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Foxygen ou le rock pour les nuls

Donné pour mort après un album aux allures de suicide commercial et une tournée d'adieux sincère comme celle d'Eddy Mitchell, Foxygen revient. Sans assistance respiratoire mais avec le clivant et très réussi « Hang ».

Dans le monde de la musique, on appelle ça du frais. Le frais, c’est ce que tu croises partout au même moment. Synthèse : frais = groupe avec une actu. Actu = une tournée, un album, un single à défendre (faudrait-il encore qu’il soit attaqué…).

Bref, même si son nouvel album est sorti depuis quelques semaines, le duo Foxygen fera office de frais pour cette fois. Ce « Hang » sépare le monde en deux catégories. D’un côté, ceux qui lui reprochent un son pastiche et des gimmicks ultra-référencés (au hasard Lou Reed, Rolling Stones, la Compagnie Créole, David Bowie, Randy Newman – Cherchez l’intrus) à la limite du plagiat, et de l’autre ceux que l’objet émerveille. Voire fascine. Émerveillement, fascination. Des mots qui peuvent sembler plus forts qu’un roquefort en décomposition mais que certains ont ressenti devant des montagnes russes mélodiques comme Mrs. Adams ou America. Sur scène, c’est encore mieux. Si besoin, je suis prêt à témoigner à la barre. Malgré un côté « encyclopédie pour les nuls », « Hang » incarne le meilleur d’un groupe parfois capable du pire. On en a causé avec Sam Frances et Jonathan Rado.

« …And Star power », votre album précédent, avait été enregistré au Château Marmont à Los Angeles. Le groupe ne s’est-il pas un peu perdu en fréquentant ce type de palace ?

Jonathan Rado : En réalité, on n’avait pas fait tout l’album dans des hôtels de luxe. Juste quelques voix, et des parties de claviers. La plus grosse partie de l’album, on l’avait enregistré dans mon garage. Sans fenêtre. Autant te dire qu’après 4 mois là-dedans, on était ravis de partir dans un lieu plus cosy. Ça ne me paraît pas du tout extravagant qu’on soit allés ensuite dans quelques chambres d’hôtels confortables. Au final, je ne changerais rien du déroulement de l’enregistrement, c’était parfait comme ça.

« …And Star power » était une réponse à « We are the 21st Century Ambassadors of Peace & magic » ?

Jonathan Rado : Bien sûr, c’était même censé être le deuxième élément d’une trilogie. Le premier avait toutes les caractéristiques des morceaux sixties. Et « Starpower », c’était un peu la réponse à « Que seraient devenus ces morceaux s’ils avaient été faits plus tard dans les 70’s ».

On a tout entendu sur vous. Y compris que le groupe était fini, rincé, après votre tournée d’adieux. Et vous voilà de retour. Que s’est-il passé ?

Jonathan Rado : Tout ça, c’était juste une illusion.

Sam Frances : Notre tournée d’adieux était un concept imaginé pour promouvoir « Starpower ». Ça faisait partie du projet de  ce groupe imaginé pour « Starpower ». Alors on a changé de groupe. Et voilà, on revient et on propose une musique différente avec « Hang ».

En somme, ce split, ces histoires, c’était uniquement du marketing et de la stratégie commerciale ?

Sam Frances : Bien sûr. Mais c’était plus pour nous que pour les autres.

Jonathan Rado : Les choses devenaient complètement dingues. La réalité semblait rattraper la fiction. Il fallait absolument qu’on mette un terme à ce concept. Si on avait continué comme ça pendant un an, je crois que plus grand monde ne nous aurait respecté.

Qu’est ce qui différencie « Hang » de vos autres albums ?

Jonathan Rado : Déjà, c’est l’exact opposé de « Star power ». Sur tous les plans. On est un groupe un peu bizarre. On épouse complètement l’album sur lequel on bosse. Le groupe se transforme, évolue. « Star power » était un disque complètement barré, il fallait l’accompagner de concerts fous avec des lumières de malades. On l’avait fait dans notre propre studio, en bossant énormément sur le songwriting et la production.

« Nos cerveaux vont naturellement là où ceux des autres ne vont pas ».

Dans ce nouvel LP, on entend beaucoup d’influences différentes. Randy Newman, le son de Broadway. Pas forcément des influences très fréquentes.

Jonathan Rado : Absolument. On ne peut pas le nier. On a probablement voulu aller dans cette direction parce que c’est quelque chose qu’on entend peu chez les groupes actuels. Nos cerveaux vont naturellement là où ceux des autres ne vont pas.

Commercialement parlant, c’est pas une bonne idée, si ?

Sam Frances : Qui sait…

Jonathan Rado : Oui, qui sait. De toute manière, un artiste ne doit pas approcher la musique et l’art de cette manière. Il faut être naturel.

Sam Frances : Ouais… 

J’ai pensé au Lonely boy d’Andrew Gold en découvrant « Hang ».

Jonathan Rado : hum… Je crois surtout que toute cette merde des 70’s nous avait influencé pour « Star power ».

Sam Frances : En même temps, on utilise encore toutes ces cordes sur « Hang », tu sais.

