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Jonathan Bree, sans faire de bruit

Pour sortir du train-train de la Pop Globale, Jonathan Bree le prouve : il n’est pas inutile de dégainer la carte kiwi.

C’est une histoire qui remonte à l’été dernier. Au milieu de dizaines de ses congénères, un single nommé You’re So Cool se pose sur la Toile, accompagné d’un clip. Sur l’image en noir et blanc, on y voit des musicien.ne.s sans visage jouer avec une lenteur consommée un morceau pour crooner pop languissant. S’en dégage une atmosphère assez intrigante, parcourue d’un je-ne-sais-quoi tenace et lancinant ; comme une archive de Top of the Pops mise en scène par David Lynch sur une télévision d’Etat d’à l’est du Rideau de Fer. Mais il y a peut-être encore plus étonnant : cette vidéo conceptuelle, impassible et anti-cool au possible, signée d’un second couteau indé néo-zélandais, a dépassé la confidentialité qui lui était promise pour rencontrer un joli succès public – plus de quatre millions de vues au moment où je tape ces lignes sur mon clavier. Davantage qu’une passade, un mini-hit inattendu – comme une réplique du Cigarette Duet de Princesse Chelsea auquel Jonathan Bree prêtait sa voix, il y a déjà sept ans.

À partir de là, ce fut comme si le manitou du label Lil’ Chief s’amusait à faire poireauter ceux et celles qui le guettaient au tournant. D’abord annoncée pour mars, la sortie de ce troisième album solo fut repoussée au mois d’avril, puis à début mai. Fin mai : toujours rien à l’horizon. Depuis son île au long nuage blanc, Jonathan Bree semblait s’ingénier à différer le moment du rendez-vous véritable, à la manière d’un soupirant pétri d’angoisse à l’idée de tomber le masque – même si on se doute que de tels reports successifs ont plus à voir avec des « soucis techniques indépendants de sa volonté » qu’avec un trouillomètre bloqué à 0,2 face à la mire. Lui tient-on aujourd’hui rigueur de tels atermoiements ? Pas le moins du monde. Car, enfin arrivé dans nos chaînes hi-fi, « Sleepwalking » met toutes les réticences et toutes les résistances sous l’éteignoir. Disons-le simplement : ce disque est superbe.

En esthète mystérieux se plaisant dans l’ombre, Jonathan Bree y arbore les passements d’une suavité choisie, un brin surannée mais toujours aussi faramineuse. Il suffit, du reste, de quelques secondes à peine, le temps que les premières mesures de Sleepwalking viennent aux oreilles, pour deviner que le roucouleur ténébreux a travaillé ses chansons un peu plus longtemps que trente secondes en attendant qu’un.e cycliste harnaché.e d’un gros sac fluo vienne lui livrer son poulet tikka masala. Au menu du natif d’Auckland, qui se présente lui-même comme un workaholic et un reclus social, c’est plutôt préciosité précise, glamour feutré et frisson nébuleux. Et on ne passe pas les plats, surtout pas. Des chœurs de Boombox Serenade (comme aspirés par un vortex d’outre-monde) à Valentine (slow délicieusement paradoxal), en passant par ce Fuck It qui rendrait jaloux Julian Casablancas, ou l’irrésistible doublette You’re So Cool / Say You Love Me Too : tout y est fin, impeccable. Seules les âmes les plus vétilleuses pourront tenter – et la tâche sera complexe – de déceler une fausse note dans cette boîte à musique mise au point avec un soin méticuleux.

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Beauté somnanbule

Encore plus que des morceaux, ce qu’on remarque aussi, c’est qu’il y a là des chansons. Oui, on chante, garçon comme filles (Clara Viñals et Princesse Chelsea sont invitées en renfort). Des chansons sobres, belles. Appliquées. Flirtant avec l’étrangeté, parfois. Mais toujours d’un maintien classieux et garanties 100% inusables – le premier million de fois qu’on les entend, tout du moins. Et avec la voix grave de Jonathan Bree qui habite le crépuscule, planant au-dessus des mille petits sillons d’une production orfévrée, quatre étoiles : guitares bougonnes, nappes de cordes somptueuses, batterie mate, petites touches de pianos ou de glockenspiel, lignes de basse à se damner (celle de Say You Love Me Too est un bijou).

