J'ai aimé l'histoire d'Hamlet / Mais je ne sais pas exactement pourquoi / Il y a certainement des raisons profondes / Mais c'est sans importance (Prologue d'Hamle
J’ai aimé l’histoire d’Hamlet / Mais je ne sais pas exactement pourquoi / Il y a certainement des raisons profondes / Mais c’est sans importance (Prologue d’Hamlet, Johnny Hallyday)
Arrivé aux portes de la postérité (ou du coma, rayez la mention inutile), certaines cicatrices peinent encore à sécher leurs larmes. Hamlet, concept-album effacé par le temps, s’écoute encore au mercurochrome. Un début de réponse pour les anti-sceptiques du Johnny, mais un disque pour les saigneurs.
Il est des concepts qui ruinent une carrière, vice et versa. A trop s’être épanché sur le cas d’école de Melody Nelson, on en oublie que les cancres du fond de la classe ont parfois aussi eu des traits de génie à force de s’escrimer sur des brouillons. En 1975, Johnny a déjà rencontré tout le gratin (Eddie Barclay, Hendrix, Polnareff, etc) toute la variété française, atteint tous les zéniths et publié une poignée de titres connus des stades aux campings de France et d’ailleurs. Johnny s’ennuie, tape du pied, vient d’enregistrer Rock à Memphis, un album de belge né en France qui aurait eu envie de rendre visite à l’Oncle Ben. Comme tous les élèves, Johnny chante du vécu, ce sera « Qu’est-ce que tu fais à l’école », avec une star (Jerry Lee Lewis) qui lui aussi aime bien les sweet sixteen. Puis revient à Paris, une ville qu’il connaît déjà par coeur après 15 ans de notoriété quasi christique. Milieu des seventies, Jesus Christ n’est plus un hippie et Johnny s’emmerde un peu.
L’hiver de la même année, pourtant, le king des campings débute l’enregistrement d’un projet qui semble étrangement lui tenir à coeur: Adapter un monument de littérature anglaise en chanson en version opéra rock, 150 musiciens en studios et un double album à la pochette énigmatique qui dépasse, de loin, la notion du bon goût ou de l’esthétiquement correct. Enigme, mystère, abus de substances illicites.. ou réel désir d’en finir avec le cliché du chanteur pour midinettes, l’adaptation musicale d’Hamlet, de Shakespeare, débute aux studios de Boulogne-Billancourt, entre grandiloquence et stupidité. Fini les looks baby-booms, les bandanas et le perfecto (il y reviendra), place aux tenues royales et le rock en toge soutenue par une armée de violons fantassins. Sommet et vertige d’une carrière aux allures de montagne russe, Hamlet aurait pourtant pu tout inverser les courbes. Il n’en sera bien évidemment rien, je vous rappelle que nous sommes en France. Et que l’icône du peuple s’appelle… Johnny.
Je suis fou comme une tomate / Je ne tiens pas sur mes pattes (Je suis fou)
Ayant comme à son habitude perçu l’avant-garde avec une décennie de retard, Johnny rêve d’un Tommy enregistré en version nationale 7, multipliant les effets de manche sur la production, les arrangements de corde, des claviers assurés par Gabriel Yared (Aïe) et des textes brûlés aux troisième degré. Un ex-violeur aurait demandé à Benabar de décliner Le rouge et le noir de Stendhal en comédie musicale qu’on n’aurait pas trembler davantage. Beauté du temps qui lisse ou vraie miracle visionnaire, Hamlet ne ressemble pourtant à rien d’autre, 35 ans plus tard. Oh bien sûr, on pourrait se reluire les ongles de redécouvrir, comme tant d’autres avant, un disque oublié des masses. Se pignoler tranquillement parce qu’on connaît le seul album décent d’une carrière à l’image d’un pays (Rock+France=Johnny) puis briller en société par sa culture. Si tout cela est bien évidemment vrai, c’est encore sous-estimer la force de ce double disque. Répliques cultes (Ma mère n’est que reine / La reine n’est que femme / La femme n’est que chienne / Un bâtard l’enflamme), musiques aux influences progressives (King Crimson.. eh oui, vous lisez bien), Hamlet est parsemé de fulgurances qui prêtent autant à sourire qu’à aimer passionnément Le vieux roi est mort, sorte de salade niçoise entre Hair, les Who et John Barry. Comme à son habitude, Johnny ne fait que chanter et mimer les accords en barré et c’est Pierre Groscolas, plus connu pour son « incroyable » tube Lady Lay, qui se colle à l’écriture. Franchement, rien ne laisse présager d’un succès pour ce Titanic d’opérette. Sur To be or not to be, répété comme un mantra soul revu et corrigé version Starmania, pleurs et sourires sont couverts par l’instrumentation prestigieuse, le « break » de l’orchestre qui met tout le monde d’accord. Psychédélique, indescriptible, indispensable.

