Rappel des faits pour ceux qui auraient raté les épisodes précédents : Gonzaï lançait en janvier dernier son bimestriel via le site de crowd-funding Ulule, et récoltait près de 9800 € d’abonnements de lecteurs prêts à recevoir le numéro 1 chez eux. Un mois plus tard, Gonzaï remettait le couvert avec une campagne d’abonnements pour le numéro 2 qui, plus difficile à boucler, a commencé à nous donner des insomnies.

L’aventure du papier pour Gonzaï, certains commencent ici-même à ne plus y croire, préférant certainement attendre un miracle de dernière minute – un raz-de-marée d’abonnements sorti de nulle part, un bienfaiteur anonyme optant pour le forfait « Citizen Kane » – plutôt que d’anticiper ce qui pourrait bien être la mort prématurée de ce magazine lancé en janvier. Eh oui, désolé de casser l’ambiance mais c’est précisément de cela dont il est question aujourd’hui.
Pour autant, personne n’a jamais dit que lancer un titre de presse écrite, qui plus est intégralement financé par les précommandes des lecteurs, était chose aisée. À dire vrai, et vu le contexte économique actuel, c’est même tout l’inverse. Ne comptez donc pas sur moi pour jouer le rôle de la veuve éplorée ou de venir geindre sur vos souliers vernis en quête d’un abonnement tardif, ce n’est pas vraiment le genre de la maison.

Comme les raisons de se réjouir ne sont présentement pas nombreuses, la cohérence nous impose de rester fidèles à nos promesses initiales, au nombre de deux.

La première, c’est le souci de la transparence vis-à-vis de nos abonnés. Au lancement du magazine, notre premier engagement était – je m’auto-cite – « de n’avoir à rendre des comptes qu’à cette seule personne qu’on a trop longtemps pris pour un imbécile : le lecteur. » Combler artificiellement les 2500 € manquant avec de l’argent sorti d’une poche magique – on pourrait, mais ce serait comme jouer au poker en truquant le jeu de cartes –, continuer de communiquer en donnant l’impression d’être de cools entrepreneurs – ce que nous ne sommes pas –, tomber dans le racolage de dernière minute, ou baisser lâchement les bras en se disant qu’on aura au moins eu le mérite d’essayer. Aucune de ces solutions ne me semble honnête. L’impératif premier, celui qui définit la suite de Gonzaï Magazine au-delà même de cette timide campagne de précommande, c’est la volonté d’un autre système que celui en place, mais aussi le devoir de ne tromper personne.

À 48 H de la fin des précommandes via Ulule, l’équation est donc simple à résoudre.

Soit nous parvenons en urgence à boucler le pré-financement et le numéro 2 part en impression courant mars pour livraison immédiate dans votre boîte aux lettres, soit nous mettons un terme – du moins temporaire – à l’aventure de ce magazine qui, en l’état, n’aurait pas su trouver son public.
Si d’aventure nous devions en arriver à cette extrémité, les personnes s’étant déjà abonnées pour plusieurs numéros seraient alors, sur demande, remboursées. Évidemment, au propre comme au figuré, cela nous coûterait. Mais c’est le premier de nos engagements ; et comme tout ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, autant le dire pour dissiper les doutes éventuels.

Quoi qu’il advienne dans les prochaines 48 H – suspense vraiment digne d’un film avec Bruce Willis – nous repenserons autant le modèle économique que la périodicité du magazine, afin de passer en trimestriel et ainsi éviter la désagréable impression d’une sollicitation permanente du lecteur.

Pas plus qu’il n’est une vache à lait, ce même lecteur ne saurait être considéré ici comme un donateur aux poches sans fond. Nous nous sommes rendus compte, certes tardivement, qu’il fallait du temps pour lire Gonzaï Magazine. Nous en tirerons les conséquences en nous adaptant dès le numéro 3. Qui logiquement ne verra le jour que si le numéro 2 se boucle, d’ici demain soir. Tremblez, jeunes gens, l’avenir de Gonzaï Magazine est entre vos mains…

Comme ce papier n’a pas vocation à être un manifeste bourgeois à la XXI et que les formules ampoulées pour instrumentaliser la défaite, bon, très peu pour moi, je me contenterai de dire que nous sommes fiers du numéro 1 de Gonzaï Magazine. À refaire, on ne changerait rien des 100 pages de faits, de freaks et de fun qui le composent.
C’est d’ailleurs la deuxième promesse qu’on ne transgressera pas, même pas pour en assurer la survie. Nous rêvions d’un titre qui ne jouerait pas le jeu des copinages promotionnels et qui, à sa façon, raconterait une autre histoire ; nous l’avons fait. Sans avoir à taper sur la concurrence disponible en kiosque, et parce que notre situation actuelle ne nous le permet pas, je dirai simplement que si vous n’avez pas aimé le contenu de notre premier numéro, aucune chance que la suite vous plaise davantage. Pas plus qu’on ne rognera sur le choix de ce putain de papier vintage qui sent fort le papy en sueur – et qui nous coûte un bras – nous n’assurerons un virage éditorial consistant à fédérer – vainement – davantage de lecteurs pour un résultat – forcément – décevant. Mieux vaut mourir en beauté plutôt que de rester en vie sous perfusion.

En choisissant de vous mettre aujourd’hui dans la confidence et quoi qu’il advienne d’ici demain soir, nous préférons jouer la carte de la transparence.

Question : avons-nous voulu too much, too soon ? Je n’ai pas la réponse à cette interrogation. Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’il faudra bien un jour que le système en place explose, et qu’on en finisse avec ce fantasme d’une presse distribuée comme au siècle dernier. La crise actuelle rencontrée par les titres disponibles en kiosques, la vacuité de l’offre culturelle offerte au lecteur, ainsi que le bras de fer qui oppose ces mastodontes subventionnés à Presstalis, sont autant de bonnes raisons de croire à un nouveau modèle de diffusion. Le système de précommande couplé à une livraison directe chez le lecteur nous semble être le meilleur moyen pour en finir avec ce fantasme éculé d’une presse à la papa. Comme en amour, il faut être deux pour y croire.

Be a leader or a dealer,
à vous de décider si vous remettez un jeton dans le flipper.