Ce n’est pas le moindre des mérites de Jonathan Bree de ne jamais faire loucher cette richesse orchestrale vers une lourdeur rococo ou de l’esbroufe de tâcheron compliqué ; inspirée par la pop baroque des 60s (celles de Scott Walker, Lee & Nancy, Serge & whoever), elle est toujours empreinte d’une grâce, d’une retenue et d’une fluidité évidentes. Autant de qualités qui animent ces onze petites pièces, dont le passeport affiche très certainement le tampon d’un espace-temps immaculé. Bref, qu’un avion-cargo m’affrète vingt autres merveilles de cet acabit d’ici la fin de l’année et je m’empresserai derechef d’arrêter de jouer les esprits grognons sur … plouf plouf … allez, non, je n’ai même pas envie de jouer la langue de vipère ici, même juste en citant un nom. Ça jurerait trop avec le raffinement des chansons de ce séparatiste élégant. Pour tout vous dire, en fait, ce disque est tellement mirifique que je m’empêche parfois de l’écouter, de peur qu’il n’aille me faire danser avec la porte de mon frigo vide.

Finalement, avec ses mélodies insinuantes qui rampent jusqu’au cerveau, ce LP est fidèle à son nom. « Sleepwalking », le somnambule. L’hypnotisé. C’est une balade nocturne hors du temps, un demi-rêve un peu humide, un peu merveilleux. Quarante minutes bleues-noires à savourer chez soi, plongé dans un clair-obscur propice, seul.e ou (bien) accompagné.e. On ne va pas vous faire un mode d’emploi – chacun.e verra midi à sa porte, après tout – mais je sais qu’à titre personnel je me verrai assez mal le pousser à fond les ballons dans un barbecue arrosé au cubi du Carrefour Market. Ça ne collerait pas ; ce disque a quelque chose d’un petit secret chrysalidique à préserver d’une lumière trop vive.

Alors, si vous saturez d’un été renardant la crème solaire et la sueur de footballeur, voilà l’antidote idéal – beaucoup de Bree pour rien que du bien.

Jonathan Bree // Sleepwalking // Lil’ Chief Records
https://jonathanbree.bandcamp.com/

En concert le 22 août à Paris (Point Éphémère) et le 24 août à Bordeaux (IBoat)

9 Comments

  1. Bébére Mother fucked par l'arrierre

    8 juin 2018 at 15 h 01 min

    Justin Beber, Yes

  2. nesta12

    8 juin 2018 at 20 h 20 min

    « inspirée par la pop baroque des 60s (celles de Scott Walker, Lee & Nancy, Serge & whoever), » que de raccourcie et de fantasme, je cherche dans cette merde en barre 78 carats sous haute influence des 80’s une once d’influence de Scott walker et consorts .je prononce une fatwa contre les pigistes scribouillard lambda de Gonzai .Punaise mon cher Obergruppenführer BESTER DE GONZAI tu les recrute ou tes pseudos pigiste?à l’anpe du coin lol ?

    • Bester

      9 juin 2018 at 10 h 54 min

      Le prend pas mal hein, mais tu es complètement con.

      • mec-toume meetic

        10 juin 2018 at 14 h 40 min

        Médine site de raincoats qui se rasent the beat

      • nesta12

        11 juin 2018 at 16 h 55 min

        ne pas avoir les coup convenu et conformiste de la pseudo intelligentsia bobo hipster blanche parisienne ne fait pas pour autant de moi un con mon cher Obergruppenführer BESTER DE GONZAI

        • CD

          12 juin 2018 at 21 h 23 min

          Non mais t’es un con parce que tu n’as pas écouté l’album mais juste le premier titre « You’re so cool ». Sinon tu n’aurais pas fait un commentaire aussi stupide que de dire que le disque est sous haute influence 80’s et n’est pas influencé par Lee Hazlewood et compagnie. Les influences ne font pas un bon disque (c’est même pas le propos) mais il faut être sourd pour ne pas les entendre. Ou alors de ne pas avoir pris la peine d’écouter et d’être juste là pour venir cracher sa petite haine qui n’a rien à voir avec la musique et, effectivement, de passer pour un con.

    • Sophie la PoutRe c'est ton SoSie

      9 juin 2018 at 19 h 12 min

      Brrr même pas PEUR

  3. Olivier

    17 juin 2018 at 8 h 20 min

    L’ecriture inclusive, c’est vraiment laid. Tant pis pour J Bree, et l’article qui avait l’air intéressant.

    • GB

      17 juin 2018 at 13 h 32 min

      Le prénom Olivier, c’est vraiment laid. Tant pis pour ce commentaire, qui avait l’air intéressant.

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