Jonathan Rado : C’est vrai, mais d’une autre manière. Pas d’une façon aussi directe.

Lou Reed, c’est une autre référence frappante. Certains parlent d’imitation ou de pastiche sur certains morceaux. Mrs. Adams, par exemple.

Sam Frances : Franchement, ils exagèrent. On n’a jamais fait consciemment un truc « à la Lou Reed » mais si certains pensent que « Hang » est une sorte de « Transformer » à la sauce moderne, c’est cool. De toute façon, on nous parle tellement de ça depuis des années qu’on est bien obligés de l’accepter. Le Velvet Underground, j’ai toujours dit que…

Jonathan Rado : … C’était une influence évidente !

Sam Frances : Évidemment. Mais surtout que c’est intégré dans notre ADN, et donc qu’on y pense plus.

Ce qui frappe aussi, c’est la différence entre chaque album. Qui est vraiment Foxygen ?

Jonathan Rado :  C’est LA question. On y répondra dans 20 ans parce que là, j’en sais foutre rien. On est des caméléons de type psychédélique.

Tu penses vraiment que vous serez encore là dans 20 ans ?

Sam Frances : Les albums seront là. La suite, c’est à toi de l’écrire. Le storytelling, c’est vous, les journalistes. Nous, on s’en fout tu sais ?

« I was dressed for success, but success it never comes », chantait Pavement sur Here. Votre parcours est l’exact opposé de cette phrase. Comment l’expliquez-vous ?

Jonathan Rado : Pavement ne veut rien dire pour moi. Je veux dire, j’ai jamais vraiment suivi leur carrière. Et le succès…

Le succès vous a fait flipper après l’accueil de « 21 first century » ?

Sam Frances : J’en sais rien. Franchement, on se rendait même pas compte de ce qu’on faisait quand on a sorti cet album. On était dans l’émotion. C’était ok pour nous, on était raccord avec nos émotions.

Jonathan Rado : On a déjà joué devant des foules importantes, à Primavera par exemple. Mais le succès ne doit pas modifier ce que tu es. Tu dois le laisser de côté si tu veux continuer à créer. Donner des concerts, ça doit rester instinctif. Nous sommes des animaux, nous vivons pour la scène. Grand ou petit, tant que le public est réceptif à ce qu’on fait, ça donne un bon show, non ?

« Ce que les gens ou les critiques pensent de nos albums, soyons honnêtes, on s’en branle totalement ».

« …And Star power » avait reçu quelques critiques ultra-négatives, voire acides. Quel était votre état d’esprit en vous lançant sur « Hang » ?

Jonathan Rado : On savait à peu près ce que l’accueil de « Star power » allait donner quand il est sorti. On avait écrit la plupart des morceaux pendant l’enregistrement de l’album. Rapidement. Trop peut-être. Là, il fallait faire différemment.

Sam Frances : On était parfaitement au courant de l’accueil mitigé de « Star power ». Mais « Hang », c’est juste notre album suivant. En aucun cas on l’a fait avec la volonté de démontrer quelque chose de précis. On pense album. Et c’est déjà pas mal. Ce que pensent les gens ou les critiques de nos albums, soyons honnêtes, on s’en branle totalement. Bien sûr que nous voulons que les gens les aiment, mais…

Jonathan Rado : Dans mon esprit, « Star power » est un disque important qui fixe dans nos esprits un panel important de ce que peut être la musique.

Sam Frances : Exact. Tu as raison.

Pour moi, « …And Star power » est un peu comme le troisième album de MGMT, pas très…

Sam Frances : … Bon ? (rires)

Non, pas très bien accueilli parce qu’il a été mal compris. À tort.

Jonathan Rado : J’aime beaucoup cet album de MGMT. Tu sais, on sait exactement ce qu’on fait quand on est sur un album. On sait assez vite s’il va être accessible, si la plupart des gens vont l’aimer ou pas. Ce qui est clair, c’est que « Star power » est un album clivant. Soit tu adores, soit tu le hais. Pourtant un morceau comme How can you really est peut-être notre morceau le plus populaire en concert.

« Hang » n’est évidemment pas du easy-listening, mais il est bien plus accessible. Et ramassé. 8 titres contre 24 pour « …And star power ».

Jonathan Rado : Évidemment. Je crois que les gens vont l’adorer. On a énormément bossés dessus, il y a de vrais morceaux, de la pop orchestrée de haute qualité. Sur scène, on défend ça avec des cuivres, un clavier, un piano, etc. On est 7 et je crois qu’on a enfin réussi à atteindre ce qu’on souhaitait.

Ce qui pourrait être reprocher à « Hang », c’est son côté digest du rock et de la pop orchestrale des années 70. Une sorte d’encyclopédie rock/pop pour les nuls. Qu’avez-vous à répondre à ça ?

Jonathan Rado : Qu’on essaye pas de construire un nouvel « American Song book ». Plus que Randy Newman, on a surtout essayé d’aller vers les grands scores hollywoodiens. Ceux de Gershwin, de Cole Porter, avec une approche assez fidèle à celle des big band de jazz. On ne s’est pas intéressés à la manière dont la musique a évolué, et on a encore moins essayé de concentrer en à peine 30 minutes toute l’histoire de la musique américaine. 

