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JAMES McMURTRY
Complicated Game

Il y a plusieurs façons de chroniquer un disque, et je n'en connais aucune. Peu importe, il y a des albums qui s'écoutent avec instinct sauvage et échappent à des mots comme « éthéré » et plus généralement aux deux pages et demi du dico de la critique musicale. Qui blowent in the wind et repartent aussi sec. Pas le temps de faire le malin, tout juste si on a le temps de prendre une photo souvenir. Séance diapo sur "Complicated Game", du texan James McMurtry.

JamesMcMurtryComplicatedGameLPartLa pochette du disque est une première prise de contact avec le bonhomme, du genre parlante. Un bout de jean large sur des ‘tiagos aux pieds, le tout sur un vieux plancher en bois. Avec deux câbles qui traînent, et c’est tout. Manquerait juste un peu de sépia et tu t’y croirais, des cow-boys, un saloon, et malheur à celui qui baille un peu de la gâchette. Mais pas du tout, si on va bien avoir affaire à un ricain du terroir, ça va rarement sentir l’Ok Corral ou la poudre encore chaude. Le Texas de James McMurtry n’est pas celui du petit George W, mais plutôt celui des va-nu-pieds hirsutes avec une gratte ébréchée à l’arrière d’un pick-up grinçant, quelques pennies qui traînent dans la poche.

Premier constat : avec l’âge, la route fatigue. Si l’album précédent, « Just us kids », avait encore cet entrain country avec parfois un fond de rockabilly qui faisait de James McMurtry une des fines gueules de l’americana post Johnny Cash, « Complicated Game » sonne comme une halte nécessaire dans un Wendy’s propret de bord d’highway après s’être enfilé trop de centaines de miles d’un trait. Ce disque plutôt dépluggé ne manque cependant pas d’intérêt. Le témoignage d’un quinqua qui bourlingue depuis près de trente ans et cherche un brin de calme. Une guitare et un endroit chaud pour jouer quand la belle étoile se caille dehors, bien que How’m I find you now, le premier extrait de l’album, joue le trompe l’œil avec son ampli branché et un phrasé qui rappelle l’urgence crispée du « Subterranean Homesick Blues » de Dylan. Pas de panique, il s’agit seulement d’un dernier reste d’activité nerveuse au beau milieu de l’album, quatre minutes de myoclonies, pas plus.

« Complicated Game » se déguste volontiers, l’air de rien, une B.O. idéale pour s’asseoir dans la pénombre avec une bière après une journée de boulot tendue. Il y a là-dedans assez d’héritage, d’influences, pour se sentir à la maison, dans les moments où on a besoin de s’encroûter cinq minutes dans sa vieille routine avant de repartir faire tourner sa roue. Ouais ce disque est pour moi une évasion momentanée dans le fantasme d’une Amérique rurale des cartes postales, histoire d’échapper quelques secondes aux images bien réelles qui défilent par la fenêtre. Le genre d’album vers lequel je me tourne pour me voir au volant sur la route 87 au sud d’Amarillo, loin des 10 kilomètres quotidiens d’auto-boulot-dodo. Par contre, la voiture n’est pas une vieille Buick 57 mais une Chevrolet Cruze toute neuve, car les chansons de James McMurtry sonnent comme des vieux pots tout fraîchement sortis de l’usine. « Complicated Game » aurait pu s’intituler « vieilles chansons composées il y a cinq minutes ». Malheureusement, certaines concessions à la modernité entachent un peu le tableau, notamment You got to me ou Red Dress et leurs refrains qui ressemblent à cette horreur de neo country qui pullule sur les radios américaines, le genre qu’on n’oserait même pas filer aux téléspectateurs les plus fidèlement nécrosés des Enfoirés.

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Hormis ces deux faux pas, l’ensemble s’avère à la hauteur de sa modeste prétention, offrir un voyage tranquille et pas cher, sans en faire des caisses. A la hauteur des promesses texanes, aussi, car qui a déjà traîné les roues sur les routes du Lone Star State, s’est arrêté faire de l’essence et manger un bout dans le coin sait très bien que l’autochtone n’a qu’une chose en tête, vous cramer la vôtre à la .22 et yeepeeyeah ! Le Texas fait partie de ces endroits où être le bouseux du coin est un projet si déprimant qu’on met les bouchées doubles pour se sortir du guêpier. Et celui qui parvient à s’échapper, qu’il s’appelle Freddie King, Lightnin Hopkins ou James McMurtry, a souvent quelque chose de pas faiblard à proposer.

James McMurtry // Complicated Game // Complicated Records
http://www.jamesmcmurtry.com/

4 Comments

  1. Mistere Patwo

    11 février 2015 at 16 h 40 min

    les bouquins de son père Larry Mc Murtry sont aussi très recommandables…

  2. jeaneric5Perrin

    12 février 2015 at 14 h 45 min

    well done. J’avais interviewé l’oiseau en jeune homme timide pour son premier album, il y a belle lurette. Nous dans le genre dfils d’écrivain qui chante, on a Vincent Delerm, mais dans un sens comme dans l’autre, ça fait pas pareil!

  3. Mistere Patwo

    15 février 2015 at 15 h 06 min

    @ jeaneric5Perrin ( de Best ? ) : en effet rien à voir ! Le Texas s’impose assez facilement.

  4. JRX

    26 février 2015 at 23 h 11 min

    euh, Red Dress est sur « Saint-Mary of the Woods » non ?

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