Connect
To Top

Howlin Banana, un label complètement flambé

Cinq ans d’activité, plus d’une trentaine de sorties (parmi lesquelles Kaviar Special ou Volage) et une vraie vision musicale : le label français Howlin Banana, porté lui aussi par un seul homme, n’a pas à rougir face aux pionniers Born Bad ou Beast Records.

La solitude, ce trait commun aux patrons de label de rock indépendant français ; c’est presque à croire qu’aimer ce genre refilerait des tendances sociopathes. Chez Howlin Banana, le bâtisseur, c’est Thomas Picton. Quiconque a ces dernières années traîné dans une salle de concert de moins de deux cents personnes a entendu parler de « Tom d’Howlin ». Une casquette ou un bonnet sur la tête, toujours. Pendant plus de deux heures, il nous a raconté l’histoire de son label, simplement.

« Mon but, avec ce label, c’est de me toucher moi quand j’avais 16 ans. »

Début tout seul 

(C) François Grivelet

(C) François Grivelet

Howlin Banana naît en 1986 à Fleurines, dans un village de moins de 2 000 âmes niché au cœur du Parc naturel régional de l’Oise. Une époque et une situation géographique qui appelaient davantage à une participation à des soirées dubstep flamandes qu’à une future carrière dans le rock indépendant. Mais avec une mère anglaise et un père professeur de civilisation britannique, brièvement membre du Rob Jo Star Band (plus tard réédité par le label Born Bad), difficile d’échapper à son destin. Même si à la maison, on parle anglais et on écoute du rock, la Picardie reste un désert, question scène indépendante. « Mon enfance, le seul impact qu’elle a aujourd’hui, c’est que je suis très attentif au fait d’atteindre des gens qui ne sont pas dans le milieu. Mon but, avec ce label, c’est de me toucher moi quand j’avais 16 ans. »

2006. Après le bac et une année de prépa, Tom migre à Lille pour des études d’histoire. Il découvre les disquaires, les salles de concert. « J’ai passé trois ans à écouter des disques, à digger, à découvrir. », Une licence plus tard, il se détourne de la carrière professorale pour commencer un master d’Arts du spectacle, axé sur le théâtre et les marionnettes. Un « échec». Un stage à Bellevue Management va changer la donne. Il côtoie pour la première fois la scène indépendante française, via l’association Gloria Club, qui organise des concerts et cherche à réunir « ceux qui aiment la fuzz guitar, les garage sounds from the 60’s to the 00’s et les incroyables hip-shakin gigs ». Autant dire qu’à l’époque, c’est surtout un milieu restreint, mais ô combien actif et militant. Et quand on sait que Tom organisera plus tard des soirées Psychotic Reaction, en référence à l’iconique album des Count Five, on comprend que ce passage chez Gloria Club l’a définitivement fait entrer dans cette scène accro aux sixties.

Fin des années 2000, Tom s’exile à Londres, pour un stage chez le label londonien Dirty Water Records qui le convainc définitivement de la possibilité de créer le sien. En France, le décollage de la fusée Born Bad le force à lever la tête : « Born Bad, c’était pas forcément une influence, esthétiquement, mais le fait de voir JB Wizz réussir avec des disques de garage ou de pop un peu obscure, un peu difficile, de voir que c’était possible, ça m’a conforté dans l’idée qu’on pouvait bien vendre quelques disques en France. »

Sur le haut de la vague (surf garage)

Ne reste alors qu’à définir l’identité du futur label. En commençant par son nom. « J’ai mis beaucoup de temps à trouver, confie-t-il en se marrant. J’aimais bien la banane et cherchais quelque chose qui me permettrait d’utiliser un code couleur entre jaune et noir. » Au niveau de l’identité visuelle, Tom confie la création du logo à Darren Merinuk, un illustrateur américain. Ne reste plus qu’à signer des groupes. « Écouter des albums en fonction du label, je trouve ça très cool, plutôt que l’écouter par genre, le concept de marque de disque, ça veut dire quelque chose. » Il cite Goner Records, Crypt Records ou encore In The Red, et notamment l’album What’s for Dinner ? de King Khan & the BBQ Show, qui servira de bande-son aux débuts de Howlin Banana. Un choix logique au regard des deux premières années du label et ses sorties garage revival à l’américaine.