Allumer les lanternes rouges / Le palais se transforme en bouge / Le sang est rouge, les sexes bougent (L’orgie)
Bien évidemment, écrire de l’histoire de Johnny qu’elle est décousue résonne comme une évidence. Sur Hamlet, pas d’exception, le désir de grandeur côtoie le burlesque et l’innocence d’un parolier analphabète rencontre la folie d’un Johnny déchaîné comme un cancre qui ne veut plus redoubler. Hamlet, finalement, c’est un peu Peter Sellers au volant d’un Concorde: Histoires stupides d’orgies royales, choeurs féminins presqu’aussi insipides que ceux du Floyd à la même époque, parties de guitares flanger croquignolesques et cor anglais en embuscade, Johnny tente tout, loin de l’image du chanteur d’autoroute qui colle à ses boots, touché par la Grace(land), beau parce que stupide et génial malgré tout. Dernière incursion du chanteur populaire en terrains inconnus (après Rêve et amour, en 1968), le concept album est, of course, un échec commercial. On fait pas d’Hamlet sans casser des… vous connaissez la suite: Les T-Shirts avec des chiens loups, les fans cinquantenaires tous dignes d’un casting chez Stiptease, les barbecue à chanter Allumez le feu, les publicités pour des opticiens…
Encore aujourd’hui, Il y a ceux qui aiment Johnny et les autres. Revenu de toutes les modes, il a pourtant tout connu, couché avec des yéyés sans Q.I, serré la louche de tous les présidents depuis cinquante ans et sniffer des bols entiers de célébrité à en avoir les sinus encombrés sur trois descendances. Que serait-il devenu si ce disque s’était vendu par camions, qui aurait-il été en d’autres pays, soutenus par d’autres fans? Personne ne sait, et surtout pas Johnny. Au moment du grand deuil national, on aura pourtant appris quelque chose: A défaut d’être King, les borgnes peuvent parfois être rois, au royaume des français.


pour un coup de sang, c’est un coup de maître barbecueteur mon cher bstr, saisi mais pas grillé…
Impossible de réécrire l’Histoire Française de la Belgique hélas.
Cet ovni me fait le même effet que le scud « Laughing stock » de Talk Talk, boudé mais culte.
Bordel, faisons réciter son Hamlet aux enfants de l’école primaire tous les matins
ce hamlet m’avait gâché des vacances à nancy
Le AÏE après le nom de Gabriel YARED me laisse penser que vous ne connaissez certainement pas tous les titres psych’ sur lesquels il a bossé sous divers pseudos. Sans doute un des meilleurs arrangeurs français dans le genre. Pas encore aussi « mainstream » que NILOVIC, SKORNIK ou même VANNIER, ce qui laisse aux collectionneurs le temps de continuer à se gaver avant qu’un petit malin ne pense à sortir une compil’ qui laissera certainement tout le monde bouche bée.
Bonne Recherche !
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consommateur de disques flingués, je n’ai pas hésité à jeter une oreille sur celui- là. C’est effectivement un ALBUM où il n’y a pas une CHANSON qui ressort et permet de faire mouche. C’était se mesurer, sans doute, à Pink Floyd, qui d’autre (on ne me fera pas avaler que Smet s’était pastillé la -pénible- Mort d’Orion de Manset): on achète tout le gâteau, ou rien. Pour l’anecdote, une suite était prévue en cas de succès: l’adaptation des Chants de Maldoror. Pour ce qui est d’Hamlet, les arrangements ne sont pas si mauvais, les textes pêchent par contre, et une partie des claviers est tenue par Jean Shulteis, le rigolo à bretelles qui chantait ‘Confidences pour confidences’.