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FORTUNE
Sur la (banque)route

Un groupe français doté d’un charisme d’huîtres. Une pochette qui rafle la mise pour le titre de cover la plus laide de l’année. Last but not least, ces quatre garçons font de la pop. Autant dire qu’on avait une furieuse envie d’écrire quelques lignes sur un disque qui aurait pu n’être qu’un malentendu coincé entre la poire et le fromage.

Un groupe français doté d'un charisme d'huîtres. Une pochette qui rafle la mise pour le titre de cover la plus laide de l'année. Last but not least, ces quatre garçons font de la pop. Autant dire qu'on avait une furieuse envie d'écrire quelques lignes sur un disque qui aurait pu n'être qu'un malentendu coincé entre la poire et le fromage.

La seule et unique fois que j’ai croisé le groupe Fortune dans la vie 1.0, c’était à la Maroquinerie en 2010, une salle de concert parisienne qui sentait bon l’absence de Rexona. Sur scène, le célèbre acteur Mathieu Almaric filmait la performance du groupe, une cigarette à la bouche, la caméra à la main. J’apprendrai par la suite qu’il réalisera pour eux un clip. Le premier LP du groupe, « Staring at the ice melt », était sorti quelques temps auparavant et avait attiré mon attention : de la pop bourrée de synthés et de nappes assez cocasses, à la Flairs, des mélodies solides et un je ne sais quoi d’addictif qui se développait en moi au fil des écoutes. Rien de transcendant ou de novateur au premier abord, on n’était pas chez Magma ou chez Can, mais le groupe n’avait de toute façon jamais essayé de passer pour ce qu’il n’était pas : expérimental.

Et puis en fin d’année 2010, lors des sempiternels bilans de fin d’exercice, j’avais jeté un œil sur mon crétin d’iTunes, logiciel big brother qui conserve le nombre d’écoutes de chaque morceau, et je m’étais alors rendu compte que j’avais écouté « Staring at the ice melt » plus d’une trentaine de fois dans sa totalité. Faisons simple : le kiff Fortune m’avait retourné la tête. Confession : j’aime la pop. Mais pas au point de passer sur Fortune l’année qui suivait. 2010, ce serait donc un très bon disque de pop, un concert moyen, puis la vie… et l’oubli.

2013. Fortune sort de sa grotte et livre « Blackboard », toujours sur le label Disque Primeur. Après trois ans d’absence, on aurait pu légitimement penser que Lionel Pierres et ses trois acolytes avaient tourné la page d’un livre aussi épais qu’un prospectus du restaurant indien le plus proche de chez vous. Car tout le monde s’en fout de Fortune, non? En cas de doute, fais simple, sonde tes amis mélomanes les plus proches et interroge les sur ce non-phénomène qui brille avant tout par son absence dans les médias institutionnels comme Maquette magazine ou les Inrockuptibles. La probabilité que tu reçoives quelques réponses négatives est loin de relever d’une loi binomiale dont on t’épargnera ici le pénible paramétrage. Bilan? 100%?

Alors que vaut Blackboard? Première prise en main, et attaque cardiaque : la pochette de l’album est atroce.

Fortune-Blackboard-CoverOn s’interroge, un stagiaire se serait-il fait la main sur Paint lors d’une première mission réalisée par-dessus une jambe qu’on devine fébrile? Cette cover ressemble à un mauvais collage du corps des musiciens sur un tableau noir (oh, oh, le fameux Blackboard…) où figurent des centaines de lignes blanches. Le premier qui crie au génie et à un hommage détourné au « Unknown pleasures » de Joy Division devrait d’urgence prendre sa température. Cette pochette est un foirage complet, elle n’indique rien sur le contenu d’un disque qui mérite pourtant bien plus qu’une écoute polie dans un salon un soir de fêtes de fin d’année.

Pour enregistrer cet album, les hommes de Fortune ont fait appel à la même équipe expérimentée qui avait mis en boîte le précédent : une doublette composée de Pierrick Devin pour la production, et de l’omniprésent Stéphane « Alf » Briat pour le mix. A eux deux, ils ont déjà bossé pour la fine fleur de la french touche : Air, Cassius, Phoenix, Alex Gopher, Mustang… Bref, des noms qui risquent de générer quelques douloureux cauchemars chez certains rédacteurs de Gonzaï.

Une pochette de merde, des « golden boys » aux manettes, l’écoute des onze titres de l’album s’annonçait tendue.

Les milliardaires de la pop se seraient-ils perdus en chemin? Après le premier titre Turn around, rassurons immédiatement les amateurs de bel ouvrage pop que vous êtes peut-être, les Parisiens n’ont rien perdu de leur savoir-faire en matière de mélodies qui collent agréablement au cerveau et d’arrangements pirouettes qui savent surprendre l’auditeur en cas d’assoupissement passager. Pour le faire-savoir, par contre, vous aurez compris qu’il y a encore du boulot.

Suit Blackboard, le morceau dont les synthés rappellent un peu le Mysterious de Prefab Sprout récemment sorti et dont les sifflets donnent presque envie de chanter que cette fois, c’est sûr la crise est derrière nous. Chaque morceau apporte ainsi son lot de petites surprises : le dansant Délivrance où la voix de Lionel Pierres rappelle étrangement celle de Mehdi Pinson et de son groupe maudit Scénario rock. Ou encore Hold me, truffé de claviers dignes d’un Atari 1040 STE et qui fonctionne à merveille. Des potentiels singles à la pelle, mais un disque qui prend vraiment du sens lorsqu’on l’écoute en bloc.

Certains taxeront peut-être le groupe de jouer de la pop FM (difficile de les contredire, puisque la bio fournie par la maison de disques en parle), d’autres de jouer une variété synthétique surannée voire de l’électro de comptoir. Ce groupe est un peu tout ça à la fois, mais il est surtout bien plus : une grosse carie pop dont il est bien difficile de se dépêtrer une fois qu’on a eu le bonheur de glisser la main dans le paquet Blackboard. Une carie dont on a aucune envie d’être soigné.

Fortune // Blackboard // Disque Primeur
http://fortuneband.fr/

Photo : Yann Stofer

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