 « J’organise autant les soirées pour voir les groupes sur scène que pour les amener à la maison et discuter avec eux. »

La scène française fourmille ? Tom s’attèle à en sortir les plus belles pépites. Le 18 mai 2012, le jour de gloire est arrivé, Howlin Banana sort son tout premier disque, Lonely & Blue, 45 tours d’un groupe de La Rochelle, les 60 Seconds Swinger ! Un an plus tard, paraît Bourbon, Blood & Seafoods des Los Dos Hermanos. Noyé sous une chape de reverb, ce disque apparaît comme un manifeste synthétisant les goûts d’alors du boss. Un split prématuré fera de ce coup d’essai leur seule et unique contribution au label. Un cas à la marge, le catalogue Howlin Banana ressemblant à un arbre généalogique. Dans la foulée, Tom se lance en décembre 2013 sur le premier album des Kaviar Special, en co-production avec Azbin Records. Pièce après pièce, le flipper de Tom commence à tilter.

Grande musique pour petite famille

Capture d’écran 2017-06-17 à 00.02.42Si son label est une histoire de potes, Tom reste pourtant convaincu qu’il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier. En parallèle, il travaille pour Umlaut Records, label de musique contemporaine où il fait à peu près le même boulot, le salaire en plus. Et côté subvention, c’est morne plaine, volontairement. « Le problème, c’est que tu en dépends vite, parce que c’est très difficile de payer un salaire uniquement avec des ventes, affirme-t-il. Donc quand tu te retrouves avec une structure avec des subventions, t’es sous perfusion et le jour où elles ne tombent plus, ton modèle économique s’écroule. » Ce choix ne l’empêchera pas d’aligner les disques sur l’étagère : Volage, Kaviar Special, Travel Check, Dusty Mush, ou encore The Madcaps. Inconnu il y a quatre ans, c’est un des groupes bankable du moment.

Autre figure de proue du label : Volage, avec leur premier album Heart Healing (2014). « Ça sortait un peu du garage très lo-fi. Ce fut l’occasion de toucher un public plus large. C’est le premier disque où j’ai essayé de faire les choses “professionnellement”. » Qu’en disent Paul et Thibault, deux des membres ? « Tom, il a une vision de son projet. Quand tu parles avec lui, il t’explique que ce qu’il veut, c’est pas uniquement sortir des disques. Il a mis de sa personne, de l’argent et il veut que les groupes du label se rencontrent, deviennent potes, qu’il y ait des tournées. Qu’il y ait une notion de petite famille de la musique. Et c’est ce qu’il a réussi à faire : aujourd’hui, on est pratiquement tous potes. »

Disques à la banane

Parler de « succès » pour un label comme Howlin Banana, c’est parler de pressages à 500 copies qui, à chaque fois, s’écoulent rapidement et permettent de financer le disque suivant. Maintenant que les vinyles trouvent facilement preneurs, le label a les reins solides. Les deux premiers albums des Madcaps ? Sold out (mais repressés depuis). Avec #2, Kaviar Special a également fait ‘‘péter’’ les ventes. Quant aux Nantais des Blondi’s Salvation, ils ont franchi l’Atlantique pour une tournée d’un mois débutée par une date au Levitation Festival.

Dernière nouveauté, Gloria et son album In Excelsio Stereo qui sent bon la pop acidifiée des sixties. « Dans le genre, c’est pas “à la sauce de”, confie Paul, de Volage. Le mec, il a le jeu, la sonorité, la production et les morceaux qui font le truc. T’es pas en train d’écouter une copie. » Au-delà du son du groupe, il y a le désir du label d’aller voir ailleurs. Et au vu des sorties prévues en fin d’année, les surprises ne devraient pas manquer.

À la fin de l’entretien, Tom propose d’aller manger dans un chicken en bas de chez lui. Il confie venir ici avec chacun des groupes qu’il fait jouer. « J’organise autant les soirées pour voir les groupes sur scène que pour les amener à la maison et discuter avec eux. » L’esprit de la meute.

http://www.howlinbananarecords.com/

Photos : François Grivelet
Portrait extrait du Gonzaï n°20
, toujours en vente

Laisser un commentaire

A lire aussi

  • Vanishing Twin au pays des amphibiens

    À l’heure où plus personne n’a les yeux rivés sur l’Angleterre pour savoir quelle est la météo musicale de...

    Jeffers Waldo16 juillet 2017
  • La vie, c’est Phew quand on y pense

    On a trop tendance à coincer la splendide voix de Phew quelque part entre la pop japonaise gothique, le krautrock et...

    Grégoire Bressac5 juillet 2017
  • Pond, du kangourou au pachyderme

    Futur leader de stade derrière leur grand frère Tame Impala, Pond est sûrement un de ces groupes australiens dont...

    Jeffers Waldo3 juillet 2017