La prochaine étape, c’est l’album de classic rock.

Jonathan Rado : Foxygen, c’est déjà un groupe de classic rock. Mais avec cet album, on espère pouvoir passer à la radio un peu plus souvent. Même si aujourd’hui, bizarrement, le classic rock que les radios passent serait plutôt celui des 80’s. Ou les Foo Fighters. 

Ah oui, les Foo Fighters, votre groupe préféré.

Jonathan Rado : On adore les Foo Fighters, bien sûr.

Sam Frances : Ahahah.

Jonathan Rado : J’ai pas d’embrouilles avec Dave Grohl, j’aimerais que ça continue.

Au fait, le communiqué de presse a été écrit par Alex Cameron. Pourquoi ?

Jonathan Rado : C’est un pote. On a tourné avec lui pendant quelques temps. Il a adoré l’album et quand on a parlé de ça, il s’est proposé. Ca s’est passé très simplement. On voulait quelque chose de vraiment normal, et il écrit très bien.

« Hang » a été écrit en à peine un mois. À quel moment savez-vous qu’il est temps de s’arrêter et de passer à l’enregistrement ?

Jonathan Rado : On n’a pas grand-chose en commun avec le Brian Wilson de « Smile ». On ne peut pas enregistrer, ré-enregistrer, et passer notre vie à chercher, chercher sans jamais sortir le truc. Généralement, on a des démos très avancées avant d’entrer en studio. On connaît déjà les différentes parties de l’album, les arrangements qu’on souhaite, comment chaque instrument doit être joué, etc. On est vraiment bien préparés, donc plutôt efficaces.

Sam Frances : Et surtout, on n’a jamais eu l’argent des Beach Boys. Nous voilà sauvés.

Jonathan Rado : Si on avait crédit illimité dans un grand studio, ce serait quand même le rêve. Tout le monde a envie de ça. La plupart des albums de « Classic rock » ont nécessité beaucoup de temps de studio. Le truc, c’est que Capitol n’a pas encore frappé à notre porte pour nous proposer un contrat en or massif.

Sam Frances : Le passage en major un jour, ça reste envisageable. Mais la vraie question, c’est « est-ce que ce qu’on nous proposera correspondra à notre vision des choses, et à ce qu’on veut faire ? ». Si c’est pas le cas, on signera jamais pour un gros paquet de fric.

Jonathan Rado : Beyoncé peut bosser sur un album pendant quoi… 2 ans ? Je ne suis pas certain que notre musique ait vraiment besoin d’être autant travaillée pour marcher.

Terminons avec notre rubrique funéraire. Depuis «… And star power », quelques idoles ont passé l’arme à gauche : Lou Reed, David Bowie, Prince…

Sam Frances : Je crois que t’étais un grand fan de Prince, non ?

Jonathan Rado : C’est vrai que sa mort m’a choqué. Mais trop d’hommages tuent l’hommage. Bien sûr que quand Lou Reed, Prince ou Glenn Frey meurent, ça fait bizarre. Tu ressens de la tristesse alors que tu ne connaissais pas personnellement ces personnes. Il y a un truc bizarre, là-dedans. Mais c’est le cycle de la vie.

Sam Frances : Et puis c’est pas comme si ces mecs n’avaient pas pris des tonnes de drogues pendant toute leur vie.

Jonathan Rado : C’est vrai. Mais ils ne partent pas tous de la même façon. Bowie a fait ça en pleine gloire et avec classe. La mort de Prince, c’était quelque chose de beaucoup plus triste. Une overdose dans un ascenseur. Personne ne s’y attendait. Plus personne n’écoutait ces dernières productions mais ça reste un monstre. Désormais, on va sûrement avoir droit à des dizaines d’albums inédits.

Je sais bien que Foxygen est immortel, mais à votre mort, y-aura-il également des inédits ou vous sortez tout ce que vous enregistrez ?

Jonathan Rado : il y aura un paquet de morceaux inédits de « …And Star power ». Mais pour « Hang », non. Tout est là. A part des démos, rien ne pourrait sortir. On a aucun « lost album » en stock.

Foxygen // Hang // Jagjaguwar
http://foxygentheband.com/

3 Comments

  1. majuscule on t'encule

    5 mars 2017 at 21 h 50 min

    un pote de la cambrousse, m’appelle , il a telechargé et perdu, mais a pu les re-voirs moins d’une minute a ce qu’il me cauze, sur l’antenne 2 du matin, cç a plu a william le peu d’energie qui lui reste, ceci, dit c moi qui cause là, dim ding dong soir, le duo on a eu des fois comme ça deja, juste un article, et puis sans fond.

  2. Patrick Braouec roule pour Macron

    7 mars 2017 at 16 h 57 min

    le groupe préféré à Jean-Kevin !

  3. ONZAÎ!

    8 mars 2017 at 10 h 48 min

    l’ambassadeur du Japon, se mettra en reserve si marine le pen est elue.

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