LE CuLTE
//////////18 JUIN 2012

KIM FOWLEY
The outrageous interview

Client des fossoyeurs, Kim Fowley en est un de premier ordre. C’est ainsi que pour la énième fois, ce monstre ô combien vivant vient de fixer la faucheuse au fond de la rétine – lui, coincé entre un scanner et des tuyaux dans un hôpital – en lui intimant l’ordre express d’aller se faire mettre ailleurs. C’est pas R.I.P., c’est ripe ! Et fissa ! « I’m a Monkey Fuck ! » Machin intraduisible, mais qui résume bien toute l’affaire : quatrième cancer, toujours debout, le foutre aux lèvres à presque 73 ans. De passage à Paris pour un concert psychotique, Kim se la joue face caméra pour Gonzaï pour, du haut de ses deux mètres, nous faire bouffer l’hostie du rock’n'roll. À presque 73 ans, qui dit mieux ?

Invité par le festival Sonic Protest à traverser l’Atlantique en dépit de sa condition physique not on top, l’Américain fait feu de tout bois ; regard perçant et verbe haut, injurieux comme à l’habitude. Comme avant, quand ça glissait tout seul, quand il produisait ces montagnes de singles pour des groupes montés de toutes pièces, ou se mettait lui-même en scène dans des situations scabreuses incluant productions démentes, impossibles, hurlements psychotiques, chaos rampant, bubblegum pour vicelards.
Notons que Kim Fowley ne pourrait plus exister à l’heure actuelle comme le motif de fâcherie qu’il fut alors : outrageux, farouche, emmerdeur public, anarchiste hilarant, entubeur, chef de gang, bouffeur de chattes émérite, acid freak, cinglé notoire ramassant le pognon à pleines brassées tant qu’il pouvait, punk ultime, etc. Impossible à suivre dans cette société infantile et protectrice de niaiseries ambiantes dans laquelle nous pataugeons mollement de notre plein gré. Autant demander à feu Hasil Adkins ou Roky Erickson de militer pour la sauvegarde des pandas asiatiques ou la disparition des tricycles. Rien à battre, il faudra écouter, ivre ou pas, son album « Outrageous » (1968), histoire de savoir à qui on a affaire.

Loin d’être un bleu, il aura joué avec tout le monde ou presque ; enfin, avec tout ce que la Baie pouvait concentrer comme phénomène mutant, voire pire. Doo wop, rock’n’roll, girls groups, bubblegum, pop, psyché, hard rock, métal, etc. Autant d’étiquettes qui ne servent à rien sinon à reconstituer une somme, un puzzle dément partant de la fin des années 50 jusqu’à aujourd’hui. Qu’on en juge à son pedigree : l’immense hit pour garagistes hallucinés The Trip, déjà, c’est lui. Ont traversé son champ de vision : Phil Spector, Gene Vincent, the Murmaids (Popsicles and Icicles, sublime), l’hymne surf des Rivingtons – plus tard magistralement repris par les Trashmen puis les Cramps — Papa-Oom-Mow-Mow, les Mothers de Zappa (interviewé sur son éphémère collaboration avec la Moustache Humaine, Fowley aura cette sentence définitive « Je ne suis pas resté très longtemps, ne voulant pas devenir le Brian Jones de l’affaire… »), Paul Revere, Soft Machine, Byrds, the Fire Escape, Belfast Gypsies, Warren Zevon, Modern Lovers (avant  l’épisode John Cale), Stooges (Si ! Il a failli remplacer l’Ig lui-même, parti faire un rapide tour chez ce qui restait des Doors), Kiss, Alice Cooper, ou encore le 45t mythique de Napoléon XIV (voir l’entretien vidéo ci-dessous). Sans compter son amitié durable avec Mars Bonfire de Steppenwolf — omniprésent sur l’album « Outrageous » — dont il reprendra l’historique Born to be wild. Mais son coup magistral, qui perdure encore aujourd’hui via le biopic du même nom, sera d’avoir conduit sur trois albums les quatre donzelles très masculines the Runaways (soit Joan Jett, Sandy West, Lita Ford et Cherry Curie) au pinacle.

Acoquiné aujourd’hui avec la plantureuse Snow Mercy qui l’accompagne désormais partout, Kim Fowley aura finalement fait son show parisien flanqué de Grégoire (fine lame chez Tav Falco) et de trois autres musiciens pas manchots non plus (mon royaume pour une Fuzzbox !), tous recrutés à l’arrache l’avant-veille dans un resto du coin (Chuck Berry’s never die !), devant un public au trois-quarts médusé. Entre déclamations diverses et variées à fortes connotations sexuelles et absurdités dont lui seul a le secret, il conduira – dans le sens orchestral du terme – son groupe comme s’il le PRODUISAIT véritablement, lors de cette sorte de jam session ténue dans laquelle on reconnaîtra les riffs de Waiting for the Man, Sweet Jane, The Trip, Gloria et je ne sais plus quoi de grinçant. Bon sang, quel homme !

La séance photo avec l’ami François Grivelet n’était pas piquée des vers non plus. Ça se passera après le concert, quand le conceptuel et soporifique Tony Conrad gratifiera l’assemblée de son SEUL et UNIQUE accord de violon une heure durant (au secours !). François, refoulé presto par un professionnel de la profession qui installait ses lampions, aura finalement l’idée de faire poser le Kim dans le pipiroume de l’église, Fowley jetant distraitement une oreille vers les matelas sonores de Tony Conrad : « Hmm, je pense que c’est la plus belle chose que j’aie jamais entendue (pause) Hmm… Non, en fait, c’est sans aucun doute la PIRE. » Retour des rockeurs au bar, Kim Fowley distribuait GRATUITEMENT ses affiches, attablé quasiment à la croisée du transept, à une foule pieuse, aux petits oignons avec les grâces féminines, dispensant paroles, souvenirs et cajoleries, quand une vision digne de Lourdes nous apparut. Impossible de se gourer : prenant des poses de discobole ventru, Dédé Mishimax ! Loin de ses fantasmes de seppuku, l’artiste laissait les flashs photo crépiter sur son corps. Peint en noir (il suffit de peu), on l’aurait donné comme pochette de Grace Jones…

Le reste de la soirée ne se raconte pas. De toute façon, nous autres et certains Truands de hauts faits se feront jeter du bar improvisé (dans une église, bravo) pour cause de ricanements intempestifs. Faut avouer qu’entre notre épanchement rabelaisien pour la communion dans la joie vinicole et le concerto pour ustensiles de cuisine que l’on subissait alors, la messe était dite.

Réalisation: Xavier Reim
Interview: Serlach, Sam Ramon

Photos: François Grivelet 

7 commentaires

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  1. zzw

    Très bon article, on était au même endroit et on a visiblement vu et entendu les mêmes choses. « Silence au bar s’il vous plait, respectez la performance » ai-je cru entendre à un moment… gloups. Éternel respect pour l’éternel Kim Fowley dont la moins éternelle affiche trône au-dessus de mon lit.