desrockab’ à rouflaquettes, Jean Dujardin, des gamines sous MD avec des yeux tout love, les vieux beaux en mocassins sans chaussettes qui font «péter» la bouteille, des étudiants fauchés, de faux gitans en survêt’, de junkies, dealers et nouveaux punks. Et devant ce public, les DJs se succèdent pour balancer une sorte de house ultra-ralentie teintée d’effets à la Sisters Of Mercy à t’en faire saigner les tympans.

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Actuellement on commémore l’époque du Pulp et il serait bon qu’un Marseillais se réveille et raconte ce qui se passe VRAIMENT dans ce club.

En attendant ce témoignage, les mecs nous sortent une compilation pour y voir plus clair : « Darker it gets, clearer we see ». La particularité de ces gars, c’est le tempo. TRES lent. Slow is the new fast, c‘est leur slogan. Un soir, les mecs m’ont donné comme consigne de jouer entre 80 et 105bpm : Pour te donner une idée : Billy Jean, c’est 109.

Pourquoi cette fascination pour les beats ralentis ? Mystère. En attendant, on décélère tout et les disques prennent une autre dimension: les basses deviennent étouffantes. Le public devient hystérique et se met à ressembler à ces personnages de manga, comme l’Akira de Katsuhiro Otomo quand ils se transforment en mutants radioactifs, la bouche déformée par l’effroi. Sur cette compil’, curieusement, les Marseillais ont juste décidé de sonner comme une version chopped & screwed de l’album « Iron First » de Motörhead sorti en 1982. Avec tous ces tempos qui tournent à 108 BPM, on pourrait s’attendre à de la lounge house dégueulasse. Cependant, c’est leur posture indie et leur amour du sexe humide qui arrive à insuffler un côté drogue dure et à sonner, au final, comme du shoegazing sans guitare. Oui : un peu comme ce vieux groupe indie 90’s, Drop Nineteens, qui trainait son spleen à la Larry Clark. Mais sans guitare et en très pute. Vulgaire, même, la pute: mini-jupe en skaï, rimmel qui dégouline, bas résilles filés et accent de Béziers.

A force de vouloir sonner club déviant, évidemment, ils en arrivent à sonner très pop et donc très accessible. Rappelons que la dance music ne s’écoute pas forcément dans des clubs au milieu de kids de 20 ans qui commandent des verres d’eau. On pensait ces arguments balayés depuis la sortie de « Screamadelica » de Primal Scream le 8 octobre 1991. Mais non: les labels de dance music ne sont pas uniquement fait pour les « disc-jockeys ». Tu peux donc écouter cette compilation chez toi. C’est même plus sain.

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Bon, ok, et qu’est-ce que l’on trouve sur ce truc de Marseillais? Des emplois fictifs au Conseil Général?

Dès l’introduction, ils nous rappellent qu’ils ne sont pas là pour vous rejouer la partie de cartes de Marius. Sur son titre You can play, avec ces vocaux mi-pute-mi-soumise, le jeune dj-producteur Amevicious a tout simplement décidé de reprendre les choses là où le label Italians Do It Better les avait laissé quelque part en 2009. Puis c’est une belle surprise d’entendre Did Virgo nous raconter ces histoires de serpents dans les yeux (?!). Surprise, car tout jeune, j’enregistrais religieusement ses émissions radio Losing control sur des K7 scotchées. Et c’est grâce à ce genre de héros de l’ombre que j’ai connu et aimé la techno en province.

Sur ce disque on repère aussi d’autres punks à moitié gothique qui veulent donner leur version électronique du répertoire de Glenn Danzig & the Misfits : un Dancing Delight signé Dawad ultra aciiiiiiid qui te donne envie de courir dans tous les sens comme un Axl Roses possédé sur la scène de l’hippodrome de Vincennes 1991 pendant le solo de Paradise City. Ou encore le belge Johnson, avec un Liebe Safe plutôt Italo-Testarossa en mode Kirlian Camera.

On conclue dans le bon goût ultime avec un morceau de nos chouchous Vox Low en mode jeunes gens modernes : un I’m dreaming of you pas si éloigné du groupe Felt. Très pop, chanté-ligne claire mais avec une menace new wave planante qui met mal à l’aise. Et on les remercie pour ça.

Anyway, plus qu’un aperçu, cette compilation tente juste de remettre les choses au point : La dame noir est un des meilleurs labels. Et on aurait tort de ne pas lui être fidèle. Et ce n’est pas Mathieu Valbuena qui me contredira.

Compilation La Dame Noir // Darker It Gets, Clearer We See
http://ladamenoir.fr/

1 Comment

  1. glafouk

    9 novembre 2015 at 18 h 20 min

    On y sert des bicky burgers au minerais d’poisson dans la cave ? (« slower WAS the new fast », les cagoles flamandes s’étaient légèrement déjà dit ça accidentellement par Anvers vers 89….)

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