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JAMES CHANCE ET CHROMB! AU PETIT BAIN
Qui plonge le premier ?

Le 8 novembre dernier, c’est non sans une certaine excitation que nous plongieons dans le grand bassin du Petit Bain pour ce concert réunissant le quatuor Lyonnais de surdoués répondant au dingue nom de Chromb ! et le taulier aux yeux d’argile James Chance et ses fidèles Contortions dont on n'attendait pas forcément la lune mais qui ce soir-là, l’a effleurée du bout de ses doigts d’orfèvres et du haut de sa posture résolument punk - non sans rappeler un autre James, plutôt funk (quoique) dont on ne citera pas le nom dans ces quelques lignes de chapeau.

Les Lyonnais de Chromb ! entament leur set par une intro qui bastonne et met tout de suite dans le bain avant d’enchaîner les chansons maths-jazz bien déstructurées et diablement efficaces de leur dernier disque sobrement intitulé « II ». Mention spéciale au Colis, longue fugue psycho-jazz entrecoupée de passages a capella d’une justesse impeccable qui n’auront de cesse de souligner le sens des breaks et debreaks de ces musiciens savants ayant assimilé une palette de références longue comme le bras, allant du jazz-rock de l’école Zorn ou Zappa en passant par le post-punk de Devo ou la musique d’animation japonaise calibrée au millimètre.

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L’épique ll l’a fait avec sa sœur (du premier album) vient titiller les oreilles d’un public connaisseur composé d’autant de jeunes intrigués par la puissance scénique de cette nouvelle pépite en fusion que de personnes plus mûres à l’affût du James Chance et de son étonnant mojo, agréablement surpris par cette première partie qui n’en a que le créneau horaire. Cette chanson « crimsonienne » cristallise la tension dans la salle, le public palpite au son des envolées du saxo qui fait vibrer les parois de la péniche comme jamais. Rappelons que nous sommes au-dessous du niveau de l’eau et que l’atmosphère compressée se prête à une telle exploration musicale. L’acoustique est simplement parfaite, avec cette impression d’être dans un gros caisson de basse où chaque note résonne brillamment. Le quatuor possède un sens du rythme et de l’improvisation proprement hallucinant avec un batteur menant l’ensemble à la baguette de ses mouvements de virtuoses. Il possède aussi une décontraction  inversement proportionnelle à la complexité des enchaînements mis en place. Le saxophone fou du chanteur, sa voix flirtant avec les aigües les plus improbables et les improvisations géniales du clavier mis en rythme par un véritable batteur jazz, vif comme l’éclair, achèveront de convaincre un public qui en redemande mais n’aura pas le privilège d’être gratifié d’un rappel, l’heure ayant sonné pour l’entrée du boss James Chance, « tête d’à friche » pourrait-on dire.

Le pape fait son entrée dans une forme du feu de Dieu. Il fait bouillir la marmite avec des standards plutôt drunk jazz de son répertoire punchy attisant une adhésion relative du public avant de passer aux choses sérieuses et de venir danser dans le public en mode déglingo, faisant vaciller sa crête tout droit sortie d’un fantasme de pubard responsable du budget Vivelle Dop. Il oscille entre une attitude jazzy poissarde de dandy new-yorkais ayant mordu le bitume envoyant quelques scuds au public en mode Tom Waits et un groove de folie à la James Brown débridant totalement de spectateurs habituellement moins sécoués par la lecture de Jazz Magazine. Plus tôt nous avions aperçu le king papoter avec une vielle canaille de ses connaissances que l’on retrouve dans la foule, sans doute rescapé du Village Vanguard et se trémoussant avec sa canne, enrobé dans son manteau de fourrure, l’air complètement stoned derrière ses lunettes loupes, la moustache fine et parfaitement ciselée, des airs de Marlon Brando au bras d’une vénus de luxe qui pourrait être sa filleule. Cet homme fait tâche au milieu de ces étudiants en musicologie à baggy, son style de producteur d’un autre âge donne une nouvelle dimension à ce moment de grâce. Désormais l’atomique James Chance envoie une fin de set admirablement funky, braillant un I Feel Good comme si il était possédé par l’autre James, faisant tantôt monter sur scène une choriste afro au groove remarquable, tantôt tournoyant sur lui-même ou chantant agenouillé en s’appuyant sur un siège comme traversé par les effets secondaires d’une tisane verveine-coke sans doute avalée d’une traite avant la montée sur scène.

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Il braille, raille et taille ses solos de sax dans de l’acier trempé, tout cela avec la confiance de l’homme de 61 ans qui a tout traversé et n’est jamais tombé de la barque. Le vieux tigre se transforme en pile à l’énergie brute et entame avec une fougue d’orgie romaine le Satisfaction des Stones, comme si il voulait rejouer le TAMI Show de 1964, dans un esprit de réconciliation avec le Godfather of Soul. Il réussit le pari de conquérir un public de geeks avertis en leur faisant sentir la Saturday night fever, tout cela dans une péniche au calme des bords de Seine, un soir d’automne. Rien ne pourrait mieux lui convenir comme hommage que la citation du poète Bruce Lansky : le secret de la longévité, c’est de continuer à respirer. Et le James Chance des grands soirs, en se contentant de respecter ce proverbe nous a également fait respirer notre dose de putain de rock’n’roll à pleins poumons. Et sauter la tête la première dans la baignoire. No New York, Old and Crazy Paris.

Chromb!// II //  http://chromb.bandcamp.com/

James Chance // https://www.facebook.com/JamesChanceOfficial

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